Moins de 4.300 dollars l’once après la Fed : le marché de l’or vient de recevoir un rappel brutal du poids des taux américains. Alors que certains investisseurs regardaient déjà vers le seuil de 5.200 dollars l’once, la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine freine désormais cette trajectoire.
L’information principale tient en une équation simple : plus les taux restent élevés aux États-Unis, plus l’or doit franchir d’obstacles pour progresser. Le 17 juin 2026, la Fed a maintenu ses taux directeurs entre 3,5 % et 3,75 %. Mais son nouveau président, Kevin Warsh, n’a pas fermé la porte à de nouvelles hausses si l’inflation l’exige.
Pour l’or, actif sans rendement, le signal est défavorable à court terme. Les ETF or, très sensibles aux mouvements de taux et aux flux d’investisseurs, en subissent directement les effets.
La Fed maintient la pression sur les marchés
La Réserve fédérale américaine, banque centrale des États-Unis, a confirmé en juin une ligne restrictive. Le terme hawkish désigne précisément cette attitude : une banque centrale se montre « dure » contre l’inflation et privilégie des taux élevés, voire de nouvelles hausses de taux.
Le comité de politique monétaire de la Fed, appelé FOMC pour Federal Open Market Committee, a choisi le statu quo sur les taux. Mais le message transmis aux marchés reste prudent. Kevin Warsh a indiqué, lors de la conférence de presse suivant la réunion, que la banque centrale américaine restait engagée dans la stabilité des prix.
L’objectif officiel de la Fed est une inflation autour de 2 %. Or, l’inflation demeure persistante, tandis que le marché du travail américain reste solide. Dans ce contexte, les investisseurs anticipent des conditions monétaires serrées plus longtemps.
Pourquoi les taux élevés pénalisent l’or
L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Il est donc qualifié d’actif non rémunérateur. Cette caractéristique n’est pas un défaut en soi : elle fait partie de son rôle historique de réserve de valeur. Mais elle devient moins attractive lorsque les obligations d’État ou les placements monétaires offrent des rendements élevés.
Concrètement, un investisseur peut préférer un actif rémunéré en dollars plutôt que de conserver de l’or. Ce raisonnement pèse surtout sur les grands flux financiers internationaux.
Après les signaux de la Fed, le cours de l’or est passé sous les 4.300 dollars l’once, avec une baisse proche de 2 % en une séance. L’once troy, unité de référence du marché de l’or, correspond à environ 31,1 grammes. Le seuil de 5.200 dollars l’once reste donc possible dans certains scénarios, mais il apparaît plus difficile à atteindre tant que la Fed conserve ce biais restrictif.
Les ETF or perdent une partie de leur attrait
Les ETF or sont des fonds cotés en Bourse qui répliquent l’évolution du prix de l’or. Certains sont adossés à de l’or physique détenu en coffre ; d’autres utilisent des instruments financiers. Pour un particulier, ils permettent d’exposer un portefeuille au métal jaune sans acheter directement des pièces ou des lingots.
Ces produits jouent un rôle important dans la demande financière d’or. Quand les investisseurs achètent des parts d’ETF adossés à l’or physique, les émetteurs peuvent devoir augmenter leurs stocks. À l’inverse, des sorties de capitaux peuvent réduire la demande de métal.
La politique hawkish de la Fed freine cette dynamique. Les investisseurs comparent l’or aux rendements offerts par les marchés obligataires et monétaires. Si les taux restent élevés, les ETF or deviennent moins compétitifs dans les allocations de portefeuille.
Un marché partagé entre refuge et rendement
Le marché de l’or reste cependant loin d’être uniquement baissier. Depuis 2024, le métal jaune a connu une forte progression, soutenue par les tensions géopolitiques, la demande refuge et les achats de banques centrales.
Les banques centrales achètent de l’or pour diversifier leurs réserves, réduire leur dépendance à certaines devises et renforcer la crédibilité de leur bilan. Ce soutien structurel demeure un facteur favorable.
Mais l’année 2026 montre un marché plus équilibré. D’un côté, les tensions internationales et les incertitudes économiques soutiennent l’or. De l’autre, les taux élevés, la vigueur du dollar et les prises de bénéfices freinent les cours.
Pour les investisseurs belges et européens, un élément supplémentaire compte : l’or est coté en dollars. Le rendement réel en euro dépend donc aussi du taux de change euro-dollar. Une hausse de l’or en dollars peut être atténuée si l’euro se renforce, et inversement.
Le seuil de 5.200 dollars reste conditionné à un changement de contexte
Le niveau de 5.200 dollars l’once supposerait probablement une combinaison de facteurs favorables : reflux des taux réels, regain des tensions géopolitiques, affaiblissement du dollar ou retour massif des flux vers les ETF or.
À court terme, le message de la Fed complique ce scénario. Tant que l’inflation américaine reste au-dessus de l’objectif de 2 %, la banque centrale peut maintenir une pression sur les marchés de taux. Ce cadre limite la hausse potentielle de l’or.
Certaines prévisions de marché suggéreraient une baisse modérée du cours de l’or en 2026, avec une évolution possible entre environ 4.128 et 4.803 dollars l’once et une fin d’année autour de 4.151 à 4.260 dollars. Ces estimations restent des projections, dépendantes des modèles utilisés et des futures décisions monétaires.
Le principal message pour les investisseurs est donc clair : l’or conserve ses arguments de protection, mais la Fed reste l’obstacle majeur sur la route des 5.200 dollars l’once.



