4.257 dollars l’once : l’or a retrouvé jeudi un niveau inédit depuis sept semaines. Le mouvement s’explique moins par une seule annonce que par un enchaînement favorable au métal jaune : détente espérée dans le détroit d’Ormuz, recul du pétrole, baisse du dollar et anticipation d’une Réserve fédérale américaine plus accommodante.
L’or profite d’un triple soutien de marché
Le prix de l’or a atteint, le 6 août 2026, un sommet de sept semaines autour de 4.257 dollars l’once. L’once désigne ici l’once troy, l’unité internationale de référence pour les métaux précieux, équivalente à environ 31,1 grammes.
Le premier moteur vient du détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique entre le golfe Persique et le golfe d’Oman. Une partie importante du pétrole mondial y transite. Les discussions impliquant les États-Unis, l’Iran et Oman nourrissent l’espoir d’une réouverture plus stable de la circulation maritime.
Le deuxième moteur est monétaire. La baisse du pétrole réduit les craintes d’inflation, c’est-à-dire de hausse générale des prix. Si l’inflation ralentit, la Réserve fédérale américaine, la banque centrale des États-Unis, dispose de davantage de marge pour assouplir sa politique monétaire. Une politique monétaire plus souple signifie généralement des taux d’intérêt plus bas ou une probabilité accrue de baisse des taux.
Le troisième soutien vient du dollar. L’or étant coté principalement en dollars sur les marchés internationaux, un billet vert plus faible peut rendre le métal moins coûteux pour les acheteurs utilisant d’autres devises. Cela tend à soutenir la demande.
Ormuz apaise le pétrole, mais soutient aussi l’or
À première vue, une détente géopolitique devrait peser sur l’or. Le métal jaune est souvent considéré comme une valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une crise politique, financière ou militaire.
Mais le mécanisme actuel est différent. Les espoirs autour d’Ormuz pèsent sur le pétrole, ce qui réduit les tensions inflationnistes. Cette détente renforce ensuite les attentes d’une Fed moins restrictive. Pour l’or, cet élément est essentiel.
L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les taux d’intérêt montent, les obligations et les placements monétaires deviennent plus attractifs en comparaison. À l’inverse, lorsque les marchés anticipent une baisse des taux, le coût d’opportunité de détenir de l’or diminue. Ce coût d’opportunité correspond au rendement auquel un investisseur renonce en préférant l’or à un actif rémunéré.
Le marché achète donc l’or non seulement pour se protéger, mais aussi parce que l’environnement de taux paraît plus favorable.
Un accord provisoire resterait incertain
Un accord provisoire de 60 jours pourrait être conclu entre les États-Unis, l’Iran et Oman. Il porterait sur la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz et sur le rétablissement d’un cessez-le-feu. Oman jouerait un rôle opérationnel dans le dispositif, tandis que l’Iran disposerait d’un contrôle accru sur certains aspects du trafic.
Cette perspective expliquerait en partie la détente observée sur le pétrole. Toutefois, l’accord ne serait pas encore définitivement sécurisé. Téhéran aurait laissé entendre qu’une signature pourrait être reportée si des menaces américaines persistaient.
Cette prudence est importante pour les investisseurs. Même en cas d’annonce positive, la normalisation du marché pétrolier ne serait probablement pas immédiate. Les flux maritimes, les primes de risque et les ajustements d’offre peuvent prendre du temps à se stabiliser.
Ce que cela change pour les acheteurs belges et européens
Pour un investisseur belge ou européen, le niveau de l’or en dollars ne suffit pas. Le cours en euros dépend aussi du taux de change entre l’euro et le dollar. Si l’or monte en dollars mais que le dollar baisse face à l’euro, la hausse peut être partiellement amortie pour un acheteur européen.
Cette distinction est centrale avant l’achat de pièces, de lingots ou d’or coté en Bourse. Le prix final payé en Belgique intègre le cours international, le change, la prime du produit physique et les frais du vendeur. La prime désigne l’écart entre la valeur pure du métal contenu dans une pièce ou un lingot et son prix de vente réel.
À moyen terme, l’or reste aussi soutenu par les achats des banques centrales. Ces institutions achètent de l’or pour diversifier leurs réserves et réduire leur dépendance à certaines devises. Ce mouvement crée un socle de demande structurelle, même lorsque les tensions géopolitiques diminuent temporairement.
Un plus haut qui dépend encore de la Fed et d’Ormuz
La hausse à 4.257 dollars l’once traduit un équilibre particulier : moins de stress sur le pétrole, mais davantage d’espoir sur les taux américains. La suite dépendra de deux signaux.
Le premier viendra du détroit d’Ormuz. Une confirmation diplomatique durable réduirait les risques énergétiques, mais une rupture des discussions pourrait raviver la volatilité.
Le second viendra de la Fed. Si les données économiques américaines confirment un ralentissement de l’inflation, les anticipations de baisse des taux pourraient continuer à soutenir l’or. À l’inverse, un regain d’inflation ou un discours plus ferme de la banque centrale pourrait freiner le mouvement.
Pour les particuliers, le message reste clair : un plus haut de sept semaines n’est pas seulement un signal d’achat ou de vente. C’est d’abord un indicateur de marché à replacer dans le dollar, les taux et le risque géopolitique.



