Près de 30 % de baisse en cinq mois : l’or traverse sa plus forte correction de l’année 2026. Fin juin, le métal jaune s’échange autour de 4 030 dollars l’once, contre un pic atteint fin janvier. Cette vente massive touche surtout les investisseurs privés et institutionnels occidentaux, alors que les banques centrales continuent, elles, d’accumuler du métal.

L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence du marché de l’or. Elle équivaut à 31,103 grammes. Pour les épargnants belges et européens, ce prix en dollars doit aussi être converti en euros, ce qui ajoute un effet de change.

Les investisseurs vendent parce que les taux redeviennent attractifs

La première explication vient des États-Unis. La Réserve fédérale américaine, la Fed, maintient une politique monétaire restrictive. La Fed est la banque centrale des États-Unis. Elle influence les taux d’intérêt, donc le coût du crédit et la rémunération des placements obligataires.

Quand les taux montent, les rendements obligataires augmentent. Une obligation est un titre de dette émis par un État ou une entreprise. Elle verse généralement un intérêt. L’or, lui, ne verse ni coupon ni dividende. Il protège un patrimoine, mais ne produit pas de revenu régulier.

C’est ce que les marchés appellent le coût d’opportunité : conserver de l’or devient moins intéressant si un bon du Trésor américain ou une obligation rapporte davantage. Cette mécanique pousse une partie des capitaux hors de l’or et vers des actifs rémunérés.

Les anticipations de marché renforcent ce mouvement. La probabilité d’une hausse des taux de la Fed en septembre 2026 a atteint jusqu’à 70 %, sur fond d’inflation américaine persistante et de données économiques robustes. Cette perspective a freiné les tentatives de rebond du cours de l’or.

Le dollar fort rend l’or plus cher hors des États-Unis

Deuxième facteur : le dollar. L’indice du dollar a atteint un sommet de 13 mois autour de 101,8. Or l’or est coté mondialement en dollars. Quand le billet vert s’apprécie, l’or devient mécaniquement plus cher pour les acheteurs utilisant l’euro, le franc suisse, la livre sterling ou d’autres devises.

Pour un investisseur belge, un dollar fort peut donc amortir ou amplifier les variations du cours selon l’évolution de l’euro-dollar. Mais à l’échelle mondiale, il tend à réduire la demande des acheteurs non américains.

Ce contexte explique un phénomène inhabituel : malgré les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, l’or n’a pas pleinement joué son rôle traditionnel de valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché en période de crise, car il est perçu comme plus résistant que les actifs risqués. En juin 2026, la force du dollar et les taux élevés ont pris le dessus.

Les ETF or subissent des sorties de capitaux

La vente ne concerne pas seulement les lingots et les pièces. Elle touche aussi les ETF aurifères. Un ETF, ou fonds indiciel coté, est un produit financier négocié en Bourse. Un ETF or cherche à répliquer le prix de l’or, souvent en détenant du métal physique ou des instruments liés à l’or.

Quand les investisseurs vendent leurs parts d’ETF or, les gestionnaires peuvent devoir réduire leurs avoirs. Ce mouvement accentue la pression vendeuse sur le marché. Les sorties de capitaux des ETF aurifères expliquent en partie la quatrième semaine consécutive de baisse du cours observée fin juin.

Ces ventes traduisent une rotation de portefeuille : moins d’or, plus de liquidités, de dollar ou d’obligations. Le mouvement est particulièrement visible chez les investisseurs privés occidentaux, plus sensibles aux rendements de court terme.

Les banques centrales restent acheteuses

Le contraste est net avec les banques centrales. D’après le Conseil mondial de l’or, 45 % des banques centrales prévoient d’augmenter leurs réserves d’or au cours des 12 prochains mois. Ce niveau est historique dans les enquêtes de l’organisation.

Une réserve d’or est une partie des actifs détenus par une banque centrale pour sécuriser la valeur de sa monnaie, diversifier ses avoirs et réduire sa dépendance à une devise étrangère. Depuis le gel d’avoirs russes en 2022, plusieurs pays émergents accélèrent leur stratégie de diversification, parfois qualifiée de dédollarisation. Ce terme désigne la volonté de réduire la dépendance au dollar dans les réserves et les échanges internationaux.

Goldman Sachs maintient ainsi un objectif de 4 900 dollars l’once pour la fin 2026. La banque estime que les achats réguliers des banques centrales, notamment émergentes, pourraient compenser les ventes des investisseurs privés occidentaux.

Les prévisions restent très divergentes

À court terme, la trajectoire reste incertaine. Des modèles de WalletInvestor et LongForecast anticiperaient une tendance encore fragile en 2026, avec des niveaux de clôture proches de 4 055 dollars et 3 996 dollars l’once en fin d’année. À plus long terme, CoinPriceForecast anticiperait au contraire une forte hausse vers 9 117 à 9 499 dollars en 2030.

Ces projections doivent être lues avec prudence. Elles reposeraient sur des modèles intégrant les taux, le dollar, la demande des banques centrales, l’offre minière et les risques géopolitiques. Elles ne constituent pas une garantie de performance.

Ce que cette baisse signifie pour les épargnants

La correction actuelle ne signifie pas nécessairement la fin du cycle haussier de l’or. Elle montre surtout que le métal jaune reste sensible aux taux américains et au dollar, même en période de tensions internationales.

Pour un particulier, la question centrale n’est pas seulement le niveau du cours. Elle porte aussi sur l’horizon d’investissement, la part d’or dans le patrimoine, les frais d’achat et de revente, la fiscalité applicable et la forme choisie : pièces, lingots, or alloué ou produit financier.

La vente massive de juin 2026 s’explique donc moins par une perte de confiance dans l’or que par un arbitrage temporaire en faveur des actifs rémunérés. Tant que les taux américains resteront élevés et que le dollar restera fort, la pression pourrait persister. Mais les achats des banques centrales continuent de former un soutien de fond au marché.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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