63,40 dollars l’once : le cours international de l’argent a franchi à la baisse le seuil symbolique des 64 dollars lors des échanges asiatiques du 2 septembre 2026. Ce mouvement touche le XAG/USD, c’est-à-dire la cotation de l’argent métal exprimée en dollar américain. Une once correspond ici à l’once troy, l’unité de référence des métaux précieux, soit environ 31,10 grammes.

La baisse intervient dans un contexte de tension sur les marchés obligataires. Le rendement du Trésor américain à 10 ans a atteint 4,80 %, son niveau le plus élevé depuis début 2025. Un rendement obligataire désigne le revenu annuel attendu d’une obligation rapporté à son prix. Quand il monte, les investisseurs peuvent être davantage attirés par ces titres rémunérés, au détriment des métaux précieux, qui ne versent ni intérêt ni dividende.

Les taux américains pèsent sur l’argent

Le mouvement du 2 septembre s’explique d’abord par des arbitrages financiers. Les investisseurs ont vendu des obligations, ce qui a fait monter leurs rendements. Dans le même temps, l’argent a reculé, car il est considéré comme un actif sans rendement : sa détention ne procure pas de coupon, contrairement à une obligation.

Cette mécanique est importante pour les particuliers belges et européens. Le prix international de l’argent est fixé en dollars. Un investisseur qui achète en euros doit donc suivre deux paramètres : le cours du métal et le taux de change euro/dollar. Pour l’argent physique, il faut aussi distinguer le prix spot, c’est-à-dire le prix de marché immédiat, du prix payé en boutique, qui inclut les primes, les frais et la fiscalité applicable.

L’inflation relance la prudence des marchés

La pression sur l’argent vient aussi des craintes inflationnistes. L’inflation correspond à la hausse générale des prix. Elle réduit le pouvoir d’achat de la monnaie et influence fortement les décisions des banques centrales.

Début septembre, les tensions entre Washington et Téhéran ont contribué à une flambée du pétrole brut. Le WTI, référence américaine du pétrole, a atteint son plus haut niveau depuis juillet 2026. Une hausse durable de l’énergie peut nourrir l’inflation mondiale, car le pétrole entre dans les coûts de transport, de production et de chauffage.

Ce contexte complique la lecture des métaux précieux. L’argent peut être recherché comme protection contre l’inflation, mais il peut aussi souffrir si cette inflation pousse les taux d’intérêt encore plus haut. C’est cette seconde dynamique qui domine actuellement le marché.

La Fed entretient la pression

La Réserve fédérale américaine, la banque centrale des États-Unis, reste au centre de l’attention. Son rôle est notamment de piloter les taux directeurs, c’est-à-dire les taux qui influencent le coût du crédit dans l’économie.

Michael Barr, gouverneur de la Fed, a adopté début septembre un ton plus ferme sur l’inflation lors d’une intervention publique. Il a évoqué la possibilité d’une nouvelle hausse des taux directeurs si la hausse des prix ne ralentit pas. Un discours monétaire restrictif signifie que la banque centrale privilégie la lutte contre l’inflation, même si cela renchérit le crédit.

Cette perspective soutient le dollar et pèse sur l’argent. Un dollar plus fort rend les métaux libellés en dollars plus chers pour les acheteurs utilisant d’autres devises. Cela peut réduire la demande internationale à court terme.

Les chiffres de l’emploi restent décisifs

Les investisseurs surveillent aussi les indicateurs américains de l’emploi. Les ouvertures de postes JOLTS de juillet 2026 sont ressorties à 7,27 millions, sous les attentes. L’indice ISM manufacturier d’août a reculé à 54,6, tout en restant au-dessus de 50, seuil qui signale encore une expansion de l’activité industrielle.

Le prochain rendez-vous majeur est la publication des chiffres de l’emploi non agricole attendue vendredi 4 septembre 2026. Cet indicateur mesure les créations d’emplois hors secteur agricole aux États-Unis. Il est suivi de près, car un marché du travail solide peut encourager la Fed à maintenir des taux élevés plus longtemps.

Pour le cours de l’argent, une statistique robuste pourrait renforcer la pression baissière. À l’inverse, un ralentissement marqué de l’emploi pourrait calmer les anticipations de hausse des taux et offrir un soutien au métal.

Les prévisions restent divergentes

À court terme, le marché reste volatil. Certaines plateformes de trading faisaient encore référence à un prix autour de 67,50 dollars l’once au 1er septembre 2026, avant la chute observée le 2 septembre sur le XAG/USD.

Les projections de moyen terme restent contrastées. Selon LongForecast, le prix de l’argent pourrait rebondir à partir de septembre, atteindre 84,79 dollars en novembre et terminer 2026 autour de 83,70 dollars, soit une hausse annuelle estimée à 26,1 %. WalletInvestor présenterait une prévision plus prudente, avec une évolution principalement comprise entre 65,90 et 76,14 dollars, puis une clôture autour de 72,06 dollars en décembre.

Ces scénarios doivent être lus avec prudence. Une prévision de cours repose sur des modèles et des hypothèses. Elle ne constitue pas une certitude. Pour l’argent, la trajectoire dépendra surtout de trois facteurs : l’évolution des taux américains, la force du dollar et la demande industrielle, notamment dans l’électronique et le solaire.

Ce que les investisseurs doivent retenir

La chute sous 64 dollars n’efface pas l’intérêt de long terme pour l’argent, mais elle rappelle sa sensibilité aux taux. Le métal blanc possède une double nature : il est à la fois métal précieux et métal industriel. Cette caractéristique peut amplifier ses mouvements de prix.

Pour un acheteur belge ou francophone, la prudence consiste à distinguer l’objectif patrimonial, l’horizon de placement et le support choisi. L’argent papier, via produits financiers, suit davantage le prix spot. L’argent physique ajoute des paramètres concrets : stockage, écart entre prix d’achat et de revente, prime et fiscalité.

Le signal principal du 2 septembre est clair : tant que les rendements américains restent élevés et que l’inflation inquiète les banques centrales, l’argent demeure vulnérable à de nouvelles pressions à court terme.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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