19 personnes interpellées, 6 kilos de lingots d’or saisis et 36 montres de luxe retrouvées, dont certaines enterrées : l’enquête vise un trafic organisé entre la Seine-Saint-Denis, Charleroi et Anvers.
Les autorités judiciaires françaises et belges ont mené, les 27 et 28 mai 2026, une opération coordonnée contre un réseau suspecté de recel d’or et de bijoux volés. Les interpellations ont eu lieu en France, notamment en Seine-Saint-Denis, et en Belgique, à Charleroi et Anvers. Eurojust, l’agence européenne chargée de faciliter la coopération judiciaire entre pays de l’Union européenne, a participé à la coordination.
Au total, 19 personnes ont été interpellées. Elles sont suspectées d’avoir participé à un circuit destiné à écouler de l’or, des bijoux, des pierres précieuses et des montres de luxe issus de vols commis en France.
Des lingots, des montres et du liquide saisis
Les perquisitions ont permis la saisie de biens d’une valeur élevée. Les forces de l’ordre ont retrouvé 6 kilogrammes de lingots d’or, estimés à environ 700.000 euros, 36 montres de luxe, 129.000 euros en espèces, ainsi que de nombreux bijoux et pierres précieuses.
Un lingot d’or est une barre d’or affinée, généralement accompagnée d’un poids et d’un titre. Le titre désigne la pureté du métal : un lingot d’investissement est le plus souvent proche de 999,9 millièmes, soit presque de l’or pur. Dans une enquête judiciaire, les lingots intéressent particulièrement les enquêteurs car ils concentrent une forte valeur dans un faible volume.
Dans des véhicules interceptés, les enquêteurs ont également découvert plus de 2 kilos de bijoux et de pierres précieuses en vrac, ainsi que 54.000 euros en espèces. En France, près de 10.000 euros en liquide, du matériel de joaillerie et des effets de luxe ont aussi été saisis.
Fait marquant de l’opération : certaines montres de luxe et pièces d’or étaient enterrées dans des cachettes domestiques. Cette méthode illustre la volonté présumée de dissimuler des biens facilement transportables, fortement valorisés et difficiles à tracer lorsqu’ils changent rapidement de mains.
Un axe Seine-Saint-Denis–Charleroi–Anvers
L’enquête aurait débuté après un renseignement transmis en 2025 à la Section de recherches de Versailles. Les investigations, notamment des écoutes téléphoniques, ont confirmé l’existence d’un réseau structuré, selon les éléments judiciaires disponibles.
Le trafic reposait sur un axe régulier entre la France et la Belgique. Plus de 135 trajets auraient été organisés entre la Seine-Saint-Denis et Charleroi entre septembre 2025 et juin 2026 afin d’écouler des bijoux et de l’or volés contre de l’argent liquide.
Anvers apparaît aussi dans le dossier. La ville est un centre historique du commerce du diamant et de la bijouterie en Europe. Cette spécialisation attire des acteurs légaux, mais elle peut aussi servir de point de passage à des biens volés lorsque des contrôles de provenance sont contournés.
Le recel d’or, un maillon clé du trafic
Les personnes visées sont suspectées de recel en bande organisée de vols en bande organisée, de blanchiment en bande organisée et d’association de malfaiteurs.
Le recel consiste à détenir, transmettre, vendre ou acheter un bien en sachant qu’il provient d’un délit ou d’un crime. Dans le cas de l’or et des bijoux, le recel peut prendre plusieurs formes : achat de bijoux volés, fonte des métaux, revente de pierres, transformation en lingots ou passage par des commerces de façade.
Le blanchiment désigne l’opération qui vise à donner une apparence légale à de l’argent ou à des biens issus d’activités illégales. Dans cette affaire, les enquêteurs évoquent des achats immobiliers, des projets d’acquisition à Dubaï et des avoirs en cryptomonnaies évalués à plusieurs millions d’euros.
Les cryptomonnaies sont des actifs numériques circulant sur des réseaux informatiques décentralisés. Elles peuvent être utilisées légalement, mais elles intéressent aussi les enquêteurs lorsqu’elles servent à déplacer rapidement des fonds ou à compliquer leur traçabilité.
Deux familles au centre des soupçons
Parmi les principaux suspects figurent deux frères d’origine serbe et leurs familles. Les enquêteurs leur attribuent un patrimoine immobilier important, sans activité déclarée correspondante. Ils auraient également eu des projets d’acquisition à Dubaï et détenu des avoirs en cryptomonnaies évalués à plusieurs millions d’euros.
À ce stade, ces personnes restent présumées innocentes. Les qualifications retenues relèvent de procédures judiciaires en cours. En France, neuf suspects ont été interpellés. Quatre ont été placés en détention provisoire, tandis que cinq ont demandé des débats différés.
La détention provisoire est une incarcération décidée avant un jugement, lorsque la justice estime qu’elle est nécessaire, par exemple pour éviter une fuite, une pression sur des témoins ou une concertation entre suspects. Elle ne constitue pas une condamnation.
En Belgique, des mesures ont aussi été prises, avec exécution de mandats d’arrêt européens et inculpations, notamment pour recel et participation à une organisation criminelle. Le mandat d’arrêt européen permet à un État membre de l’Union européenne de demander rapidement l’arrestation et la remise d’une personne recherchée dans un autre État membre.
Pourquoi l’or attire les réseaux criminels
L’affaire rappelle une réalité bien connue des enquêteurs : l’or reste une cible privilégiée pour les réseaux criminels. Sa valeur est élevée, son transport est simple et sa revente peut être rapide. Les bijoux peuvent être démontés. Les pierres peuvent être séparées. Le métal peut être fondu, ce qui complique l’identification de son origine.
Pour les particuliers, cette affaire souligne l’importance de conserver les preuves d’achat, certificats, factures, photos et expertises. Ces documents facilitent l’identification en cas de vol et renforcent la sécurité lors d’une revente. Dans le marché légal, la traçabilité protège à la fois le vendeur, l’acheteur et les professionnels.
Le démantèlement de ce réseau montre aussi que le marché de l’or ne se limite pas au prix du métal : la provenance, la conformité et les contrôles sont devenus essentiels. Entre la France, Charleroi et Anvers, cette opération illustre la coopération judiciaire croissante autour d’un enjeu central : empêcher que l’or volé ne devienne de l’argent propre.



