Alors que le conflit direct entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran propulse le baril de pétrole à 110 dollars, le métal jaune subit une pression vendeuse inédite, pénalisé par le renforcement du billet vert et les liquidations massives de certaines banques centrales.

Depuis le début des hostilités au Moyen-Orient à la fin du mois de février 2026, le cours de l’once d’or a dévissé de près de 17 %, s’établissant au début du mois d’avril dans une fourchette comprise entre 4 400 et 4 679 dollars. Une correction sévère qui défie, à première vue, la logique habituelle des marchés financiers. En temps de guerre, le métal précieux agit traditionnellement comme une valeur refuge incontestée. Pourtant, la récente intervention télévisée du président américain Donald Trump, annonçant la poursuite des frappes intensives sur l’Iran pour encore deux à trois semaines, a provoqué une réaction inattendue sur les places boursières mondiales.

Le paradoxe de l’or face au billet vert

Face à la menace de voir Téhéran ramené « à l’âge de pierre » selon les termes du président américain, les investisseurs mondiaux se sont massivement tournés vers le dollar en tant que liquidité de précaution. La devise américaine s’est fortement appréciée, rendant l’or mécaniquement plus cher et moins attractif pour les acheteurs internationaux.

Surtout, cette guerre régionale a provoqué la fermeture immédiate du détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce maritime, propulsant le pétrole à 110 dollars le baril. Cette flambée de l’énergie ravive le spectre d’une inflation durable à l’échelle mondiale. En conséquence, les anticipations d’une baisse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine (Fed) d’ici la fin de l’année se sont effondrées à seulement 12 %.

L’or est un actif qualifié de « non rémunérateur », ce qui signifie qu’il ne verse ni dividende ni intérêt à son détenteur, contrairement aux obligations d’État ou aux livrets d’épargne. Lorsque l’inflation menace et que les banques centrales maintiennent des taux d’intérêt élevés, les investisseurs institutionnels liquident souvent leurs positions en or — notamment via les ETF (fonds indiciels cotés reproduisant le cours de l’or physique) — pour se diriger vers des placements financiers qui offrent des rendements garantis.

Les banques centrales : entre ventes d’urgence et stratégie de fond

Cette pression à la baisse sur les cours est directement accentuée par les manœuvres de certaines institutions monétaires régionales, frappées de plein fouet par la crise. Soucieuse d’atténuer les turbulences économiques internes engendrées par le conflit à ses portes, la Banque centrale de Turquie s’est séparée de 118 tonnes d’or en seulement deux semaines à la fin du mois de mars. La mise sur le marché de telles réserves souveraines augmente subitement l’offre physique et tire inévitablement les prix vers le bas.

Toutefois, cette liquidation liée à l’urgence contraste fortement avec la stratégie de fond menée en Asie. Juste avant l’éclatement du conflit, la Banque populaire de Chine (PBOC) continuait d’accumuler de l’or pour le seizième mois consécutif. Cette demande structurelle de la part des pays émergents, dont l’objectif affiché est de réduire leur dépendance au dollar américain, pourrait fournir un plancher de soutien solide au métal jaune dans les mois à venir.

Une onde de choc énergétique et alimentaire pour l’Europe

Si le prix de l’or s’ajuste à la baisse, le coût de la vie pour les ménages européens et belges menace de repartir à la hausse. Le blocage du détroit d’Ormuz bouleverse la géopolitique énergétique, forçant les acteurs régionaux à trouver des solutions de repli. L’Irak a par exemple réussi à sécuriser in extremis des voies d’exportation alternatives terrestres vers la Turquie et la Syrie, parvenant même à augmenter ses revenus pétroliers de 28 % en mars. Parallèlement, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis ont opéré un alignement stratégique avec les États-Unis, accordant un accès accru à leurs infrastructures militaires.

Néanmoins, ces efforts de contournement ne suffisent pas à endiguer l’inflation importée. D’après l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’indice mondial des prix des denrées alimentaires a déjà grimpé de 2,4 % en un mois. La transmission de la hausse des coûts du pétrole et des engrais agricoles vers les étals des supermarchés commence à se faire ressentir.

Alors que l’économie mondiale s’ajuste à ce nouveau choc géopolitique majeur, le marché des métaux précieux illustre un véritable changement de paradigme. L’or ne réagit plus de façon pavlovienne aux bruits de bottes, mais reste avant tout arbitré par la politique monétaire américaine et le spectre de l’inflation énergétique. Reste à observer si l’enlisement potentiel de la guerre au Moyen-Orient finira par redonner à l’once son statut d’ultime bouclier patrimonial.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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