82 tonnes en moins de sept mois : la Pologne s’impose comme le premier acheteur d’or parmi les banques centrales en 2026. À Varsovie, la banque centrale a porté ses réserves à 632,4 tonnes, avec un objectif désormais fixé à 700 tonnes. Cette accélération interpelle les marchés mondiaux, alors que le cours de l’or reste au-dessus de 4 100 dollars l’once.
Varsovie accumule l’or physique
Depuis le début de l’année 2026, la Banque centrale de Pologne a acquis 82 tonnes d’or. Ce total inclut 37 tonnes ajoutées depuis avril, pour une valeur proche de 5 milliards de dollars aux cours actuels.
L’or acheté est de l’or physique, c’est-à-dire du métal réellement détenu sous forme de lingots ou de barres, et non un simple produit financier indexé sur le prix de l’or. Pour une banque centrale, cette distinction est essentielle : l’or physique ne dépend pas directement de la solvabilité d’un émetteur.
Le gouverneur Adam Glapinski défend une stratégie d’achats réguliers et opportunistes. La banque centrale surveille les baisses de prix pour renforcer ses positions à des moments jugés favorables. L’objectif affiché n’est pas de gagner une compétition statistique entre États, mais de consolider la sécurité financière nationale.
Un objectif de 700 tonnes
La Pologne détient désormais 632,4 tonnes d’or. Son objectif est de porter ce stock à 700 tonnes. Ce niveau placerait durablement Varsovie parmi les détenteurs importants en Europe.
Les réserves d’or désignent le métal détenu par une banque centrale dans le cadre de ses actifs officiels. Elles complètent les devises étrangères, les obligations d’État et d’autres instruments financiers. Depuis la fin de l’étalon-or en 1971 — système dans lequel certaines monnaies étaient convertibles en or — le métal jaune ne garantit plus directement la valeur des monnaies. Il reste toutefois un actif stratégique.
Selon les données disponibles, seulement 105 tonnes d’or polonais sont conservées physiquement en Pologne. Le reste est stocké notamment dans des coffres à Londres et à New York. Ce choix reflète un équilibre entre sécurité, liquidité internationale et rapatriement progressif.
La sécurité nationale avant le rendement
La stratégie polonaise repose sur une idée simple : l’or reste mobilisable en cas de choc majeur. Il peut servir de garantie, être vendu pour obtenir des liquidités ou renforcer la confiance dans les réserves nationales.
Cette logique prend une dimension particulière pour la Pologne, pays frontalier de l’Ukraine et situé au cœur des tensions de sécurité européennes. Adam Glapinski présente l’accumulation d’or comme une protection face à des scénarios extrêmes, y compris des conflits armés ou des crises monétaires.
L’or est souvent qualifié de valeur refuge. Cela signifie qu’il tend à être recherché lorsque les investisseurs craignent une crise financière, une inflation élevée, une guerre ou une perte de confiance dans certaines monnaies. Contrairement à une obligation, il ne verse pas d’intérêt. Sa valeur repose sur sa rareté, sa liquidité mondiale et son absence de risque de crédit direct.
Le stockage à l’étranger reste un sujet sensible
La localisation des réserves est devenue un thème central pour plusieurs banques centrales. Détenir de l’or à Londres ou à New York facilite les transactions internationales, car ces places disposent d’infrastructures reconnues pour le marché de l’or. Mais cette organisation expose aussi à des risques juridiques et politiques.
Le cas du Venezuela l’illustre. Après deux séismes majeurs en juin 2026, la présidente par intérim Delcy Rodríguez a demandé le déblocage de 31 tonnes d’or conservées au Royaume-Uni afin de financer secours et reconstruction. Ces réserves restent bloquées en raison d’un contentieux juridique et diplomatique sur le contrôle des avoirs.
Pour les banques centrales européennes, cette situation rappelle l’importance du risque de contrepartie. Ce terme désigne le risque qu’un partenaire financier, juridique ou institutionnel empêche l’accès à un actif, même lorsque celui-ci appartient officiellement à un État.
Un marché de l’or déjà sous tension
Les achats polonais interviennent dans un contexte de prix élevés. En juillet 2026, le cours de l’or évolue au-dessus de 4 100 dollars l’once. L’once troy, unité de référence du marché de l’or, correspond à environ 31,1 grammes.
Cette fermeté des prix s’explique par plusieurs facteurs : tensions géopolitiques, notamment entre les États-Unis et l’Iran, hausse des prix du pétrole, faiblesse relative du dollar et demande persistante de protection contre les risques.
Mais la progression de l’or reste freinée par la politique monétaire américaine. Les marchés anticipent une probabilité supérieure à 90 % d’une hausse des taux de la Réserve fédérale américaine avant fin 2026, avec environ 34 points de base attendus d’ici décembre. Un point de base équivaut à 0,01 point de pourcentage : 34 points de base représentent donc 0,34 %.
Des taux plus élevés augmentent les rendements obligataires, c’est-à-dire les intérêts offerts par les obligations. Cela peut rendre l’or moins attractif à court terme, car le métal ne produit pas de revenu régulier.
Un signal pour les investisseurs européens
Pour les épargnants belges et francophones, la stratégie polonaise ne constitue pas un signal automatique d’achat. Elle montre surtout que les banques centrales continuent d’utiliser l’or comme assurance financière de long terme.
L’enseignement principal tient dans la différence d’horizon. Une banque centrale achète pour sécuriser un pays sur plusieurs décennies. Un particulier doit, lui, tenir compte de son patrimoine, de sa liquidité disponible, de son horizon d’investissement, des frais d’achat et de stockage, ainsi que de la fiscalité applicable.
La Pologne ne parie pas seulement sur une hausse du prix de l’or. Elle cherche à réduire sa dépendance aux monnaies, aux dettes souveraines et aux infrastructures financières étrangères. Dans un marché déjà tendu, cette stratégie confirme le retour de l’or comme actif de sécurité au cœur des politiques monétaires nationales.



