3.900 dollars l’once : ce seuil psychologique a de nouveau été franchi par l’or au comptant lundi 2 novembre, après une forte baisse lors de la séance précédente. Le rebond reste toutefois fragile. Les investisseurs surveillent surtout l’inflation américaine et la prochaine décision de la Réserve fédérale (Fed), susceptibles de maintenir les taux d’intérêt à un niveau élevé.

L’or au comptant, c’est-à-dire le prix pour une livraison immédiate du métal, évoluait autour de 3.900 dollars l’once, avec des cotations rapportées entre 3.895 et 3.900,05 dollars. Une once troy, l’unité de référence sur le marché de l’or, représente 31,1 grammes.

Des acheteurs reviennent après le décrochage

Le 30 octobre, l’or serait tombé vers 3.880,97 dollars l’once, passant sous les 3.900 dollars dans un mouvement de ventes plus large sur les marchés financiers. Les craintes d’inflation et la perspective de taux directeurs américains durablement élevés avaient alors réduit l’attrait du métal.

Le retour près de 3.900 dollars s’explique en partie par des achats dits à bon compte. Cette expression désigne des investisseurs qui se repositionnent après une baisse jugée excessive ou après le franchissement d’un niveau de prix important.

Un recul des cours du pétrole aurait aussi contribué à calmer temporairement les inquiétudes inflationnistes. Mais le mouvement manque encore de conviction : l’intérêt acheteur demeure limité et ne constitue pas, à ce stade, un signal clair de reprise durable.

La Fed reste le principal obstacle à court terme

La Fed a laissé ses taux inchangés lors de sa réunion d’octobre. Les marchés estimaient néanmoins probable une nouvelle hausse en décembre : une estimation issue de l’outil CME FedWatch plaçait cette probabilité autour de 72,9 % au 2 novembre.

Cette anticipation est défavorable à l’or. Contrairement à une obligation ou à un compte d’épargne, le métal jaune ne verse ni intérêt ni coupon. Lorsque les rendements américains montent, détenir de l’or a donc un coût d’opportunité plus élevé. Des taux plus fermes peuvent également soutenir le dollar, devise dans laquelle l’or est principalement coté, ce qui rend le métal plus coûteux pour les acheteurs utilisant d’autres monnaies, dont l’euro.

Pour un épargnant belge ou européen, le prix en euros dépend ainsi de deux variables : le cours de l’or en dollars et le taux de change euro-dollar. Une hausse de l’euro peut atténuer, voire effacer, une progression du cours exprimé en dollars.

Le scénario des 6.000 dollars dépendrait des banques centrales

L’hypothèse d’un or à 6.000 dollars l’once circule dans plusieurs scénarios haussiers établis cette année. Une analyse publiée en juin rapportait notamment que J.P. Morgan conservait un objectif de fin d’année à ce niveau dans son scénario favorable. À l’inverse, le scénario baissier évoqué situait l’or entre 3.600 et 3.900 dollars.

L’écart illustre l’incertitude qui entoure le marché. Le scénario haussier reposerait notamment sur la poursuite des achats d’or par les banques centrales et sur un assouplissement futur de la politique monétaire américaine. Le scénario plus prudent s’appuierait, lui, sur une Fed restrictive plus longtemps et sur un dollar solide.

Le retour au-dessus de 3.900 dollars stabilise donc le marché sans trancher la question de la tendance. Pour les acheteurs de métal physique, l’évolution des taux américains, de l’inflation et du change euro-dollar restera déterminante avant d’interpréter ce rebond comme le début d’une nouvelle hausse durable.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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