L’or ne réagit plus toujours comme une valeur refuge classique. Dans une tribune publiée le 15 juillet 2026 dans Capital, Laurent Schwartz souligne un changement notable : le métal jaune afficherait une corrélation plus forte avec les marchés actions, en particulier avec le CAC 40, l’indice qui regroupe 40 grandes sociétés cotées à Paris.
Cette observation concerne directement les investisseurs français, belges et plus largement européens. L’or est souvent acheté pour diversifier un patrimoine et réduire l’exposition aux crises financières. Or, si son cours évolue davantage dans le même sens que les actions, son rôle de protection doit être relu avec prudence.
L’or se rapproche des mouvements boursiers
Traditionnellement, l’or est qualifié de valeur refuge. Ce terme désigne un actif recherché en période d’incertitude, car il est perçu comme capable de conserver sa valeur lorsque les marchés financiers baissent ou lorsque la confiance recule.
Selon l’analyse publiée dans Capital, ce comportement serait moins mécanique aujourd’hui. Le cours de l’or montrerait une corrélation plus élevée avec les actions. La corrélation mesure le degré de mouvement commun entre deux actifs : si l’or et le CAC 40 montent ou baissent ensemble plus souvent, leur corrélation augmente.
Autre élément relevé : la volatilité de l’or serait plus marquée. La volatilité correspond à l’ampleur des variations de prix. Un actif très volatil peut monter vite, mais aussi corriger brutalement.
Plusieurs facteurs expliquent ce changement
Laurent Schwartz avance plusieurs raisons. La première tient à la liquidité de l’or. Un actif liquide s’achète et se vend rapidement, avec de nombreux intervenants sur le marché. Dans les phases de stress, certains investisseurs peuvent vendre de l’or pour dégager du cash, ce qui peut peser sur son prix même lorsque l’incertitude augmente.
Deuxième facteur : l’arrivée de nouveaux investisseurs. L’or n’est plus seulement détenu sous forme de pièces, de lingots ou de bijoux. Il est aussi accessible via des produits financiers adossés à l’or, c’est-à-dire des instruments dont la valeur suit le cours du métal, sans que l’investisseur détienne forcément de l’or physique.
Cette financiarisation peut renforcer les réactions de court terme. Les arbitrages se font alors plus vite, parfois selon les mêmes logiques que sur les actions, les obligations ou les devises.
Les banques centrales restent un point clé
L’analyse mentionne aussi un ralentissement des achats des banques centrales. Ces institutions, qui gèrent notamment les réserves monétaires des États, ont fortement soutenu la demande d’or ces dernières années. Lorsqu’elles achètent massivement, elles peuvent contribuer à soutenir les cours.
Un ralentissement ne signifie pas un désintérêt. Mais il peut réduire un moteur important du marché, surtout si les investisseurs privés deviennent plus sensibles aux signaux boursiers de court terme.
Une réaction géopolitique moins prévisible
Le comportement récent de l’or face aux tensions entre les États-Unis et l’Iran illustre cette évolution. Lors de la montée des tensions au Moyen-Orient, le cours de l’or a d’abord reculé, avant de rebondir à l’annonce d’un accord.
Ce schéma diffère de la réaction habituellement attendue. En période de crise géopolitique, l’or tend souvent à progresser rapidement, car les investisseurs recherchent des actifs jugés plus sûrs. L’épisode montre que la fonction refuge de l’or demeure, mais qu’elle peut être contrariée par d’autres forces de marché.
Les fondamentaux pourraient reprendre le dessus
À long terme, l’or reste une réserve de valeur de référence. Une réserve de valeur est un actif que l’on conserve dans l’espoir qu’il protège le pouvoir d’achat au fil du temps.
Les facteurs fondamentaux restent donc essentiels : inflation, taux réels, dette publique et politiques monétaires. Les taux réels correspondent aux taux d’intérêt corrigés de l’inflation. Quand ils sont faibles ou négatifs, l’or devient souvent plus attractif, car il ne verse pas de rendement mais protège potentiellement contre l’érosion monétaire.
Pour les épargnants belges et francophones, le message est clair : l’or conserve son rôle patrimonial, mais son comportement à court terme peut désormais ressembler davantage à celui d’un actif financier globalisé. La diversification reste utile, à condition de comprendre que le métal jaune n’évolue pas toujours à contre-courant des marchés.



