4 150 dollars l’once : l’or conserve un niveau élevé malgré un environnement qui lui est, en théorie, défavorable. Le 15 octobre, le métal jaune évoluait autour de 4 150 à 4 165 dollars l’once, sans parvenir à s’installer durablement au-dessus du seuil de 4 200 dollars.

L’inflation américaine de septembre, ressortie à 3,7 % sur un an, dépasse les attentes du marché. Cette surprise renforce l’hypothèse de taux directeurs plus élevés aux États-Unis avant la fin de 2026. Or, des taux élevés pèsent habituellement sur l’or, un actif qui ne verse ni intérêt ni dividende. La baisse du métal reste pourtant contenue.

Une inflation plus persistante relance le scénario de hausse des taux

L’indice des prix à la consommation américain, ou CPI (Consumer Price Index), mesure l’évolution des prix payés par les ménages. Son accélération à 3,7 % suggère que le retour de l’inflation vers l’objectif de 2 % de la Réserve fédérale pourrait être plus lent que prévu.

Les marchés attribuent désormais une probabilité supérieure à 85 % à une hausse des taux américains avant la fin de l’année. Environ 23 % des opérateurs anticiperaient un relèvement dès octobre, contre près de 88 % en décembre.

Mary Daly, responsable de la Réserve fédérale de San Francisco, a jugé probable que de nouveaux relèvements soient nécessaires. Cette perspective constitue un frein pour les métaux précieux : lorsque les obligations américaines offrent des rendements plus élevés, détenir de l’or, qui ne procure pas de revenu, peut paraître moins attractif.

Le dollar plus faible amortirait la pression sur le métal jaune

Le marché de l’or ne réagit toutefois pas aux seuls taux. Le Dollar Index, indicateur qui compare le billet vert à un panier de grandes devises, aurait reculé depuis son plus haut niveau en dix-huit mois, vers 102,11 points.

Un dollar moins ferme rend l’or, coté principalement en dollars, moins coûteux pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres monnaies. Cette mécanique soutiendrait la demande internationale et limiterait le recul du cours.

Pour un investisseur belge, la lecture doit rester nuancée : le prix payé dépend aussi de la parité euro-dollar. Une hausse de l’euro face au dollar peut réduire la progression de l’or exprimé en euros, même lorsque le cours en dollars résiste.

Les tensions géopolitiques préservent le rôle refuge de l’or

Les tensions au Moyen-Orient et en mer Noire contribueraient également à soutenir le métal précieux. Des incidents dans le détroit d’Ormuz, les frappes attribuées aux Houthis et la persistance des tensions entre la Russie et l’Ukraine entretiennent l’incertitude.

Dans ce type de contexte, l’or est recherché comme valeur refuge, c’est-à-dire comme actif susceptible de mieux conserver sa valeur lors des épisodes de stress financier ou géopolitique. Ce soutien ne fait pas disparaître l’effet négatif de taux plus élevés, mais il contribue à éviter une correction plus marquée.

Le seuil de 4 200 dollars reste à reconquérir

Le niveau de 4 200 dollars constitue un seuil psychologique : il s’agit d’un chiffre rond et très observé par les intervenants de marché. L’or n’a pas encore confirmé un franchissement durable de cette zone, ce qui limite sa dynamique haussière à court terme.

Le marché reste en outre volatil. Après avoir approché 4 700 dollars l’once à la fin août, l’or aurait reculé vers 4 000 dollars au début octobre. Cette correction a rappelé qu’une hausse rapide peut être suivie de prises de bénéfices, particulièrement lorsque les anticipations de taux se durcissent.

Sur le fond, plusieurs facteurs de demande demeurent présents. Les banques centrales continuent d’acheter de l’or : la Banque populaire de Chine aurait acquis 650 000 onces en août. Les ETF adossés à l’or, des fonds cotés qui cherchent à reproduire l’évolution du métal, auraient pour leur part enregistré 18 milliards de dollars d’entrées ce même mois.

La résistance de l’or près de 4 150 dollars montre que l’inflation et les taux ne dictent pas seuls sa trajectoire. La prochaine orientation dépendra notamment de l’évolution du dollar, des décisions de la Réserve fédérale et de la persistance des risques géopolitiques.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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