Alors que le baril de pétrole WTI franchit les 91 dollars après de nouvelles frappes militaires américaines en Iran, l’argent subit une correction à la baisse sur les marchés européens, pénalisé par les craintes inflationnistes et la perspective du maintien de taux d’intérêt élevés.

Le calme relatif d’un week-end prolongé a volé en éclats sur les marchés financiers. Lundi 25 mai 2026, des explosions ont secoué la ville portuaire iranienne de Bandar Abbas. Cette intervention militaire du Commandement central américain (CENTCOM) a immédiatement ravivé les tensions au Moyen-Orient, propulsant le cours de l’or noir vers les sommets. Par un effet de dominos économique direct, cette crise a provoqué le recul du cours de l’argent de près de 2 % lors de la séance boursière européenne du 26 mai, mettant un coup d’arrêt à quatre jours consécutifs de hausse. Le métal blanc s’établit désormais autour de 76,50 dollars l’once.

Le pétrole s’enflamme après les frappes en Iran

L’escalade géopolitique dicte actuellement la tendance mondiale. Le CENTCOM a revendiqué ces frappes ciblées, invoquant des actes de « légitime défense » destinés à protéger les troupes américaines dans la région. De manière concomitante, le président des États-Unis, Donald Trump, a assuré que les négociations diplomatiques avec Téhéran « progressent bien ».

Relayée par la chaîne britannique BBC et confirmée par des médias d’État iraniens, l’information a suffi à affoler les opérateurs de marché, tiraillés entre les promesses de désescalade et la réalité des opérations militaires. Résultat immédiat : le cours du pétrole brut américain (WTI) a bondi de 1,5 %, atteignant les 91 dollars le baril, les investisseurs redoutant une perturbation majeure de l’offre énergétique mondiale.

Pourquoi le cours de l’argent recule-t-il face à l’inflation ?

Cette flambée des coûts de l’énergie alimente de puissantes pressions inflationnistes aux États-Unis et en Europe. Face à cette menace, les marchés anticipent que la Réserve fédérale américaine (Fed) n’aura d’autre choix que de maintenir, voire de durcir, sa politique monétaire en gardant des taux d’intérêt élevés.

C’est précisément cette dynamique macroéconomique qui pénalise le marché de l’argent. Sur les plateformes financières, l’argent est coté sous le symbole XAG/USD, désignant le prix d’une once troy (l’unité de mesure standard des métaux précieux, équivalente à environ 31,1 grammes) exprimé en dollars. Contrairement à une obligation d’État ou à un livret d’épargne, l’argent est un actif dit « sans rendement » : il ne verse ni dividende ni intérêt. Par conséquent, lorsque les taux d’intérêt restent élevés, l’argent perd de son attractivité relative face aux placements garantis, poussant les traders à s’en délester.

Techniquement, la pression à la vente a repoussé le cours sous sa moyenne mobile exponentielle à 20 jours. Selon Christopher Lewis, analyste pour FX Empire, la barre symbolique des 80 dollars l’once constitue la résistance déterminante à moyen terme. Dans l’immédiat, le marché observe un seuil de support à 75,96 dollars, qui pourrait freiner la chute, et une première résistance à 77,66 dollars.

Une volatilité amplifiée par un calendrier boursier férié

La sévérité de cette correction de 2 % s’explique également par un facteur purement technique et calendaire. Ces événements internationaux sont survenus lors d’une période de creux pour les marchés financiers, contraints de fonctionner en demi-session. La coïncidence du jour férié du Memorial Day aux États-Unis et du lundi de Pentecôte dans de nombreux pays d’Europe a entraîné l’absence de nombreux acteurs institutionnels.

Cette fermeture partielle des bourses a réduit drastiquement la liquidité sur le marché des matières premières. Dans un tel contexte, le volume global des transactions étant très faible, chaque ordre d’achat ou de vente pèse mécaniquement plus lourd. Cette configuration amplifie la volatilité, créant des ajustements de prix rapides et brutaux qu’il convient de ne pas sur-interpréter sur le très court terme.

Si cette baisse de valorisation frappe l’argent « papier » coté en bourse, l’incertitude géopolitique persistante pourrait produire un effet inverse auprès du grand public. Face à l’inflation énergétique et à un contexte mondial imprévisible, les épargnants à la recherche de sécurité pourraient se tourner massivement vers l’acquisition de métaux physiques (lingots et pièces historiques), perçus comme l’ultime rempart pour protéger leur patrimoine en dehors du système bancaire traditionnel.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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