Portée par un cours de l’or historique franchissant les 4 000 dollars l’once, l’entreprise australienne St Barbara relance le traitement des roches d’une ancienne mine en Nouvelle-Écosse pour en extraire des millions de dollars de métal précieux.

Trente-huit mille onces d’or pur dormant paisiblement dans des monticules de roches concassées. C’est le pactole inattendu qui s’apprête à être réveillé à une centaine de kilomètres au nord-est d’Halifax, au Canada.

Fermée en 2023, la mine d’or de Touquoy va connaître une seconde vie. En ce mois de mai 2026, le gouvernement provincial de la Nouvelle-Écosse a officiellement accordé un permis industriel à la société australienne St Barbara. L’objectif de l’opération n’est pas de creuser de nouvelles galeries ou de détruire de nouveaux écosystèmes. Il s’agit de retraiter environ trois millions de tonnes de minerai déjà stocké sur place. Les travaux, qui emploieront près de 200 personnes, débuteront avant la fin de l’année pour une durée estimée entre 10 et 14 mois.

Une rentabilité propulsée par des cours records

Si cette opération s’avère pertinente aujourd’hui, c’est grâce à l’envolée spectaculaire des métaux précieux. Avec un cours de l’or flirtant avec la barre symbolique des 4 000 dollars, le projet devrait générer plus de 118 millions de dollars canadiens de recettes (environ 86 millions de dollars américains).

L’entreprise a prévu d’investir 11,4 millions de dollars canadiens pour remettre en état son moulin industriel. Avec un coût d’exploitation estimé à 1 598 dollars américains par once récupérée, la marge bénéficiaire s’annonce considérable. Sur les marchés boursiers, l’anticipation de ces bénéfices a déjà fait bondir l’action de St Barbara de 20% en 2026. Le gouvernement local conserve toutefois une caution de 80 millions de dollars canadiens via la filiale Atlantic Mining pour garantir la future remise en état environnementale du site.

Pour les investisseurs qui s’intéressent aux marchés miniers, il convient d’expliciter certains termes techniques. L’once troy (symbole oz) est l’unité de mesure standard de l’or, équivalant à 31,10 grammes. Le « retraitement de minerai » désigne le fait de repasser dans des circuits industriels des roches déjà extraites. Autrefois, la faible quantité d’or résiduelle dans ces roches rendait l’opération déficitaire. Aujourd’hui, le prix de vente de l’or compense largement le coût de fonctionnement des machines.

Un contexte macroéconomique favorable aux valeurs refuges

Si le métal jaune atteint de tels sommets pour justifier la relance d’anciennes mines, c’est en grande partie en raison d’un climat financier et géopolitique mondial instable.

Les banques centrales semblent opérer un pivot historique loin des devises traditionnelles. Selon de récentes données économiques, la part étrangère de la dette américaine aurait atteint son plus bas niveau depuis 1997, marquant un désinvestissement notable des banques centrales mondiales. Parallèlement, le Japon adopterait un budget national d’un montant record de 664 milliards d’euros pour l’année 2026, cherchant à financer sa relance sociale et militaire face aux tensions sur le yen. Même en Europe, les finances publiques montrent des signes de faiblesse : l’État français ferait face à un niveau record de créances impayées. Face à la dilution des monnaies et à l’explosion des dettes publiques, l’or renforce son attractivité pour la préservation du capital.

Une stratégie d’approvisionnement à long terme

La relance de la mine de Touquoy n’est pas qu’un simple effet d’aubaine. Elle s’inscrit dans un cadre légal particulièrement favorable. L’approbation du permis a été grandement accélérée par le nouveau protocole provincial « un projet, une évaluation », mis en place en avril 2026.

Cette simplification administrative découle d’une stratégie déployée dès 2024 par la Nouvelle-Écosse pour sécuriser l’approvisionnement en minéraux stratégiques. Fort de ce soutien politique, St Barbara a consolidé un vaste territoire de 697 kilomètres carrés ces deux dernières années. Baptisé hub « 15-Mile », ce secteur comprend 56 cibles d’exploration. L’ambition est claire : atteindre une production annuelle de 100 000 onces d’or à l’horizon 2030-2040.

Alors que les incertitudes économiques mondiales continuent de soutenir la demande en métaux précieux, les friches industrielles d’hier deviennent les réserves stratégiques d’aujourd’hui. Les investisseurs suivront avec attention le succès de ce modèle de retraitement, qui pourrait inspirer de nombreuses autres juridictions minières à revisiter leurs stocks oubliés à travers le monde.

Journaliste économique, Émilien s’intéresse aux usages industriels des métaux précieux et aux innovations technologiques qui façonnent leur avenir.

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