Près de 4 450 dollars l’once : le cours de l’or reprend de l’altitude ce 3 septembre 2026. Le mouvement concerne le marché mondial de l’or, mais il est d’abord dicté par les États-Unis. Le recul des rendements obligataires américains et un indicateur ADP décevant pèsent sur le dollar. En parallèle, les tensions entre Washington et Téhéran maintiennent une prime de risque sur le pétrole et soutiennent l’intérêt pour les valeurs refuges.
L’once désigne ici l’once troy, l’unité internationale utilisée pour coter l’or. Elle équivaut à environ 31,1 grammes. Pour un acheteur belge ou européen, le prix en dollars doit aussi être converti en euros : l’évolution du taux de change euro-dollar peut donc amplifier ou réduire le mouvement observé sur le marché international.
La baisse des rendements redonne de l’air à l’or
Le facteur immédiat vient du marché obligataire américain. Les rendements des bons du Trésor reculent. Un rendement obligataire correspond au revenu offert par une obligation, c’est-à-dire un titre de dette émis ici par l’État américain. Quand ce rendement baisse, les placements rémunérés deviennent relativement moins attractifs.
C’est important pour l’or, car le métal jaune ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les taux montent, détenir de l’or coûte davantage en comparaison d’un placement rémunéré : c’est ce que les marchés appellent le coût d’opportunité. À l’inverse, lorsque les rendements reculent, ce handicap diminue.
Ce mécanisme explique en partie le rebond actuel. Il intervient après une séance difficile le 1er septembre, lorsque l’or avait reculé d’environ 3 % autour de 4 470 dollars. Le marché réagissait alors au ton ferme de Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine, lors du symposium de Jackson Hole.
L’indicateur ADP affaiblit le dollar
Le deuxième soutien vient du marché des changes. L’indice ADP, qui mesure l’évolution de l’emploi privé aux États-Unis avant les chiffres officiels, est ressorti décevant. Un emploi moins dynamique peut pousser les investisseurs à anticiper une Fed moins agressive.
La Fed, ou Réserve fédérale américaine, fixe les taux directeurs aux États-Unis. Ces taux influencent le coût du crédit, les rendements obligataires, le dollar et, indirectement, le prix de l’or.
Un dollar plus faible rend généralement l’or plus accessible pour les acheteurs utilisant d’autres monnaies. Comme l’or est coté en dollars sur les marchés internationaux, une baisse du billet vert peut soutenir la demande mondiale.
La Fed reste le véritable arbitre
Le marché reste toutefois prudent. L’outil FedWatch de CME Group, qui mesure les anticipations des investisseurs à partir des contrats de marché, évalue à environ 62 % la probabilité d’une hausse des taux lors d’une réunion de la Fed en septembre. Quelques jours plus tôt, cette probabilité était estimée à 66,4 %.
Cette nuance compte. Une hausse des taux directeurs serait normalement défavorable à l’or, car elle renforce l’attrait des actifs rémunérés. Mais si les statistiques économiques américaines se détériorent, les investisseurs pourraient revoir leurs anticipations de resserrement monétaire.
L’épisode du 7 août illustre cette sensibilité. Après l’annonce d’une perte surprise de 23 000 emplois en juillet aux États-Unis, l’or avait bondi de près de 3 % pour atteindre 4 363 dollars. Le marché avait alors intégré une probabilité plus faible de hausse des taux.
Le risque géopolitique entretient la demande refuge
Le contexte géopolitique ajoute une couche d’incertitude. Les tensions entre Washington et Téhéran, après des frappes américaines et des représailles iraniennes dans la région du Golfe, notamment autour du détroit d’Ormuz, maintiennent une prime de risque sur le pétrole.
Une prime de risque désigne le supplément de prix demandé par les marchés face à une menace potentielle : rupture d’approvisionnement, guerre, instabilité politique ou choc énergétique. Dans ce cas, elle concerne surtout le pétrole, mais elle influence aussi le dollar et l’or.
La lecture est plus complexe qu’en période de stress classique. L’or joue son rôle de valeur refuge, c’est-à-dire d’actif recherché en période d’incertitude. Mais le dollar conserve lui aussi ce statut. Les deux actifs peuvent donc être achetés simultanément, ou se concurrencer selon les séances.
Quelles implications pour les investisseurs européens ?
Pour les particuliers en Belgique et dans la zone euro, le niveau de 4 450 dollars est un repère psychologique, mais pas le seul indicateur à suivre. Le prix final dépend aussi du cours euro-dollar, des primes appliquées sur les pièces et lingots, ainsi que de la liquidité du marché local.
Les prévisions restent très dispersées. Certaines estimations de marché évoqueraient des niveaux nettement plus élevés pour la fin 2026, tandis que d’autres envisageraient une fourchette plus prudente autour des cours actuels. Ces projections doivent être lues avec précaution : elles dépendent des taux américains, de l’inflation, du dollar, des achats des banques centrales et du risque géopolitique.
À court terme, l’or reste donc suspendu à deux forces opposées : le soutien d’un dollar affaibli et le risque d’une Fed encore restrictive. Si les rendements américains continuent de reculer, le seuil des 4 450 dollars pourrait redevenir un point d’appui. Mais une nouvelle poussée des taux obligataires pourrait rapidement freiner l’élan du métal jaune.


