Plus de 3 % de baisse en une séance : le cours de l’or a brièvement enfoncé le seuil des 4 400 dollars l’once ce 31 août 2026. La pression vient surtout des États-Unis, où les marchés intègrent désormais un scénario de politique monétaire plus dure après les propos de Kevin Warsh à Jackson Hole.

Le mouvement concerne le XAU/USD, c’est-à-dire le prix de l’or exprimé en dollars américains. XAU est le code international de l’or, et USD celui du dollar. L’unité de référence reste l’once troy, soit environ 31,1 grammes.

La hausse des taux américains pèse sur l’or

Le déclencheur immédiat est venu du symposium de Jackson Hole, grand rendez-vous annuel des banquiers centraux et des économistes. Kevin Warsh y a laissé entendre qu’une hausse prochaine des taux directeurs pourrait être nécessaire pour lutter contre une inflation encore élevée.

Les taux directeurs sont les taux fixés par une banque centrale. Ils influencent le coût du crédit pour les ménages, les entreprises et les États. Quand ces taux montent, les placements rémunérés en dollars deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. Cela peut réduire son attrait à court terme.

Selon le CME FedWatch Tool, un outil qui mesure les anticipations des marchés à partir des contrats à terme sur les Fed Funds, la probabilité d’une hausse des taux de la Réserve fédérale américaine atteignait environ 60 % pour septembre 2026 et 88 % pour décembre 2026. Les Fed Funds sont les taux auxquels les banques américaines se prêtent de l’argent à très court terme.

Conséquence directe : le dollar s’est renforcé. Or, un dollar plus fort rend l’or plus cher pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres devises, ce qui tend à freiner la demande mondiale.

L’Iran ravive les craintes inflationnistes

Le contexte géopolitique ajoute une couche d’incertitude. Le 30 août, les forces américaines ont frappé deux lance-roquettes sur l’île iranienne de Larak, dans une zone stratégique proche du détroit d’Ormuz. L’Iran a riposté par des tirs de missiles balistiques contre des bases américaines en Jordanie.

Le détroit d’Ormuz est un passage maritime essentiel pour le pétrole mondial. Déjà le 11 août, l’Iran avait déclaré que ce détroit resterait fermé tant que ses demandes aux États-Unis ne seraient pas satisfaites. Cette restriction du trafic pétrolier a contribué à maintenir le Brent autour de 85 dollars le baril au troisième trimestre 2026.

Le mécanisme est important pour les investisseurs en or. Une hausse du pétrole peut alimenter l’inflation, car l’énergie entre dans les coûts de transport, de production et de chauffage. Si l’inflation reste élevée, la Fed peut être incitée à relever ses taux. C’est ce lien entre pétrole, inflation et taux qui explique la chute de l’or malgré son statut de valeur refuge.

Une valeur refuge est un actif recherché en période de crise, car il est perçu comme plus résistant aux chocs financiers ou géopolitiques. L’or joue souvent ce rôle. Mais lorsque les marchés anticipent une forte hausse des taux, cet avantage peut être temporairement neutralisé.

Le rapport sur l’emploi américain devient décisif

Le prochain rendez-vous clé aura lieu vendredi 4 septembre 2026 avec la publication du rapport officiel sur l’emploi américain par le Bureau of Labor Statistics. Ce rapport mesure notamment les créations d’emplois, le taux de chômage et l’évolution des salaires.

Un marché du travail solide renforcerait l’idée que l’économie américaine peut supporter des taux plus élevés. Ce scénario pèserait encore sur l’or. À l’inverse, des chiffres décevants pourraient affaiblir le dollar et raviver l’intérêt pour le métal précieux.

Le CPI américain publié le 12 août reste aussi dans les esprits. Le CPI, ou indice des prix à la consommation, mesure l’évolution du coût d’un panier de biens et services. Il s’agit d’un indicateur central pour évaluer l’inflation et donc anticiper les décisions de la Fed.

Quel signal pour les acheteurs en Belgique et en Europe ?

Pour un investisseur belge ou francophone, la baisse du cours en dollars ne se traduit pas toujours de manière identique en euros. Le taux de change EUR/USD joue un rôle majeur. Si le dollar monte face à l’euro, la baisse de l’or en dollars peut être partiellement compensée pour un acheteur européen.

À court terme, le marché reste dominé par trois facteurs : la trajectoire des taux américains, l’évolution du pétrole liée au détroit d’Ormuz et les prochaines statistiques économiques américaines. Certains relevés de marché placeraient le prix autour de 4 437 dollars l’once au 31 août, après le passage sous 4 400 dollars en séance asiatique.

Les projections pour la fin d’année resteraient très dispersées. Certains analystes envisageraient un potentiel haussier marqué, tandis que d’autres anticiperaient une large zone de fluctuation, entre environ 4 074 et 5 478 dollars l’once. Ces scénarios doivent être lus avec prudence : une prévision de cours n’est jamais une garantie.

La chute du 31 août rappelle une règle simple : l’or protège souvent dans la durée, mais son prix peut fortement varier à court terme lorsque les taux, le dollar et la géopolitique évoluent en même temps.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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