Près de 50 tonnes d’or auraient quitté les réserves russes depuis le début de 2026. Au 1er août, la Banque centrale de Russie détenait 2 280 tonnes d’or, soit 73,2 millions d’onces troy. C’est le niveau le plus bas observé depuis environ six ans, selon les données disponibles.

L’information est importante pour le marché de l’or. La Russie a longtemps été l’un des grands acheteurs souverains du métal jaune. Un « acheteur souverain » désigne un État ou une banque centrale qui achète de l’or pour ses réserves officielles. Le mouvement actuel marque donc un changement de posture : Moscou ne renforce plus son stock, elle le réduit.

Les réserves russes reculent mois après mois

Depuis janvier 2026, les réserves d’or de la Russie ont diminué de façon progressive. Elles sont passées de 74,8 millions d’onces troy en début d’année à environ 73,2 millions d’onces au 1er août.

Une once troy est l’unité de référence internationale pour l’or. Elle correspond à 31,103 grammes. Elle ne doit pas être confondue avec l’once classique utilisée dans certains pays anglo-saxons.

Les baisses mensuelles auraient varié entre 200 000 et 500 000 onces. En volume, cela représente près de 50 tonnes d’or vendues depuis le début de l’année. En valeur, les réserves auraient reculé d’environ 33,7 milliards de dollars en sept mois.

Ces réserves d’or sont des actifs stratégiques. Une banque centrale les conserve pour soutenir la crédibilité financière d’un pays, diversifier ses avoirs et disposer d’un actif considéré comme liquide en période de crise. « Liquide » signifie qu’un actif peut être vendu relativement rapidement contre de la monnaie.

Moscou cherche des ressources pour son budget

Le recul des réserves intervient dans un contexte budgétaire tendu. Le gouvernement russe doit financer ses dépenses publiques alors que les revenus énergétiques, essentiels pour les finances du pays, sont sous pression.

La guerre en Ukraine et les sanctions internationales pèseraient aussi sur l’équilibre budgétaire. Le déficit russe pour 2026 serait presque deux fois plus élevé que l’année précédente. Les dépenses militaires seraient désormais supérieures aux prestations sociales.

Ces éléments doivent rester formulés au conditionnel, car ils relèvent d’estimations et d’informations dont le niveau de certitude n’est pas pleinement confirmé.

Le gel d’une partie des actifs russes à l’étranger réduit également la marge de manœuvre de Moscou. Dans ce contexte, l’or stocké localement présente un avantage : il peut être mobilisé plus directement que des avoirs financiers placés hors du pays.

Un mécanisme pour limiter les effets sur le marché intérieur

La Russie utiliserait une liquidation progressive de ses réserves. Le terme « liquidation » signifie ici la vente d’un actif pour obtenir des liquidités, c’est-à-dire de l’argent disponible pour financer des dépenses.

Une partie des ventes passerait par un mécanisme dit « miroir ». Ce type de dispositif consiste à compenser certaines opérations publiques par des transactions de sens opposé ou coordonnées, afin de limiter les effets sur la monnaie nationale et sur le marché intérieur.

L’objectif est clair : dégager des ressources budgétaires sans provoquer de choc trop visible sur le rouble ni sur le marché domestique de l’or.

La Russie aurait également recours à des réserves en yuans chinois. Le yuan est la monnaie de la Chine. Depuis les sanctions occidentales, il occupe une place plus importante dans les échanges extérieurs russes, notamment pour contourner l’accès réduit au dollar et à l’euro.

Un signal pour les investisseurs européens

Pour un épargnant belge ou francophone, cette évolution rappelle le rôle particulier de l’or dans les réserves officielles. Le métal jaune n’est pas seulement un actif d’investissement privé. Il sert aussi de réserve de dernier recours pour les États.

La baisse des réserves russes ne signifie pas automatiquement une pression durable à la baisse sur le cours de l’or. Tout dépend du rythme des ventes, de leur canal de distribution et de la demande mondiale. Les achats d’autres banques centrales, notamment en Asie et au Moyen-Orient, restent un facteur majeur pour le marché.

Mais le message politique et financier est fort. Lorsqu’un État vend son or, il envoie souvent un signal de contrainte budgétaire. Dans le cas russe, cette contrainte serait liée à la baisse des recettes énergétiques, au coût de la guerre et aux restrictions imposées par les sanctions.

L’or reste un baromètre des tensions publiques

La Russie conserve encore l’un des plus grands stocks d’or au monde. Mais le passage de 74,8 à 73,2 millions d’onces en sept mois montre que le métal est désormais utilisé comme réserve active, et non seulement comme protection de long terme.

Le plus important n’est donc pas seulement le niveau des réserves, mais le changement de tendance. Un pays qui accumulait de l’or depuis des années commence à en vendre pour financer son budget.

Pour les marchés, cette évolution confirme une réalité simple : en période de crise, l’or reste un actif mobilisable. Pour les États comme pour les particuliers, il représente une assurance. Mais lorsqu’il faut vendre cette assurance, c’est souvent que la pression financière devient difficile à ignorer.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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