Depuis 2022, l’or n’est plus seulement recherché pour rassurer les épargnants. Il sert aussi à peser dans l’ordre monétaire mondial.

La vieille formule — « celui qui détient l’or fait les lois » — retrouve une actualité brûlante. En Asie, plusieurs banques centrales renforcent depuis plusieurs années leurs réserves d’or, avec un mouvement particulièrement visible depuis 2022. La Chine figure parmi les acteurs les plus observés.

Le message est clair : réduire la dépendance au dollar, consolider la souveraineté économique et gagner en influence géopolitique. Pour les investisseurs européens et belges, cette évolution change la lecture du marché. Le cours de l’or ne reflète pas seulement la peur de l’inflation ou des crises financières. Il indique aussi un déplacement possible des rapports de force entre puissances.

Les banques centrales asiatiques accumulent du métal

Une banque centrale est l’institution qui gère la monnaie d’un pays, ses taux d’intérêt et une partie de ses réserves financières. Ces réserves peuvent être détenues en devises, comme le dollar ou l’euro, mais aussi en or.

Depuis plusieurs années, plusieurs banques centrales asiatiques achètent davantage d’or. Cette accumulation progressive vise à limiter l’exposition au dollar, encore dominant dans le commerce mondial et dans les réserves internationales.

L’or présente un avantage particulier pour un État : il n’est la dette de personne. Une obligation d’État, par exemple, est une dette émise par un gouvernement. Une devise dépend de la politique monétaire du pays qui l’émet. L’or, lui, ne repose pas sur la promesse d’un débiteur. C’est ce qui en fait un actif stratégique pour les banques centrales.

L’or redevient un indicateur de puissance

L’or est souvent présenté comme une valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une crise, une perte de confiance dans les monnaies ou une instabilité politique.

Mais cette définition devient insuffisante. Depuis 2022, la forte progression du prix de l’or reflète aussi une transformation plus profonde : le métal jaune devient un indicateur de puissance économique. Les achats des banques centrales et des investisseurs traduisent une défiance croissante envers certaines dettes publiques et monnaies occidentales.

Autrement dit, le cours de l’or ne dit pas seulement que les marchés ont peur. Il peut aussi signaler que des États veulent reprendre du contrôle sur leur destin monétaire.

Un transfert d’influence de l’Occident vers l’Asie ?

Historiquement, les flux d’or accompagnent souvent les grandes bascules économiques. Des cités marchandes italiennes aux puissances industrielles, le métal a suivi les centres de richesse, de commerce et d’excédents financiers.

Aujourd’hui, un déplacement progressif de l’or de l’Occident vers l’Asie serait observé. Ce mouvement traduirait le rééquilibrage des excédents commerciaux et économiques mondiaux. Il pourrait renforcer l’influence économique asiatique dans les années à venir.

Le conditionnel reste nécessaire, car la mesure précise de ces flux reste complexe. Une partie de l’or circule via des marchés de gros, des banques, des raffineries et des réserves officielles dont les publications peuvent être décalées ou partielles.

L’or ne protège pas toujours contre l’inflation

Pour un épargnant belge ou européen, une nuance est essentielle : l’or n’est pas une garantie automatique contre l’inflation. L’inflation désigne la hausse générale des prix, qui réduit le pouvoir d’achat d’une monnaie.

L’histoire montre que la relation entre l’or et l’inflation varie fortement selon les périodes. Le métal jaune dépend souvent davantage des taux d’intérêt réels. Un taux d’intérêt réel correspond au rendement d’un placement après déduction de l’inflation. Si un placement rapporte 4 % alors que l’inflation est de 2 %, le taux réel est positif. Si l’inflation dépasse le rendement, il devient négatif.

Quand les taux réels sont élevés, les obligations peuvent redevenir attractives. Une obligation est un titre de dette qui verse généralement un intérêt. Dans ce contexte, l’or peut perdre de son attrait, car il ne verse ni coupon ni dividende.

Le rappel des années 1980-2000

L’histoire invite à la prudence. Entre 1980 et le début des années 2000, le prix de l’or corrigé de l’inflation a chuté de plus de 80 %. Corriger de l’inflation signifie comparer le prix réel, c’est-à-dire le pouvoir d’achat obtenu avec l’or, et pas seulement son prix affiché.

Cette longue baisse rappelle que l’or ne monte pas en ligne droite. Il ne doit pas être considéré comme une solution unique ou permanente. Il peut jouer un rôle dans une stratégie de diversification, c’est-à-dire la répartition d’un patrimoine entre plusieurs actifs afin de réduire la dépendance à un seul scénario économique.

Ce que cela change pour les particuliers

L’information principale est donc double. D’un côté, les banques centrales asiatiques renforcent l’importance géopolitique de l’or. De l’autre, les particuliers doivent éviter une lecture trop simple du marché.

L’or peut protéger contre certains risques : perte de confiance dans les monnaies, tensions géopolitiques, fragilité des dettes publiques. Mais il peut aussi connaître de longues périodes défavorables, surtout lorsque les rendements réels d’autres placements deviennent attractifs.

Le retour de l’or dans les coffres des banques centrales ne signifie pas que le métal jaune remplace toutes les autres formes d’épargne. Il confirme surtout que, dans un monde plus fragmenté, détenir de l’or redevient une manière de peser.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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