Alors que le conflit entre l’Iran et l’axe américano-israélien paralyse le marché de l’énergie, le métal jaune subit une baisse inattendue. Les craintes d’une inflation persistante poussent les investisseurs vers le dollar et les obligations d’État.
Le cours de l’once d’or a reculé de près de 2 % à la fin du mois de mars 2026, s’établissant autour de 4 566 dollars. Ce repli surprend de nombreux observateurs du marché. Depuis la fin février, une vaste opération militaire déclenchée par les États-Unis et Israël contre le territoire iranien a provoqué la fermeture immédiate du détroit d’Ormuz en mesure de rétorsion. Habituellement, un tel climat de guerre propulse les valeurs refuges vers des sommets historiques. Pourtant, la réalité des marchés financiers obéit aujourd’hui à une autre logique macroéconomique.
Les taux d’intérêt étouffent la valeur refuge
Face à cette escalade militaire sans précédent, les capitaux mondiaux fuient les actions. Les Bourses dévissent, faisant plonger l’indice européen Eurostoxx 50 de 8 % en l’espace de trois semaines. Cependant, les liquidités ne se dirigent pas massivement vers les métaux précieux. Selon les données relayées par Reuters et Agefi-Dow Jones, l’or subit de plein fouet la pression d’un dollar américain ultra-dominant et de la flambée exceptionnelle des rendements obligataires mondiaux.
Pour bien comprendre ce phénomène, il est nécessaire de rappeler le fonctionnement de l’investissement dans l’or. Le métal jaune est un actif dit « non productif » : il ne verse ni dividende à la fin de l’année, ni intérêt régulier. Par conséquent, lorsque les taux d’emprunt des États augmentent fortement, les investisseurs institutionnels préfèrent placer leur argent dans la dette souveraine. Celle-ci est jugée très sûre et offre désormais une rémunération garantie très attractive, ce qui pénalise mécaniquement le cours de l’or.
La vente massive de la dette d’État a provoqué une chute des prix des obligations et, inversement, une flambée de leurs rendements. Le taux de la dette française à dix ans s’est ainsi tendu à 3,6 %, tandis que le bon du Trésor américain équivalent a atteint 4,372 %.
Le spectre de l’inflation porté par le choc énergétique
Cette tension brutale sur les marchés de la dette s’explique par la peur d’une inflation hors de contrôle. La riposte de Téhéran, qui maintient le verrouillage du détroit d’Ormuz, a fait exploser les coûts d’approvisionnement en hydrocarbures. Environ 20 % du pétrole mondial transite habituellement par ce canal. Le baril de Brent a rapidement franchi la barre des 109 dollars, avec des pics de volatilité signalés jusqu’à 119 dollars. De son côté, le prix du gaz naturel en Europe a bondi de 35 % sur une seule séance pour atteindre 74 €/MWh, son plus haut niveau depuis plus de trois ans.
Sur le terrain, la situation géopolitique se détériore. Les affrontements croisés se multiplient : frappes iraniennes sur une raffinerie koweïtienne et élimination d’un cadre des Gardiens de la révolution par Israël. En parallèle, les États-Unis déploient des milliers de soldats supplémentaires. Selon des informations rapportées par Axios, l’administration Trump envisagerait même des plans pour occuper ou bloquer l’île stratégique de Kharg afin de forcer la réouverture maritime.
Les opérateurs de marché intègrent donc le risque majeur que ce blocage n’oblige les banques centrales à procéder à de nouvelles hausses de taux d’intérêt pour freiner la flambée des prix.
Attentisme en zone euro pour les épargnants
En Europe, l’institution monétaire observe la situation avec une extrême prudence. À la mi-mars, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de maintenir son taux de dépôt de référence inchangé à 2 %. Toutefois, lors de son annonce officielle relayée par Euronews, la présidente Christine Lagarde a fermement averti que l’inflation en zone euro devrait grimper à 2,6 % sous l’effet direct de ce choc énergétique.
Pour l’investisseur européen et francophone, la conjoncture exige du sang-froid. La consolidation actuelle du prix de l’or ne traduit pas une perte de confiance des marchés envers le métal, mais constitue un ajustement technique face à la rémunération record du billet vert et de la dette souveraine.
Tant que les tensions militaires persisteront dans le golfe Persique, la volatilité restera la norme sur les marchés de capitaux. La question n’est désormais plus de savoir si l’énergie coûtera plus cher aux ménages et aux entreprises européennes, mais jusqu’à quel niveau les banques centrales seront prêtes à resserrer les conditions financières avant de risquer une stagflation mondiale.


