4 200 dollars l’once : le cours de l’or reprend appui, mais les acheteurs avancent sur un terrain instable. Ce lundi 22 juin 2026, le métal jaune tente de se stabiliser après trois séances consécutives de recul. Le mouvement ressemble moins à un vrai retournement haussier qu’à une respiration dans un marché devenu très nerveux.

L’once d’or, soit 31,103 grammes de métal fin, évolue autour de 4 200 dollars sur le marché international. Pour les investisseurs européens, ce prix doit toujours être lu avec le taux de change euro-dollar : un dollar fort renchérit mécaniquement l’or acheté en euros, même si le cours mondial ne progresse pas.

Un rebond fragile après une lourde correction

Le marché de l’or reste marqué par la correction engagée depuis le sommet historique atteint le 29 janvier 2026, autour de 5 598 dollars l’once. Depuis ce pic, le métal précieux a reculé jusqu’à environ 4 023 dollars, soit une baisse de plus de 28 %.

Cette correction intervient après une envolée spectaculaire : le cours de l’or avait progressé de plus de 110 % depuis 2024. Une telle hausse attire souvent des prises de bénéfices. Cela signifie que certains investisseurs vendent une partie de leurs positions pour transformer leurs gains latents en liquidités.

Le retour vers 4 200 dollars ne suffit donc pas à rassurer. Le seuil des 4 334 dollars reste difficile à franchir. En analyse technique, un seuil est un niveau de prix observé par les investisseurs. Lorsqu’il bloque plusieurs fois la hausse, il devient une résistance. Tant que cette résistance n’est pas dépassée clairement, les acheteurs restent prudents.

La Fed freine l’or avec des taux élevés

Le principal frein vient de la Réserve fédérale américaine, la banque centrale des États-Unis. Sous la direction de Kevin Warsh, elle maintient une politique monétaire stricte face à une inflation persistante. Le marché anticipe encore une possible hausse des taux d’intérêt d’ici la fin 2026.

Cette perspective pèse sur l’or pour une raison simple : l’or ne verse ni intérêt ni dividende. Il s’agit d’un actif sans rendement. Quand les obligations ou les placements monétaires rapportent davantage grâce à des taux élevés, une partie des capitaux se détourne du métal précieux.

Autre élément important : les taux réels. Ce terme désigne les taux d’intérêt corrigés de l’inflation. Lorsque les taux réels montent, conserver de l’or devient plus coûteux pour les investisseurs, car le métal ne produit pas de revenu régulier. En parallèle, une Fed ferme soutient souvent le dollar. Or l’or étant coté en dollars, un billet vert plus fort peut limiter la demande internationale.

L’Iran maintient une prime de risque

Le dossier Iran-Hormuz continue pourtant de soutenir une partie de la demande. Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique pour le transport mondial de pétrole. Une tension militaire ou diplomatique dans cette zone peut faire monter les prix de l’énergie, nourrir l’inflation et accroître l’incertitude.

Dans ce contexte, l’or conserve une prime de risque. Cette prime correspond au supplément de prix que les investisseurs acceptent de payer pour détenir un actif jugé protecteur en période de crise. L’or reste souvent recherché comme valeur refuge, c’est-à-dire un actif perçu comme plus résistant lorsque les marchés financiers deviennent instables.

Mais le conflit en Iran a aussi montré une réaction moins intuitive. Depuis la fin février 2026, le cours de l’or a reculé de plus de 10 %. En mars, la baisse hebdomadaire a atteint 10,5 %, son pire repli sur une semaine depuis 1983 d’après des données de marché relayées par Deutsche Bank et CNN. Une explication tient à la liquidité : en période de choc, certains investisseurs vendent de l’or pour obtenir rapidement du cash et couvrir des pertes ailleurs.

L’espoir diplomatique apaise le pétrole, pas totalement l’or

Le 15 juin, Donald Trump a affirmé sur les réseaux sociaux qu’un accord « complet » avait été trouvé entre les États-Unis et l’Iran. Cette annonce publique a provoqué un choc positif immédiat sur les marchés : les indices américains ont rebondi, tandis que le pétrole a chuté. Le WTI est descendu autour de 80,20 dollars et le Brent autour de 82,80 dollars, soit une baisse d’environ 5 %.

Les discussions entre Washington et Téhéran, avec l’appui du Qatar et du Pakistan, alimentent désormais l’espoir d’un accord plus large sous 60 jours. Cette perspective réduit les craintes d’un choc énergétique. Une baisse du pétrole peut calmer les anticipations d’inflation, ce qui est normalement favorable aux actifs risqués.

Pour l’or, l’effet est plus ambigu. Moins de risque géopolitique peut réduire la demande de valeur refuge. Mais une détente sur le pétrole peut aussi alléger la pression inflationniste et, à terme, limiter la nécessité de taux encore plus élevés. Le marché hésite donc entre deux lectures opposées.

Les banques centrales forment un soutien de long terme

À court terme, les acheteurs privés restent prudents. À long terme, les banques centrales continuent toutefois de jouer un rôle majeur. Elles achètent de l’or physique pour diversifier leurs réserves, c’est-à-dire réduire leur dépendance à une seule devise, notamment au dollar.

La Banque populaire de Chine a acheté 8,1 tonnes d’or en avril 2026, prolongeant une série d’achats mensuels depuis quinze mois. La Banque centrale polonaise a également renforcé ses réserves avec 31 tonnes acquises au dernier trimestre disponible.

Ces achats ne garantissent pas une hausse continue du cours. Ils peuvent toutefois créer un plancher structurel, c’est-à-dire une zone de soutien alimentée par une demande régulière et stratégique.

Ce que doivent retenir les acheteurs en Belgique et en Europe

Pour un particulier, le niveau de 4 200 dollars ne constitue pas à lui seul un signal d’achat ou de vente. Le prix d’entrée dépend aussi de la devise, des frais, de la prime sur les pièces ou lingots, et de l’horizon de placement.

La prime d’une pièce ou d’un lingot désigne l’écart entre son prix de vente et la valeur de l’or pur qu’il contient. Elle varie selon la demande, la rareté du produit et les marges commerciales. Dans un marché nerveux, cette prime peut augmenter.

Le risque principal est d’acheter dans la précipitation, sous l’effet d’un titre de marché ou d’une annonce géopolitique. Un achat progressif, par tranches, permet de réduire le risque de mauvais point d’entrée. À l’inverse, une vente peut se préparer en vérifiant le cours spot, c’est-à-dire le prix immédiat de l’or sur le marché, et les conditions de rachat proposées.

L’or reste soutenu par les incertitudes géopolitiques et les achats des banques centrales. Mais la Fed, le dollar et les taux réels élevés empêchent pour l’instant un rebond franc. À 4 200 dollars l’once, le métal jaune ne manque pas d’arguments. Il manque surtout de conviction.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

Prix de l’Or aide tous ceux et celles qui s’intéressent à l’économie et à la préservation de leur capital à décrypter l’actualité mondiale et son impact sur la valeur de l’or grâce à une analyse factuelle et pédagogique. Prix de l’or – Une information en Or

INFORMER VOUS

Exit mobile version