4.197 dollars l’once : le cours de l’or a progressé de 0,96 % le 22 juin 2026, alors même que les négociations entre Washington et Téhéran réduisent la tension sur le pétrole. Ce mouvement peut sembler paradoxal. En théorie, un recul du risque géopolitique pèse sur l’or, valeur refuge par excellence. Mais cette fois, la baisse du pétrole et l’apaisement des rendements américains soutiennent le métal jaune.

L’or rebondit malgré une détente diplomatique

Le 22 juin, l’or évoluait autour de 4.197 dollars l’once. L’once, dans le marché des métaux précieux, désigne l’once troy, soit 31,103 grammes. C’est l’unité internationale utilisée pour coter l’or, l’argent, le platine ou le palladium.

La hausse intervient après une première session de pourparlers directs entre les États-Unis et l’Iran à Genève, en Suisse. Des médiateurs pakistanais et qataris ont participé au processus. Les délégations ont défini une feuille de route vers un accord définitif sous 60 jours.

Le dossier est central pour les marchés mondiaux. Il touche à la fois au nucléaire iranien, à l’équilibre régional au Liban et au transit maritime dans le détroit d’Hormuz, l’un des passages stratégiques du commerce pétrolier.

Le pétrole baisse avec la prime de risque

La détente diplomatique a d’abord eu un effet direct sur le pétrole. Le 15 juin, le Brent a reculé de près de 4,5 % après l’annonce d’un accord verbal entre Washington et Téhéran visant à rouvrir le détroit d’Hormuz et à déminer la zone.

Le Brent est un pétrole brut de référence, extrait en mer du Nord, utilisé pour fixer les prix d’une grande partie du pétrole échangé dans le monde. Quand le Brent baisse, les marchés anticipent généralement une énergie moins chère pour les entreprises et les consommateurs.

La notion clé ici est la prime de risque énergétique. Elle désigne la part du prix du pétrole liée à la crainte d’une rupture d’approvisionnement. Si les investisseurs redoutent un blocage du détroit d’Hormuz, ils acceptent de payer plus cher le baril. Si le risque diminue, cette prime se réduit.

Une ligne de communication spécifique a été mise en place pour sécuriser le transit maritime. Des opérations de déminage sont en cours, avec une estimation de 30 jours à partir du 18 juin.

Pourquoi l’or monte quand le pétrole recule

Le mouvement du jour ne s’explique donc pas seulement par la géopolitique. Il passe aussi par les taux d’intérêt.

Quand le pétrole baisse, les marchés peuvent anticiper moins de pression inflationniste. L’inflation désigne la hausse générale des prix. Si l’énergie coûte moins cher, les banques centrales peuvent avoir moins de raisons de maintenir des taux très élevés. Cette anticipation peut faire reculer les rendements obligataires américains.

Un rendement obligataire correspond au revenu attendu par un investisseur qui achète une obligation, c’est-à-dire une dette émise par un État ou une entreprise. Les rendements des obligations américaines servent de référence mondiale.

L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. Son attractivité dépend donc en partie du coût d’opportunité : plus les obligations rapportent, plus il devient coûteux de détenir un actif sans rendement comme l’or. À l’inverse, quand les rendements baissent, ce coût diminue. Cela peut favoriser les achats d’or.

La détente sur le pétrole retire une partie du risque géopolitique, mais elle soutient l’or via la baisse des rendements et la stabilisation des marchés.

Les marchés actions respirent aussi

La réaction ne se limite pas aux métaux précieux. À New York, Wall Street a ouvert en hausse modérée le 22 juin. Les investisseurs ont salué la reprise du dialogue entre les États-Unis et l’Iran, tout en gardant une certaine prudence.

Trois points de friction restent identifiés : le nucléaire iranien, la situation au Liban et les modalités de frais de transit après une période d’ouverture gratuite du détroit. Ces sujets peuvent encore modifier l’équilibre du marché de l’énergie, donc influencer indirectement l’or.

Pour un investisseur belge ou européen, un autre facteur doit aussi être surveillé : le taux de change euro-dollar. L’or étant coté mondialement en dollars, une variation de l’euro face au billet vert peut amplifier ou réduire la performance réelle en euros.

Un signal à lire avec prudence

La séance du 22 juin montre que l’or ne réagit pas uniquement aux guerres, aux crises ou aux tensions diplomatiques. Il dépend aussi des taux, du pétrole, du dollar et des anticipations économiques.

La progression à 4.197 dollars l’once illustre une mécanique classique mais souvent contre-intuitive : une baisse du risque pétrolier peut soutenir l’or si elle entraîne un recul des rendements obligataires. Pour les épargnants, le message est clair : suivre l’or impose de regarder au-delà du métal lui-même, vers l’énergie, les banques centrales et la diplomatie.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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