Plus de 27 milliards d’euros dorment dans les réserves officielles belges. À l’heure où les finances publiques sont sous pression — pensions, énergie, climat, défense — cette somme attire forcément l’attention. Pourtant, le gouvernement belge ne vend pas cet or pour financer les crises du moment.

La Belgique détient 227,4 tonnes d’or. Cette réserve est principalement conservée à l’étranger : à Londres, auprès de la Bank of England, à Bâle, auprès de la Banque des règlements internationaux, à Ottawa, auprès de la Bank of Canada, et partiellement à Bruxelles, à la Banque nationale de Belgique (BNB).

Une réserve d’or n’est pas une caisse de secours

Une réserve d’or désigne l’or détenu par un État ou sa banque centrale. Elle fait partie des réserves officielles, c’est-à-dire des actifs utilisés pour renforcer la crédibilité financière d’un pays.

Dans le cas belge, cet or sert notamment à garantir le passif de la Banque nationale de Belgique. Le passif correspond aux engagements financiers d’une institution : par exemple les billets émis, les dépôts ou certaines dettes comptables. L’or agit donc comme un actif de confiance face à ces engagements.

Son rôle dans la valeur de l’euro est aujourd’hui très limité, car l’euro n’est plus convertible en or. Mais l’or reste un symbole de solidité. En période de crise, les banques centrales le conservent souvent comme une assurance ultime, car il ne dépend pas directement de la solvabilité d’un État ou d’une entreprise.

Le vrai frein serait juridique

Le gouvernement belge n’aurait pas vendu une partie de cette réserve en raison d’un risque de contentieux avec les actionnaires privés de la BNB.

La Banque nationale de Belgique présente une particularité : son capital est détenu à 50 % par l’État belge et à 50 % par des actionnaires privés. Un actionnaire est une personne ou une institution qui détient une part du capital d’une société. Dans le cas de la BNB, cette structure rend la question plus délicate qu’une simple décision gouvernementale.

La réserve est officiellement celle de la Belgique, mais elle est détenue et gérée par la BNB pour le compte de l’économie belge. La propriété finale et la répartition d’un éventuel profit en cas de vente ont déjà fait l’objet de décisions judiciaires et d’interprétations complexes.

En clair, si l’État décidait de vendre une partie de l’or, la question suivante se poserait : qui bénéficierait du gain réalisé ? L’État seul, au nom de l’intérêt général ? Ou aussi les actionnaires privés de la BNB ? Ce risque de long procès expliquerait la prudence actuelle.

Vendre l’or rapporterait, mais affaiblirait un signal de confiance

La tentation budgétaire est évidente. À plus de 27 milliards d’euros, la réserve représente une somme importante. Elle pourrait théoriquement contribuer au financement de dépenses publiques.

Mais une vente massive d’or par un État envoie aussi un message au marché. Elle peut être interprétée comme un signe de tension financière. Pour une banque centrale, vendre de l’or n’est donc jamais un geste neutre.

Le métal jaune est souvent considéré comme un actif refuge. Cela signifie qu’il est recherché lorsque les investisseurs craignent l’inflation, les crises bancaires, les tensions géopolitiques ou la perte de valeur des monnaies. En conservant son or, la Belgique maintient une forme de réserve de confiance, même si celle-ci n’est pas destinée à financer directement les dépenses courantes.

Pourquoi l’or belge reste surtout à l’étranger

La localisation de l’or belge suscite régulièrement des questions. Une partie importante est stockée à Londres, Bâle et Ottawa. Ces villes accueillent des infrastructures spécialisées, utilisées par de nombreuses banques centrales.

Le rapatriement désigne le retour physique de l’or dans le pays propriétaire. Certains États l’ont fait ces dernières années pour des raisons de souveraineté ou de sécurité géopolitique. En Belgique, aucune volonté officielle de rapatrier massivement la réserve n’a été annoncée.

Le ministre des Finances Jan Jambon indique que la gestion de cette réserve relève de la BNB. Celle-ci n’aurait pas l’intention de rapatrier l’or stocké principalement à l’étranger. Des audits confirmeraient la qualité et la sécurité des lieux de stockage actuels.

Un audit est un contrôle indépendant ou institutionnel destiné à vérifier l’existence, la qualité, la conformité et la sécurité d’un actif. Pour l’or, cela peut concerner les lingots, leur pureté, leur poids et leur emplacement.

Une question politique, monétaire et symbolique

La situation répond à une logique simple : l’or belge existe, sa valeur est considérable, mais son usage est contraint.

Qui ? L’État belge et la Banque nationale de Belgique. Quoi ? Une réserve de 227,4 tonnes d’or. Où ? Principalement à Londres, Bâle et Ottawa, avec une partie à Bruxelles. Quand ? La question revient avec force en 2026, dans un contexte budgétaire tendu. Comment ? Par une gestion centralisée par la BNB, avec stockage dans des coffres spécialisés. Pourquoi ne pas y toucher ? Parce que l’or soutient la stabilité financière et qu’une vente pourrait ouvrir un débat juridique sensible.

La Belgique possède donc un trésor, mais pas une tirelire. Tant que le cadre juridique restera ambigu et que l’or conservera son rôle de garantie de confiance, le gouvernement devrait continuer à regarder cette réserve sans oser la mobiliser.

Analyste financier basé en Belgique, Antoine suit l’actualité de l’or, des métaux précieux et leur impact sur l’épargne et la fiscalité belge.

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