Sous 4 400 dollars l’once, l’or rappelle une règle simple des marchés : même une valeur refuge peut reculer quand le dollar et les rendements reprennent la main. Ce mardi 18 août 2026, le cours de l’or a cédé du terrain sur les marchés mondiaux, sous l’effet combiné des tensions entre les États-Unis et l’Iran, de la hausse du pétrole et d’un regain d’attrait pour le billet vert.

L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence internationale pour les métaux précieux. Elle équivaut à environ 31,10 grammes. Un cours à 4 400 dollars l’once signifie donc que le prix de référence mondial de l’or reste très élevé, mais qu’il se replie après une phase de forte volatilité.

Le dollar capte la demande de sécurité

Le mouvement du jour s’explique d’abord par la vigueur du dollar américain. En période d’incertitude, la devise des États-Unis est souvent recherchée comme valeur refuge. Une valeur refuge est un actif jugé plus sûr lorsque les marchés craignent un choc économique, financier ou géopolitique.

L’or possède lui aussi ce statut. Mais lorsque le dollar monte, le métal jaune devient plus cher pour les acheteurs qui utilisent d’autres devises, notamment l’euro. Cela peut réduire la demande internationale et peser sur les prix.

Pour un investisseur belge ou européen, la baisse de l’or en dollars peut donc être partiellement compensée par un dollar plus fort face à l’euro. Le prix payé en euros ne baisse pas toujours dans les mêmes proportions que le prix affiché en dollars.

Les tensions Iran-États-Unis ravivent le risque pétrolier

Le contexte géopolitique reste au centre de l’attention. Donald Trump, dans ses déclarations publiques, a affirmé que l’Iran devrait « se rendre » pour mettre fin au conflit en cours. Washington a aussi refusé de prolonger un mémorandum d’entente avec Téhéran. Les tensions autour du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour le pétrole mondial, accentuent l’inquiétude des marchés.

En mer Rouge, des rebelles houthis soutenus par l’Iran ont revendiqué des frappes contre des navires saoudiens près de la zone de Mokha. Ces épisodes alimentent la crainte d’une perturbation du trafic commercial et énergétique.

Résultat : le pétrole a progressé jusqu’à un plus haut de deux semaines. Cette hausse est importante pour l’or, car un pétrole plus cher peut entretenir l’inflation. L’inflation désigne la hausse générale des prix. Si elle reste élevée, les banques centrales peuvent maintenir des taux d’intérêt élevés, voire les relever.

Les taux américains pénalisent l’or

Le deuxième facteur de pression vient du marché obligataire. Les rendements des bons du Trésor américain, notamment à 30 ans, ont atteint des niveaux très élevés au regard des dernières décennies.

Un rendement obligataire correspond au revenu qu’un investisseur peut espérer obtenir en détenant une obligation. Une obligation est un titre de dette émis par un État ou une entreprise. Quand ces rendements augmentent, les investisseurs peuvent préférer ces actifs rémunérateurs.

L’or, lui, ne verse ni coupon ni dividende. Il est donc qualifié d’actif non rémunérateur. Sa performance dépend uniquement de l’évolution de son prix. Dans un environnement de taux élevés, cette caractéristique devient un handicap.

La Réserve fédérale américaine, la Fed, reste donc au centre du jeu. D’après une note de TD Securities, l’institution devrait maintenir ou relever ses taux en 2026 si l’inflation reste persistante. Les traders attribuent environ 64 % de chances à un statu quo en septembre, mais une majorité du marché anticiperait au moins une hausse avant la fin de l’année.

Ces anticipations soutiennent le dollar. Elles renforcent aussi la pression vendeuse sur l’or.

Une correction plutôt qu’un retournement ?

La chute sous 4 400 dollars intervient dans une année déjà très agitée pour le métal jaune. En 2026, l’or a évolué entre un pic proche de 5 598 dollars l’once et un plancher autour de 3 940 dollars. Cette amplitude illustre la nervosité des marchés face aux tensions géopolitiques, à l’inflation et aux décisions de politique monétaire.

Les indicateurs techniques suggèrent toutefois que le mouvement actuel pourrait rester une correction. Une correction désigne une baisse temporaire après une forte hausse, sans forcément remettre en cause la tendance de fond.

Deux outils suivis par les analystes vont dans ce sens. Le RSI, ou indice de force relative, mesure la vitesse et l’ampleur des variations de prix. À 63,47, il signale un marché encore dynamique, sans excès extrême. Le MACD, indicateur qui compare deux moyennes de prix, reste positif. Cela indique que la tendance haussière n’est pas invalidée à ce stade.

Ce que les acheteurs d’or doivent surveiller

Pour les particuliers, le message principal est la prudence. Le prix de l’or reste porté par des facteurs puissants : achats des banques centrales, volonté de certains pays de réduire leur dépendance au dollar, tensions géopolitiques et recherche de protection contre l’inflation.

Mais les freins sont tout aussi visibles : dollar fort, taux américains élevés, rendements obligataires attractifs et prises de bénéfices après la hausse des derniers mois. Une prise de bénéfices signifie que des investisseurs vendent après une hausse afin d’encaisser leurs gains.

En Belgique comme ailleurs en Europe, l’investisseur doit donc regarder trois éléments avant d’acheter ou de vendre : le cours en dollars, le taux de change euro-dollar et la prime appliquée aux pièces ou lingots physiques. La prime correspond à l’écart entre le prix du métal contenu dans un produit et son prix réel d’achat ou de vente.

La baisse sous 4 400 dollars ne signifie pas que l’or perd son rôle de protection. Elle montre surtout que son prix reste sensible aux taux, au dollar et au pétrole. Tant que ces trois variables resteront instables, le métal jaune devrait conserver une forte volatilité.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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