86 tonnes d’or ont quitté les coffres nord-américains pour rejoindre Londres. Le 2 septembre 2026, la banque centrale des Pays-Bas, la DNB, a modifié la répartition géographique de ses réserves nationales d’or. Objectif affiché : améliorer la préparation aux crises et la « négociabilité » de ce métal stratégique.
Londres gagne du poids dans les réserves néerlandaises
Avant l’opération, l’or des Pays-Bas était réparti entre quatre sites : New York, Ottawa, Londres et les Pays-Bas. Après le transfert, Londres détient 32,1 % des réserves néerlandaises, contre 18,1 % auparavant.
Dans le même temps, la part stockée à New York est passée de 31,3 % à 18,5 %. Celle conservée à Ottawa a reculé de 19,7 % à 18,5 %. La part gardée sur le territoire néerlandais reste inchangée à 30,8 %.
Cette nouvelle répartition donne donc à Londres une place beaucoup plus importante dans l’architecture de stockage de la DNB. Le Royaume-Uni devient le principal lieu de conservation étranger de l’or néerlandais.
Pourquoi déplacer de l’or vers Londres ?
La DNB met en avant deux raisons principales : la préparation aux crises et la négociabilité.
La négociabilité désigne la capacité à vendre, échanger ou mobiliser rapidement un actif. Dans le cas de l’or, cela signifie que les lingots doivent pouvoir être utilisés facilement sur les marchés internationaux, notamment en cas de tension financière ou de besoin de liquidités.
Londres reste l’une des grandes places mondiales du marché de l’or physique. Y détenir une part plus importante des réserves peut donc faciliter les opérations en période de stress. Pour une banque centrale, l’or n’est pas seulement un actif de long terme. Il peut aussi servir de garantie ou de réserve mobilisable lorsque les marchés deviennent instables.
Comment le transfert a été organisé
Le transfert n’a pas reposé uniquement sur le déplacement physique de lingots. Il a combiné plusieurs opérations : achats, ventes et transport de métal via Zeist, aux Pays-Bas.
Un lingot est une barre d’or affinée et standardisée. Dans les réserves officielles, les banques centrales détiennent généralement de grands lingots destinés au marché professionnel. Leur pureté, leur poids et leur traçabilité sont essentiels pour qu’ils soient acceptés facilement par d’autres institutions.
Cette combinaison d’opérations permet d’ajuster plus rapidement la localisation des stocks. Elle peut aussi éviter de déplacer chaque lingot sur de longues distances lorsque des échanges entre places de stockage permettent d’atteindre le même résultat économique.
Un signal dans un marché de l’or très surveillé
Ce transfert intervient dans un contexte où l’or reste au centre des stratégies des banques centrales. Fin août 2026, le cours de l’or évoluait autour de 4 600 dollars l’once. L’once troy, unité de référence sur le marché international de l’or, correspond à environ 31,1 grammes.
La hausse du métal jaune a été soutenue par plusieurs facteurs : tensions géopolitiques, affaiblissement du dollar, demande des banques centrales et retour des investisseurs vers les valeurs refuges. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque l’incertitude augmente, car il est perçu comme plus résistant aux crises.
Des freins existent aussi : remontée possible des taux d’intérêt, prises de bénéfices rapides ou pression liée à certains coûts énergétiques. Mais le rôle des banques centrales reste un indicateur important pour les investisseurs particuliers. Lorsqu’elles renforcent ou réorganisent leurs réserves, elles rappellent que l’or conserve une fonction monétaire et stratégique.
Une défiance américaine seulement probable
Le mouvement néerlandais pourrait aussi s’inscrire dans une tendance plus large de réévaluation des lieux de stockage. Certaines banques centrales chercheraient à limiter leur dépendance à des coffres situés hors de leur contrôle direct, notamment aux États-Unis.
Cette lecture géopolitique doit toutefois rester prudente. Le motif officiellement confirmé pour les Pays-Bas est opérationnel : mieux préparer les crises et améliorer la capacité à négocier l’or. L’idée d’une défiance croissante envers la disponibilité des actifs stockés sur le sol américain reste une interprétation probable, mais non définitive.
La France a également réduit son exposition à New York en mars 2026, avec la vente de 129 tonnes d’or stocké aux États-Unis dans le cadre d’une remise aux normes de pureté à 99,99 %. Cette pureté signifie que le métal contient 999,9 parts d’or pour 1 000, un standard élevé sur les marchés professionnels.
Ce que cela change pour les épargnants
Pour un particulier belge ou francophone, ce transfert ne signifie pas qu’il faut acheter ou vendre immédiatement de l’or. Il rappelle surtout trois points.
D’abord, l’or reste un actif stratégique pour les États. Ensuite, le lieu de stockage compte : accessibilité, sécurité juridique et capacité à revendre rapidement sont des éléments essentiels. Enfin, même les banques centrales arbitrent entre sécurité nationale et liquidité internationale.
Le déplacement de 86 tonnes d’or vers Londres montre que la question n’est plus seulement de savoir combien d’or détenir, mais aussi où le conserver et dans quelles conditions il peut être mobilisé.



