4 650 dollars l’once : le cours de l’or a franchi un nouveau seuil symbolique lors de la séance asiatique du 24 août 2026. Le contrat XAU/USD, qui mesure le prix d’une once d’or en dollars américains, a dépassé 4 650 dollars, avant d’évoluer autour de 4 643,58 dollars le 25 août.
Cette flambée concerne les marchés mondiaux. Elle s’explique d’abord par un dollar américain affaibli, proche de ses plus bas niveaux depuis plusieurs mois, et par un recul des anticipations de resserrement monétaire de la Réserve fédérale américaine, la Fed. La Fed est la banque centrale des États-Unis. Ses décisions sur les taux d’intérêt influencent directement le dollar, les obligations et, par ricochet, l’or.
Le dollar faible redonne de l’attrait à l’or
Le mouvement du métal jaune s’inscrit dans une mécanique classique. L’or est coté internationalement en dollars. Lorsque le dollar baisse, l’or devient moins cher pour les acheteurs qui utilisent l’euro, le franc suisse, le yuan ou d’autres devises. Cette baisse peut stimuler la demande.
Le Dollar Index, ou DXY, est un indicateur qui mesure la valeur du dollar face à six grandes devises. Il était tombé à 99,45 points le 19 août, près d’un plus bas de deux mois. Cette faiblesse du billet vert a soutenu le prix de l’or, déjà installé au-dessus de 4 350 dollars avant l’accélération vers 4 650 dollars.
Pour un investisseur européen ou belge, cette relation est importante. Un cours de l’or en dollars peut fortement progresser, mais le gain réel en euros dépend aussi du taux de change euro-dollar. Un dollar faible peut donc atténuer une partie de la hausse pour un acheteur en euros, même si la tendance mondiale reste haussière.
La Fed reste au centre du marché
Le moteur principal vient des attentes sur la politique monétaire américaine. La politique monétaire désigne les décisions prises par une banque centrale sur les taux d’intérêt et la quantité de monnaie disponible. Quand les taux montent, les placements rémunérés, comme certaines obligations, deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende.
À l’inverse, lorsque les marchés anticipent une pause de la Fed, l’or retrouve de l’attrait. Les chiffres d’inflation américains de juillet 2026 sont ressortis plus modérés que prévu. L’inflation mesure la hausse générale des prix. Une inflation moins forte réduit la pression sur la Fed pour relever rapidement ses taux.
Le marché parie majoritairement sur un statu quo lors de la réunion du FOMC de mi-septembre 2026. Le FOMC, pour Federal Open Market Committee, est le comité de la Fed chargé de fixer les grandes orientations de taux. Toutefois, plus de 70 % des anticipations de marché intègrent encore une hausse des taux d’ici la fin de l’année, en raison de la volatilité pétrolière.
Les rendements obligataires se détendent
La détente des rendements obligataires américains constitue l’autre soutien majeur. Un rendement obligataire correspond au revenu offert par une obligation, c’est-à-dire un titre de dette émis par un État ou une entreprise. Quand ces rendements baissent, le coût d’opportunité de la détention d’or diminue.
Le 19 août, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a annoncé que les rachats obligataires à long terme allaient au moins doubler à partir de septembre 2026. Ils passeraient de 2 à 4 milliards de dollars par opération sur les maturités 10-20 ans et 20-30 ans. L’objectif affiché est de limiter la remontée des rendements.
Ces rachats peuvent soutenir indirectement l’or. En maintenant les taux longs sous pression, ils réduisent l’attrait des obligations par rapport au métal précieux. Cette configuration renforce l’idée d’un environnement favorable à l’or, surtout si le dollar reste faible.
La Chine renforce le soutien structurel
Un autre facteur de fond vient de la Chine. Selon le rapport du Trésor américain publié en août 2026, Pékin détenait 633 milliards de dollars de bons du Trésor américain en juin, son niveau le plus bas en 18 ans. Dans le même temps, la Banque populaire de Chine a augmenté ses achats d’or physique, avec 20 tonnes en juillet, soit son plus fort achat mensuel depuis 2023.
L’or physique désigne le métal détenu sous forme de lingots, lingotins ou pièces, par opposition à l’or papier, comme certains produits financiers indexés sur le cours de l’or. Les achats des banques centrales sont suivis de près, car ils peuvent créer un soutien durable à la demande.
Cette réorientation des réserves de change chinoises pèse sur la demande de dollars et renforce le rôle de l’or comme actif de réserve. Elle contribue à installer un plancher de marché plus élevé, même si aucun seuil ne peut être garanti.
Le risque géopolitique reste présent
Le contexte géopolitique ajoute une prime de risque. Une prime de risque correspond au supplément de prix intégré par les marchés face à une menace politique, militaire ou énergétique. Le 17 août, Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a menacé de suspendre les exportations pétrolières transitant par le détroit d’Ormuz et le Golfe persique si les sanctions américaines étaient maintenues ou élargies.
Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique pour le pétrole mondial. Une tension dans cette zone peut provoquer une hausse des prix de l’énergie, relancer les craintes d’inflation et accroître la demande d’actifs jugés refuges, comme l’or. L’effet reste toutefois ambivalent : une flambée pétrolière pourrait aussi pousser la Fed à redevenir plus restrictive.
Attention au risque de correction à court terme
La tendance de fond reste favorable, mais le marché pourrait être tendu à court terme. Des indicateurs techniques signaleraient une dynamique haussière persistante, avec un MACD positif et croissant. Le MACD est un outil utilisé par les analystes pour mesurer la force d’une tendance à partir de moyennes de prix.
Le RSI, autre indicateur technique, indiquerait un niveau de 71,77. Le RSI mesure la vitesse et l’ampleur d’un mouvement de prix. Au-dessus de 70, le marché est souvent considéré comme en situation de surachat. Cela signifie que la progression a été rapide et qu’une prise de bénéfices devient possible.
Des prévisions d’analystes évoqueraient une poursuite de la hausse à long terme, avec des scénarios très optimistes pour 2026 et les années suivantes. Ces projections doivent rester prises avec prudence. Elles dépendent du dollar, des taux, de l’inflation, des achats des banques centrales et des tensions géopolitiques.
Le franchissement des 4 650 dollars confirme surtout une chose : l’or reste au cœur des arbitrages mondiaux lorsque le dollar faiblit et que la Fed paraît moins offensive. Pour les investisseurs francophones, le signal est fort, mais il appelle une lecture en euros, une attention aux frais et une vigilance face aux corrections de court terme.



