227,4 tonnes d’or belge valent aujourd’hui plus de 27 milliards d’euros, mais l’essentiel de ce trésor ne se trouve pas à Bruxelles. La réserve est majoritairement conservée à l’étranger, notamment à Londres, Bâle et Ottawa, sous la gestion de la Banque nationale de Belgique (BNB).
Cette organisation répond à une logique ancienne : les banques centrales ne détiennent pas seulement de l’or pour le symbole. Elles l’utilisent comme actif de réserve, c’est-à-dire comme patrimoine mobilisable en cas de crise de confiance, de tension financière ou de besoin de garantie.
La Belgique garde surtout son or à l’étranger
La Belgique détient 227,4 tonnes d’or. Cette réserve appartient à l’État belge, mais elle est gérée par la Banque nationale de Belgique. Une petite partie est conservée à Bruxelles, à la BNB. Le reste est stocké dans des coffres sécurisés à l’étranger.
Trois lieux ressortent : Londres, auprès de la Bank of England ; Bâle, auprès de la Banque des règlements internationaux ; et Ottawa, auprès de la Bank of Canada.
Ce choix n’est pas isolé. Londres reste l’une des grandes places mondiales du marché de l’or. Une place financière est un lieu où de nombreux acheteurs, vendeurs et intermédiaires peuvent échanger rapidement des actifs. Dans le cas de l’or, cela facilite la liquidité. La liquidité désigne la capacité à vendre ou mobiliser un actif rapidement, sans provoquer une forte décote.
Pourquoi ne pas tout rapatrier à Bruxelles ?
La question revient régulièrement dans plusieurs pays européens : faut-il ramener l’or national sur le territoire ? En Belgique, la BNB et le gouvernement n’ont pas exprimé l’intention de rapatrier les réserves actuellement conservées à l’étranger.
La raison avancée tient à la sécurité et à l’efficacité du dispositif existant. Des audits sur place ont confirmé la qualité et la sécurité des sites de stockage étrangers. Un audit est un contrôle formel visant à vérifier l’existence, l’état et les conditions de conservation des actifs.
Le stockage à l’étranger permet aussi de conserver l’or dans des lieux où il peut être utilisé plus facilement dans des opérations financières internationales. À l’inverse, le rapatriement complet renforcerait le contrôle territorial, mais pourrait réduire cette souplesse opérationnelle.
L’or reste une garantie, pas une caisse de secours immédiate
La réserve d’or belge joue un rôle de garantie. Elle contribue à couvrir le passif de la BNB. Le passif correspond aux engagements financiers d’une institution : ce qu’elle doit ou ce qu’elle a émis, par exemple certaines formes de monnaie ou de dettes comptables.
L’or soutient aussi, de manière marginale, la crédibilité de l’euro. Depuis la fin de l’étalon-or, les monnaies ne sont plus directement convertibles en métal jaune. L’étalon-or était un système dans lequel une monnaie pouvait être échangée contre une quantité fixe d’or. Aujourd’hui, l’or reste surtout un actif de confiance dans les bilans des banques centrales.
En Belgique, vendre une partie de la réserve poserait en outre des difficultés juridiques. La BNB est détenue à 50 % par l’État belge et à 50 % par des actionnaires privés. Une vente pourrait donc ouvrir des litiges avec ces actionnaires, ce qui limite la possibilité de mobiliser rapidement cet actif pour financer des dépenses publiques.
La Chine illustre l’autre grande tendance : acheter davantage d’or
Pendant que la Belgique conserve une réserve stable, d’autres banques centrales continuent d’acheter. La Banque populaire de Chine a ajouté environ 20 tonnes d’or à ses réserves en juillet 2026. Il s’agit de son 21e mois consécutif d’achats nets, et de la plus forte augmentation depuis octobre 2023.
Un achat net signifie que les achats d’or dépassent les ventes sur une période donnée. Pour une banque centrale, cela traduit une volonté de renforcer ses réserves en métal précieux.
Ces achats soutiennent le marché mondial de l’or. Ils reflètent aussi une stratégie de diversification. Diversifier signifie répartir les réserves entre plusieurs actifs, par exemple devises, obligations et or, afin de réduire la dépendance à une seule monnaie ou à un seul marché.
Ce que cela signifie pour les épargnants
Le lieu de stockage de l’or des banques centrales rappelle une réalité utile pour les investisseurs particuliers : posséder de l’or ne se résume pas à en connaître le prix. La conservation, l’accès, la sécurité et la liquidité comptent tout autant.
Pour un État, stocker à Londres, Bâle ou Ottawa répond à une logique de confiance institutionnelle et de facilité d’échange. Pour un particulier, la même question se pose à une autre échelle : coffre bancaire, stockage professionnel, conservation à domicile ou achat de produits financiers adossés à l’or.
L’or des banques centrales n’est donc pas seulement un trésor immobile. C’est un actif stratégique, placé là où il peut protéger, rassurer et, si nécessaire, être mobilisé.



