Près de 500 tonnes d’or par an dès 2026 : c’est l’objectif que la Russie chercherait désormais à atteindre. Déjà considérée comme le deuxième producteur mondial d’or, derrière la Chine, elle pourrait renforcer son rang dans un marché devenu central pour les banques centrales et les États soumis aux tensions géopolitiques.
La Russie vise une forte hausse de sa production
La Russie produirait aujourd’hui environ 330 tonnes d’or par an, sur la base des estimations disponibles pour 2024. Le ministère russe des Ressources naturelles prévoirait toutefois de porter ce volume entre 480 et 500 tonnes en 2026.
La production d’or désigne la quantité de métal extraite des mines, puis traitée pour être vendue ou raffinée. Une hausse vers 500 tonnes représenterait donc un bond d’environ 50 % par rapport aux niveaux actuellement estimés.
Cette progression reposerait sur trois leviers : l’ouverture de nouveaux projets miniers, la découverte de gisements et une stratégie financière donnant à l’or un rôle plus important dans la sécurité économique du pays.
L’enjeu est clair : Moscou pourrait contester à la Chine la place de premier producteur mondial d’or, si ces objectifs étaient confirmés par les volumes réellement extraits.
Les chiffres russes restent difficiles à comparer
La trajectoire russe reste toutefois entourée d’incertitudes. Le gouvernement russe avancerait une production comprise entre 480 et 485 tonnes dès 2025. Des analystes indépendants, dont Metals Focus et Mikhail Leskov, estimeraient plutôt la production russe entre 345 et 368 tonnes.
Cet écart s’expliquerait par des méthodes de calcul différentes. Certains chiffres peuvent inclure l’or raffiné, l’or recyclé ou encore le traitement de minerais venus de pays voisins. L’or raffiné est l’or purifié après extraction ou recyclage, généralement pour atteindre un titre élevé, souvent proche de 99,99 %.
Depuis le début de la guerre en Ukraine et le durcissement des sanctions occidentales, la publication de données détaillées par la Russie est aussi devenue plus limitée. La comparaison avec les autres grands producteurs doit donc être faite avec prudence.
Les découvertes de gisements renforcent le potentiel minier
Un point est plus solide : l’activité d’exploration russe a fortement progressé. En 2024, la Russie a découvert 229 nouveaux gisements d’or. Ces découvertes ont accru les réserves minières totales de 804,6 tonnes, dont 104 tonnes dans le gisement de Drevny, situé dans la région de Magadan, dans l’Extrême-Orient russe.
Les réserves minières correspondent à l’or identifié dans le sous-sol et jugé exploitable dans des conditions économiques et techniques données. Elles ne doivent pas être confondues avec les réserves officielles d’or, qui désignent les lingots détenus par une banque centrale.
Sur cinq ans, les réserves minières russes ont augmenté d’environ 4 560 tonnes. Ce volume représente plus du double de la production cumulée sur la même période. Autrement dit, la Russie a ajouté davantage d’or exploitable à son inventaire géologique qu’elle n’en a extrait.
Les investissements privés dans l’exploration ont aussi progressé, passant de 550 millions d’euros en 2022 à 910 millions d’euros en 2024. Cette dynamique donne à Moscou une base industrielle pour soutenir sa production à moyen terme.
L’or devient un actif stratégique pour les États
La stratégie russe s’inscrit dans un mouvement plus large. Selon un rapport de la Banque centrale européenne publié en juin 2026, l’or représentait 27 % des réserves mondiales de change fin 2025, contre 22 % pour les bons du Trésor américains.
Un actif de réserve est un placement détenu par une banque centrale pour sécuriser la valeur de ses réserves, intervenir en cas de crise ou soutenir la confiance dans sa monnaie. L’or joue ce rôle car il ne dépend pas directement de la dette d’un État ou d’une devise étrangère.
Pour les pays exposés aux sanctions financières, cet avantage est déterminant. L’or physique stocké sur le territoire national est plus difficile à bloquer qu’un actif libellé en dollars et conservé dans le système financier occidental.
Quel impact pour les investisseurs européens ?
Pour les épargnants belges et européens, la montée en puissance aurifère russe rappelle que le prix de l’or dépend aussi de facteurs géopolitiques et miniers. L’offre issue des mines, les achats des banques centrales et les tensions internationales influencent le cours.
Le prix de l’or est généralement coté en dollars par once troy, une unité de poids utilisée pour les métaux précieux et équivalente à 31,103 grammes. Plusieurs prévisions de marché anticiperaient des fluctuations autour de 4 000 dollars l’once fin 2026, tandis que certaines projections de long terme évoqueraient des niveaux bien plus élevés à l’horizon 2030. Ces scénarios restent incertains et ne constituent pas une indication fiable à eux seuls.
La Russie dispose déjà d’un socle minier considérable. Si ses objectifs de production se vérifiaient, elle renforcerait encore son poids dans un marché où l’or redevient un instrument de souveraineté financière.



