45 tonnes. C’est le recul des avoirs mondiaux des ETF or entre avril et juin 2025, d’après BDOR, principalement sous l’effet de sorties en Amérique du Nord et en Asie. Ce mouvement mérite l’attention, mais il ne suffit pas à conclure à une défiance générale envers l’or.

Les ETF or subissent des retraits importants

Les investisseurs institutionnels ont réduit leur exposition aux ETF adossés à l’or au deuxième trimestre 2025. Un ETF, ou fonds coté, est un produit financier négocié en Bourse. Dans le cas d’un ETF or, sa valeur suit généralement le prix du métal jaune, sans que l’investisseur détienne lui-même des pièces ou des lingots.

Selon BDOR, les avoirs mondiaux de ces fonds ont reculé de 45 tonnes entre avril et juin 2025. Les retraits se sont concentrés en Amérique du Nord et en Asie. Le mécanisme est simple : quand les investisseurs vendent leurs parts d’ETF, les gestionnaires de fonds peuvent réduire la quantité d’or détenue en contrepartie.

Ce recul pèse sur la demande d’investissement. Cette demande désigne les achats d’or motivés par la conservation du capital, la diversification ou l’anticipation d’une hausse du prix, par opposition à la bijouterie ou à l’usage industriel.

La Fed a rendu l’or moins attractif à court terme

La décision de la Réserve fédérale américaine, la Fed, a joué un rôle central. Le 18 juin 2025, la banque centrale américaine a maintenu ses taux directeurs inchangés. Ces taux influencent le coût du crédit, les rendements obligataires et le dollar.

Pour l’or, l’enjeu est particulier. Le métal jaune ne verse ni intérêt ni dividende. Il est donc dit « non rémunérateur ». Lorsque les taux restent élevés, les obligations et certains placements monétaires deviennent plus attractifs, car ils génèrent un revenu. L’or conserve son rôle de réserve de valeur, mais son coût d’opportunité augmente.

Le facteur le plus suivi est le taux réel. Il correspond au taux d’intérêt corrigé de l’inflation. Par exemple, si un placement rapporte 5 % et que l’inflation atteint 3 %, le taux réel est de 2 %. Plus ce taux réel monte, plus l’or peut perdre de son attrait relatif.

Une analyse publiée par Or.fr le 5 août 2026 indique que, sur vingt ans, la demande d’investissement en or et les taux réels américains figurent parmi les déterminants majeurs du cours. Une hausse d’un point de pourcentage des taux réels est associée à une baisse d’environ 11,3 % du cours trimestriel de l’or.

Les banques centrales limitent le signal négatif

Le recul des ETF ne raconte toutefois qu’une partie de l’histoire. Au deuxième trimestre 2025, plusieurs banques centrales de pays émergents ont continué d’acheter de l’or physique. Une banque centrale détient des réserves pour stabiliser sa monnaie, sécuriser ses paiements internationaux et diversifier ses actifs.

Ces achats répondent à deux logiques. La première est la diversification : l’or ne dépend pas de la solvabilité d’un État ou d’une entreprise. La seconde est la dédollarisation, c’est-à-dire la volonté de réduire la dépendance au dollar américain dans les réserves officielles.

Cette demande des banques centrales compense en partie les sorties des ETF. Elle est souvent plus structurelle que les flux des fonds cotés, qui peuvent varier rapidement selon les taux, le dollar et l’appétit pour le risque.

Pour un investisseur belge ou européen, cette distinction est importante. Une vente d’ETF par des investisseurs nord-américains peut traduire un arbitrage tactique. Cela ne signifie pas nécessairement que l’or physique perd son rôle de protection patrimoniale.

Le cours corrige après une forte hausse

Le contexte de marché renforce la prudence. Après une progression spectaculaire depuis janvier 2024, le cours de l’or a atteint un sommet historique à 5 598 dollars l’once en janvier 2026, avant de corriger vers 3 940 dollars. En août 2026, il évolue autour de 4 000 dollars l’once.

L’once troy est l’unité de référence du marché de l’or. Elle représente environ 31,1 grammes. Les prix internationaux sont exprimés en dollars par once, même si un épargnant belge achète généralement en euros.

Cette baisse de plus de 29 % depuis le sommet peut correspondre à une prise de bénéfices après une envolée rapide. Elle peut aussi signaler une phase plus durable de consolidation. La différence dépendra surtout de trois facteurs : les taux réels, l’inflation et la demande d’investissement.

Les prévisions restent très divergentes

Les scénarios pour 2026 restent incertains. WalletInvestor anticiperait un prix compris entre environ 4 137 et 4 410 dollars l’once en fin d’année. LongForecast prévoirait au contraire un repli vers 3 704 dollars fin 2026. Ces projections dépendraient de la politique monétaire, de l’inflation et des tensions géopolitiques.

À l’été 2026, les marchés auraient également intégré une probabilité d’environ 36 % de hausse des taux à l’approche d’une réunion clé de la Fed fin juillet. Cette anticipation pourrait provoquer de fortes variations du dollar, des rendements obligataires et du prix de l’or.

Ces éléments doivent être lus avec prudence. Une prévision n’est pas une certitude. Elle reflète un scénario construit à partir de modèles économiques, de tendances techniques et d’hypothèses de marché.

Faut-il s’inquiéter pour l’or ?

La réponse dépend de l’horizon d’investissement. À court terme, les sorties d’ETF constituent un signal négatif. Elles montrent que certains investisseurs réduisent leur exposition au métal jaune lorsque les taux réels restent élevés ou lorsque d’autres actifs offrent un meilleur rendement.

À moyen et long terme, le diagnostic est plus nuancé. Les banques centrales continuent d’accumuler de l’or. L’inflation, les tensions géopolitiques et la recherche de diversification soutiennent toujours son intérêt dans un portefeuille.

Pour un particulier, l’enjeu consiste à ne pas confondre ETF or et or physique. L’ETF offre de la liquidité et une exposition simple au prix. L’or physique, sous forme de pièces ou de lingots, répond davantage à une logique de détention directe et de préservation du capital.

Les ventes d’ETF or appellent donc à la vigilance, pas à la panique. Tant que les taux réels resteront élevés, le métal jaune pourrait rester volatil. Mais tant que les banques centrales et les épargnants chercheront une protection hors des actifs financiers classiques, l’or conservera un rôle central dans les stratégies de diversification.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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