4 600 dollars l’once : ce seuil concentre l’attention du marché de l’or ce vendredi. Après avoir grimpé jusqu’à environ 4 697 dollars, le métal jaune a corrigé vers 4 583 dollars avant de se stabiliser au-dessus de 4 600 dollars. Cette respiration intervient juste avant le discours de Kevin Warsh au symposium de Jackson Hole, aux États-Unis, un rendez-vous majeur pour les marchés financiers.
Le marché teste un support clé
Le cours de l’or évolue dans une zone technique sensible. La baisse récente ressemble à un repli de consolidation après une forte progression. En clair, le marché digère une hausse rapide avant de choisir sa prochaine direction.
La zone des 4 595 dollars joue désormais un rôle central. Elle était auparavant une résistance, c’est-à-dire un niveau où les vendeurs avaient tendance à bloquer la hausse. Depuis sa cassure à la hausse, elle devient un support : un niveau où les acheteurs pourraient revenir défendre le prix.
Cette transformation d’une résistance en support est souvent suivie par les analystes techniques. Elle permet de mesurer la solidité d’une cassure haussière, c’est-à-dire le passage du prix au-dessus d’un ancien plafond de marché. Tant que l’or reste proche ou au-dessus de cette zone, la tendance positive demeure valide.
Autre repère surveillé : la moyenne mobile à 200 jours. Cet indicateur calcule le prix moyen de l’or sur les 200 dernières séances. Il sert à distinguer une tendance de fond haussière ou baissière. Son maintien sous les cours actuels renforcerait le scénario d’une tendance encore constructive.
Jackson Hole devient le déclencheur immédiat
Le principal événement du jour se tient à Jackson Hole, dans le Wyoming. Kevin Warsh doit y prononcer son premier grand discours comme président de la Réserve fédérale américaine, la Fed. Cette banque centrale fixe les taux d’intérêt aux États-Unis et influence fortement le dollar.
Pour l’or, le ton du discours sera déterminant. Un message restrictif — c’est-à-dire favorable à des taux plus élevés ou maintenus longtemps à un niveau élevé — pourrait peser sur le métal. Des taux élevés rendent les placements rémunérés, comme les obligations, plus attractifs que l’or, qui ne verse pas d’intérêt.
À l’inverse, un discours accommodant — favorable à des taux plus bas ou à une politique monétaire plus souple — pourrait soutenir le cours de l’or. Des taux plus faibles réduisent le rendement réel des placements en dollars et renforcent l’attrait des actifs tangibles.
Le marché attend aussi des réponses sur la trajectoire économique américaine, les déficits publics et la valeur du dollar. Ces éléments comptent directement pour les investisseurs européens et belges, car l’or est coté principalement en dollars. Une baisse du billet vert peut amplifier ou atténuer la performance une fois convertie en euros.
La cible de 4 780 dollars reste en vue
Si le support autour de 4 595 dollars tient, le prochain objectif technique cité par le marché se situe vers 4 780 dollars. Il s’agit d’une cible de court terme, liée à la poursuite de la tendance haussière.
Le scénario positif repose sur trois conditions : maintien au-dessus de 4 600 dollars, absence de message trop restrictif de la Fed et poursuite de la demande d’investissement. Une rupture nette sous la zone de support fragiliserait au contraire la dynamique récente et ouvrirait la voie à une correction plus marquée.
Le terme once désigne ici l’once troy, l’unité internationale utilisée pour les métaux précieux. Une once troy équivaut à environ 31,1 grammes. Pour un acheteur belge ou francophone, ce prix en dollars doit donc être converti en euros, puis rapporté aux formats disponibles : lingotins, pièces d’investissement ou lingots.
Les ETF renforcent la demande d’or
La tendance récente n’est pas seulement technique. Elle s’appuie aussi sur des flux d’investissement importants. Les ETF adossés à l’or ont capté plus de 28 tonnes la semaine passée, un record hebdomadaire depuis janvier. Un ETF, ou fonds indiciel coté, est un produit financier négocié en Bourse qui réplique le prix de l’or, généralement avec du métal détenu en garantie.
Ces achats traduisent un regain d’intérêt pour le métal jaune dans un environnement jugé incertain. Les investisseurs recherchent une protection contre les déficits publics, l’érosion du pouvoir d’achat des monnaies et la volatilité des marchés.
L’or afficherait par ailleurs une progression mensuelle d’environ 14 % à fin août, sa meilleure performance depuis 1999. Ce chiffre reste à confirmer sur la clôture mensuelle, mais il illustre l’ampleur du mouvement en cours.
Le dollar et la dette américaine soutiennent les métaux précieux
Un autre facteur de soutien vient du Trésor américain. Washington a annoncé vouloir au moins doubler ses opérations de rachat de dette à long terme, de 2 à 4 milliards de dollars par opération. Ces rachats d’obligations visent à gérer le marché de la dette publique américaine.
Ce type de décision peut peser sur le dollar si les investisseurs y voient un signal de tensions budgétaires ou de politique financière plus expansionniste. Or, un dollar plus faible tend à soutenir l’or, car le métal devient moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises.
L’argent métal profite aussi de ce contexte. Son cours s’est rapproché de 70 dollars l’once et a franchi une résistance importante autour de 66,7 dollars. Cette progression confirme que la hausse ne concerne pas uniquement l’or, même si le métal jaune reste l’actif de référence pour la préservation du capital.
Une séance décisive pour la tendance
La situation se résume à un test simple : tant que l’or préserve la zone des 4 600 dollars, la cassure haussière reste crédible et la cible de 4 780 dollars demeure accessible. Le discours de Kevin Warsh peut toutefois modifier rapidement les anticipations sur les taux, le dollar et l’appétit pour les métaux précieux.
Pour les investisseurs, la prudence reste nécessaire. Un support technique n’est jamais une garantie. Il indique seulement une zone où le rapport entre acheteurs et vendeurs devient décisif. La clôture après Jackson Hole donnera le signal le plus important : simple pause dans la hausse, ou début d’un repli plus profond.



