9 % de hausse en euros en un mois : le signal est net pour le marché de l’or. En août 2026, le métal jaune a rebondi après une période hésitante. Le cours a atteint environ 3 829 euros l’once, soit près de 4 449 dollars. En dollars, la progression mensuelle ressort à 10,5 %.

Ce mouvement tranche avec la baisse de 2,1 % du CAC 40 sur la même période. Pour les épargnants belges et francophones qui suivent l’or comme outil de préservation du capital, l’information principale est claire : les investisseurs financiers sont revenus sur l’or en août.

Une once désigne ici l’once troy, l’unité de référence internationale pour les métaux précieux. Elle correspond à 31,103 grammes.

Les investisseurs reviennent par les ETF

Le moteur le plus visible du rebond vient des fonds adossés à l’or. Ces produits, souvent appelés ETF, pour Exchange Traded Funds, sont des fonds cotés en Bourse qui répliquent l’évolution du prix de l’or. Lorsqu’ils sont « adossés à l’or », ils détiennent généralement du métal physique ou des instruments financiers liés à ce métal.

Après plusieurs mois de décollecte, c’est-à-dire de sorties d’argent de ces fonds, les flux se sont inversés. Les fonds adossés à l’or ont enregistré 23 tonnes d’achats en juillet. Le mouvement s’est ensuite accéléré en août, avec plus de 45 tonnes achetées en une seule semaine lors de la troisième semaine du mois. Ce rythme hebdomadaire est le plus élevé depuis janvier 2026.

Ce retour des capitaux indique que les investisseurs institutionnels, comme les fonds de pension, sociétés de gestion ou grandes fondations, ont de nouveau cherché une exposition à l’or. Certaines institutions, dont Harvard Management Company, détenaient environ 171 millions de dollars en ETF adossés à l’or à fin juin.

La dette américaine remet l’or au centre du jeu

Le rebond d’août ne s’explique pas seulement par les achats techniques. Le contexte obligataire américain a aussi joué un rôle important.

Le 19 août 2026, le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a annoncé le doublement des rachats de bons du Trésor à maturité longue. Les bons du Trésor sont des titres de dette émis par l’État américain pour se financer. Les maturités longues correspondent aux emprunts remboursables sur de longues périodes, par exemple 10, 20 ou 30 ans.

Cette annonce est intervenue après une tension forte sur les taux. Le rendement du bon du Trésor américain à 30 ans a atteint 5,34 %, son plus haut niveau depuis 2007. Un rendement obligataire correspond au revenu offert à l’investisseur qui achète une obligation. Quand ce rendement monte fortement, cela peut signaler que les marchés demandent une rémunération plus élevée pour prêter à l’État.

Le contexte est sensible : la dette publique américaine approche les 40 000 milliards de dollars. Pour les marchés, l’intervention du Trésor peut être interprétée comme une tentative de contenir les taux longs. Cela renforce l’intérêt pour l’or, qui ne dépend pas de la solvabilité d’un État et ne repose pas sur la promesse de remboursement d’un débiteur.

C’est le cœur de la notion de valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs doutent de la stabilité financière, monétaire ou géopolitique. L’or ne verse pas d’intérêt, mais il n’est la dette de personne.

La Chine continue d’acheter du métal physique

L’autre soutien majeur vient des banques centrales, en particulier de la Banque centrale chinoise. En juillet 2026, elle a ajouté 20 tonnes d’or à ses réserves. Il s’agit de son achat mensuel le plus important depuis octobre 2023.

La Chine accumule désormais de l’or depuis 21 mois consécutifs, la plus longue séquence jamais enregistrée pour elle. Ses réserves atteignent 2 366 tonnes, soit environ 8 % de ses réserves de change.

Les réserves de change sont les actifs détenus par une banque centrale en devises étrangères, en obligations ou en or. Elles servent à stabiliser la monnaie, financer les échanges internationaux et renforcer la crédibilité financière d’un pays.

Pour Pékin, l’achat d’or répond à une logique de diversification. Il s’agit de réduire la dépendance au dollar américain et de renforcer le rôle de Shanghai dans le commerce international du métal précieux. Cette demande officielle soutient le marché mondial, car les banques centrales achètent généralement dans une optique de long terme.

Un rebond après un mois de juillet encore fragile

Le mouvement d’août marque une rupture avec la tendance précédente. En juillet 2026, le cours de l’or avait reculé de 0,58 % en euros, pour terminer autour de 3 512 euros l’once. Depuis le début de l’année, la baisse atteignait alors 4,31 %.

Le marché restait marqué par plusieurs forces contradictoires : tensions géopolitiques, anticipations d’inflation, politique monétaire américaine et arbitrages avec les marchés actions. La décision de la Réserve fédérale américaine de maintenir ses taux avait contribué à stabiliser les prix en fin de mois.

Début août, l’or et l’argent ont ensuite progressé pendant trois séances consécutives. L’or gagnait alors 2,9 %, tandis que l’argent avançait de 4,45 %. L’argent est un autre métal précieux, plus utilisé dans l’industrie que l’or, ce qui le rend souvent plus volatil.

L’affaiblissement du dollar a également soutenu les métaux précieux. L’or étant coté internationalement en dollars, une baisse de la devise américaine le rend plus accessible pour les acheteurs utilisant d’autres monnaies.

Ce que ce mouvement signifie pour les épargnants

Pour un investisseur européen, la performance en euros compte autant que la performance en dollars. En août, l’or a progressé de 9 % en euros, mais de 10,5 % en dollars. L’écart s’explique par les mouvements de change entre l’euro et le dollar.

Depuis le début de 2026, le métal jaune affiche désormais une hausse d’environ 4,3 % en euros. Ce chiffre reste modéré, mais le contraste avec les marchés actions en août est notable.

Le retour des ETF montre que les investisseurs financiers reviennent sur l’or. Les achats de la Banque centrale chinoise montrent, eux, que la demande officielle reste solide. Enfin, les tensions sur la dette américaine rappellent pourquoi l’or conserve une place particulière dans les portefeuilles : il sert d’actif de diversification lorsque la confiance dans les obligations souveraines se fragilise.

La hausse d’août ne garantit pas une poursuite mécanique du mouvement. Mais elle confirme une chose : l’or est redevenu un actif surveillé de près par les grands investisseurs, dans un environnement où dette, dollar et taux longs dominent les décisions de marché.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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