57 000 emplois seulement. Le chiffre publié pour juin aux États-Unis a suffi à modifier l’équilibre des marchés. Les créations d’emplois non agricoles, c’est-à-dire les nouveaux postes hors secteur agricole, administrations domestiques et certaines activités publiques, ont progressé bien moins que prévu. Les économistes attendaient 110 000 créations.
Résultat immédiat : l’or a accéléré. Le 3 juillet, le prix de l’or au comptant a gagné 1,4 %, à 4 179,94 dollars l’once. L’once troy, unité de référence du marché de l’or, équivaut à 31,1 grammes. Le métal jaune se dirigeait alors vers sa première hausse hebdomadaire en cinq semaines, avec un gain de 2,3 %.
L’emploi américain change les paris sur la Fed
Le rapport du Bureau of Labor Statistics a ravivé un scénario simple : si l’économie américaine ralentit, la Réserve fédérale américaine pourrait avoir moins de marge pour relever ses taux.
Les taux de la Fed sont les taux directeurs, c’est-à-dire les taux auxquels la banque centrale influence le coût du crédit dans l’économie. Quand ils montent, les obligations et les placements rémunérés deviennent plus attractifs. Quand ils baissent, ou quand leur hausse devient moins probable, l’or retrouve souvent de l’intérêt.
Après la publication des chiffres de l’emploi, la probabilité d’une hausse des taux en septembre est passée de 66 % à environ 54 %. Pour juillet, les marchés attribuent désormais 84 % de probabilité à un statu quo, c’est-à-dire une décision de ne pas modifier les taux.
Cette révision des anticipations est le moteur principal du rebond de l’or.
Pourquoi des taux plus faibles soutiennent l’or
L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Il est donc souvent décrit comme un actif sans rendement. Cette expression signifie que le détenteur d’or ne reçoit pas de coupon, contrairement à une obligation, ni de revenu régulier, contrairement à certaines actions.
Quand les taux d’intérêt montent, le coût d’opportunité de l’or augmente : détenir du métal jaune revient à renoncer à des placements mieux rémunérés. À l’inverse, quand les marchés anticipent moins de hausses de taux, ce coût d’opportunité diminue.
C’est ce mécanisme qui explique la réaction observée début juillet. Le rendement du bon du Trésor américain à deux ans a reculé à 4,137 %. Un rendement obligataire désigne le revenu annuel attendu par un investisseur qui achète une obligation. Le taux à deux ans est particulièrement suivi, car il reflète les anticipations de politique monétaire à court terme.
Le dollar recule, l’euro rebondit
La faiblesse de l’emploi américain a aussi pesé sur le dollar. Pour les acheteurs européens, cet élément est important. L’or est coté mondialement en dollars. Quand le dollar baisse face à l’euro, l’or devient mécaniquement moins cher pour un investisseur en zone euro, toutes choses égales par ailleurs.
L’euro a rebondi après la publication du rapport et a profité d’une première hausse hebdomadaire en trois semaines. Les marchés actions européens ont aussi enregistré des gains, portés par l’idée qu’un durcissement monétaire américain pourrait être moins probable.
Pour un épargnant belge ou francophone qui suit l’or en euros, le signal doit donc être lu en deux temps. La hausse du prix en dollars montre un regain d’intérêt pour le métal. Mais l’évolution du taux de change euro-dollar peut amplifier ou réduire la performance réellement observée en euros.
La Fed garde toutefois un discours ferme
Le scénario d’un rallye de l’or reste dépendant de la banque centrale américaine. Un rallye désigne une hausse rapide et soutenue d’un actif financier sur une période donnée.
Début juillet, lors du forum annuel de la Banque centrale européenne à Sintra, au Portugal, Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale, a maintenu un message ferme sur l’inflation. Il a rappelé que la Fed refusait de s’accommoder d’une inflation durablement supérieure à 2 %, son objectif officiel de stabilité des prix.
Cette position limite l’enthousiasme des marchés. Si l’inflation reste trop élevée, la Fed peut conserver une politique restrictive malgré le ralentissement de l’emploi. Une politique restrictive signifie des taux élevés destinés à freiner la demande et à contenir les prix.
Les banques centrales restent un soutien de fond
Au-delà des mouvements de court terme, l’or bénéficie aussi d’un soutien structurel : les achats des banques centrales. En mai 2026, les réserves officielles d’or ont augmenté de 41 tonnes nettes.
Les banques centrales achètent de l’or pour diversifier leurs réserves, réduire leur dépendance à certaines devises et renforcer leur position face aux chocs financiers ou géopolitiques. Dans ce rôle, l’or est souvent qualifié de valeur refuge. Cela signifie qu’il est recherché lorsque la confiance dans les monnaies, les obligations ou les marchés actions se dégrade.
Ces achats ne garantissent pas une hausse continue des cours. Mais ils créent une demande de long terme, indépendante des réactions quotidiennes aux statistiques américaines.
Un signal favorable, mais pas un feu vert automatique
Le chiffre de l’emploi américain de juin a clairement changé la perception des marchés. Moins de créations de postes, des anticipations de hausse de taux en recul, un dollar plus faible : l’ensemble forme un environnement favorable à l’or.
Mais la trajectoire reste liée à deux variables majeures : l’inflation américaine et les prochaines décisions de la Fed. Si la banque centrale maintient un ton ferme, le rallye pourrait perdre de sa force. Si les données économiques confirment le ralentissement, l’or pourrait au contraire prolonger son avance.
Pour les investisseurs européens, le message est clair : le mouvement de l’or ne se lit pas seulement dans le prix en dollars. Il faut aussi surveiller l’euro, les taux américains et la demande des banques centrales.



