75% : c’est désormais la probabilité attribuée par les marchés à une hausse de 25 points de base des taux de la Réserve fédérale américaine d’ici la fin de l’année. Pour l’or, ce chiffre compte autant que les espoirs diplomatiques autour de l’Iran.
Le métal jaune se retrouve pris entre deux forces opposées. D’un côté, un protocole d’accord de 60 jours entre les États-Unis et l’Iran serait en cours de négociation pour prolonger le cessez-le-feu et ouvrir des discussions sur le programme nucléaire iranien. De l’autre, les investisseurs anticipent de plus en plus un relèvement des taux de la Fed, sur fond d’inflation persistante.
L’accord avec l’Iran réduirait la demande de valeur refuge
Le dossier géopolitique reste central. Les négociateurs américains et iraniens travailleraient à un cadre temporaire de 60 jours. Ce texte viserait à maintenir le cessez-le-feu et à lancer des négociations sur le nucléaire iranien, notamment sur les stocks d’uranium hautement enrichi et sur l’enrichissement futur.
Mais l’accord ne serait pas encore validé officiellement par Donald Trump, président des États-Unis, ni par le guide suprême iranien. Les positions resteraient éloignées, en particulier sur l’élimination ou la suspension de l’enrichissement d’uranium. Une finalisation rapide dans le délai proposé paraîtrait donc incertaine.
Pour l’or, l’enjeu est clair. Le métal jaune est souvent considéré comme une valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une guerre, une crise financière ou une forte instabilité politique. Une détente durable entre Washington et Téhéran pourrait donc réduire une partie de cette demande de protection.
La Fed redevient le facteur dominant
L’effet apaisant d’un éventuel accord se heurte toutefois à un obstacle plus puissant : la politique monétaire américaine.
Les anticipations de taux de la Fed ont nettement augmenté au cours du dernier mois. Les marchés évaluent maintenant à environ 75% la probabilité d’une hausse de 25 points de base d’ici la fin de l’année. Un point de base correspond à 0,01 point de pourcentage : 25 points de base équivalent donc à une hausse de 0,25 point.
Cette évolution reflète les craintes liées à une inflation plus persistante que prévu. Lors de la réunion du FOMC des 28 et 29 avril 2026, une majorité de responsables de la Fed a estimé qu’un resserrement supplémentaire pourrait être nécessaire. Le FOMC est le comité de politique monétaire de la banque centrale américaine. Il décide notamment du niveau des taux directeurs.
Cette perspective pèse mécaniquement sur l’or. Le métal jaune ne verse ni intérêt ni dividende. Quand les taux montent, les obligations deviennent plus attractives. Le coût d’opportunité de détenir de l’or augmente : cela signifie que l’investisseur renonce à un rendement plus élevé ailleurs en conservant un actif qui ne produit pas de revenu.
Le pétrole entretient la pression inflationniste
Le marché de l’énergie complique encore l’équation. Le pétrole se maintient au-dessus de 100 dollars le baril, même s’il a reculé depuis ses pics de plus de 120 dollars fin avril.
Cette détente partielle s’explique par plusieurs facteurs : surplus temporaire de brut chargé sur pétroliers, autorisation d’achat de pétrole russe par les États-Unis, limitation temporaire de la demande et hausse de la production américaine. Mais cet équilibre reste fragile, car ces éléments sont jugés temporaires ou difficiles à prolonger.
Un pétrole durablement élevé peut alimenter l’inflation, notamment via les coûts de transport, d’énergie et de production. Cela renforce la probabilité que la Fed maintienne une ligne restrictive. Pour l’or, ce contexte est ambivalent : l’inflation soutient parfois l’attrait du métal comme protection du pouvoir d’achat, mais la hausse des taux peut l’emporter à court terme.
Ce que les investisseurs en or doivent surveiller
Pour un épargnant belge ou européen, deux signaux dominent désormais.
Le premier est diplomatique : un accord crédible entre les États-Unis et l’Iran pourrait diminuer la prime de risque géopolitique, surtout si les tensions autour du détroit d’Ormuz se calment. Le détroit d’Ormuz est un passage maritime stratégique pour le pétrole mondial ; toute tension dans cette zone peut faire monter les prix de l’énergie.
Le second est monétaire : si la Fed confirme une nouvelle hausse des taux, les rendements obligataires pourraient continuer à grimper. Un rendement obligataire correspond au revenu offert par une obligation, c’est-à-dire un titre de dette émis par un État ou une entreprise. Des rendements plus élevés rendent l’or relativement moins compétitif.
À court terme, l’or dépend donc moins de l’espoir d’un accord avec l’Iran que de la trajectoire des taux américains. La détente géopolitique pourrait calmer les achats de précaution, mais une Fed plus ferme risque de rester le principal frein pour le métal jaune.



