Sous 4 300 dollars l’once, l’or perd un seuil psychologique important. Le cours du métal jaune a reculé mercredi 2 septembre lors de la séance asiatique, au plus bas depuis près de quatre semaines. La baisse se produit alors même que les tensions militaires entre les États-Unis et l’Iran ravivent les inquiétudes au Moyen-Orient.
Le dollar et les taux américains pèsent sur l’or
Le mouvement de repli s’explique d’abord par deux facteurs classiques : le renforcement du dollar américain et la hausse des rendements obligataires aux États-Unis.
L’or est coté en dollars sur les grands marchés internationaux. Quand le dollar monte, l’achat d’or devient plus coûteux pour les investisseurs utilisant d’autres devises, notamment l’euro. Cette mécanique peut freiner la demande et peser sur les prix.
Deuxième pression : les obligations américaines à 10 ans offrent désormais un rendement au plus haut depuis janvier 2025. Un rendement obligataire désigne le revenu attendu par un investisseur qui achète une obligation, c’est-à-dire un titre de dette émis ici par l’État américain. Plus ce rendement augmente, plus les obligations deviennent attractives face à l’or.
La raison est simple : l’or ne verse ni intérêt ni dividende. Il peut protéger un patrimoine, mais il ne produit pas de revenu régulier. Dans un environnement de taux élevés, certains investisseurs préfèrent donc les placements rémunérés.
La valeur refuge ne suffit pas à soutenir le métal jaune
Le recul de l’or intervient pourtant dans un contexte géopolitique tendu. Des frappes réciproques entre les forces américaines et des positions liées à l’Iran ont été rapportées par le commandement central américain, le CENTCOM, dans le contexte récent des 1er et 2 septembre.
Ce type d’escalade soutient habituellement la demande d’or. Le métal jaune est souvent qualifié de valeur refuge : cela signifie qu’il est recherché lorsque les investisseurs craignent une crise financière, une guerre ou une perte de confiance dans les monnaies.
Mais cette fois, la prime de risque géopolitique n’a pas suffi. Cette prime désigne le supplément de prix que les marchés peuvent intégrer lorsqu’un danger politique ou militaire augmente. Elle a bien réapparu avec les tensions Iran-USA, mais son effet reste limité à court terme face à la force du dollar et aux rendements américains.
Le signal envoyé par le marché est clair : pour l’instant, la politique monétaire américaine domine le risque géopolitique dans la formation du prix de l’or.
Le pétrole grimpe et entretient les craintes d’inflation
Les tensions au Moyen-Orient ont davantage soutenu le pétrole. Le WTI, référence américaine du brut, a atteint son plus haut niveau depuis le 24 juillet. Le WTI, pour West Texas Intermediate, est un pétrole utilisé comme prix de référence sur les marchés américains.
Cette hausse reflète la crainte de perturbations dans l’approvisionnement énergétique. Une hausse du pétrole peut alimenter l’inflation, car l’énergie entre dans les coûts de transport, de production et de chauffage.
Pour l’or, l’effet est ambigu. Une inflation plus forte peut soutenir le métal jaune à long terme, car il est souvent utilisé pour préserver le pouvoir d’achat. Mais si cette inflation pousse la Réserve fédérale américaine à maintenir des taux élevés, l’or peut au contraire souffrir à court terme.
La Fed, banque centrale des États-Unis, fixe les grandes orientations des taux d’intérêt américains. Ses décisions influencent le dollar, les rendements obligataires et, indirectement, le cours de l’or.
Le rapport sur l’emploi américain devient décisif
L’attention des marchés devrait désormais se tourner vers le rapport mensuel sur l’emploi américain attendu vendredi 4 septembre. Ce document pourrait confirmer ou affaiblir l’idée d’un marché du travail robuste aux États-Unis.
Si l’emploi reste solide, la Fed pourrait être incitée à conserver une politique monétaire restrictive. Cela signifie des taux élevés plus longtemps. Un tel scénario renforcerait probablement les rendements obligataires et pourrait continuer à peser sur l’or.
À l’inverse, des signes de ralentissement économique pourraient relancer les anticipations de baisse des taux. Dans ce cas, l’or retrouverait un soutien, car le coût d’opportunité de sa détention diminuerait. Le coût d’opportunité correspond au rendement auquel un investisseur renonce en choisissant un actif plutôt qu’un autre.
Ce que cela change pour les investisseurs belges et européens
Pour un investisseur belge ou européen, la baisse sous 4 300 dollars doit être lue avec prudence. Le prix international de l’or est exprimé en dollars, mais un achat physique en Belgique est généralement payé en euros, avec conversion de change et, pour les pièces ou lingots, une prime commerciale.
Cette prime correspond à l’écart entre le prix du métal contenu dans le produit et son prix réel d’achat ou de vente. Elle dépend de la disponibilité, de la demande et du type de produit.
La baisse actuelle peut donc ne pas se répercuter entièrement sur les prix en euros si le dollar reste fort face à la monnaie unique. Pour préparer un achat ou une vente, il reste essentiel de suivre à la fois le cours spot de l’or, c’est-à-dire le prix de marché immédiat, et le taux de change euro-dollar.
La chute sous 4 300 dollars ne remet pas en cause le rôle de l’or dans la diversification patrimoniale. Elle rappelle surtout que même une valeur refuge reste sensible aux taux, au dollar et aux attentes de la Fed. La prochaine statistique américaine sur l’emploi pourrait donner le ton de la suite.


