4 050 dollars l’once. Le cours de l’or tente, ce 21 juillet 2026, de prolonger son rebond au-dessus de ce niveau très surveillé par les marchés. L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence internationale pour l’or, soit environ 31,1 grammes.

Le mouvement reste toutefois fragile. Le métal jaune bénéficie d’une demande hésitante pour le dollar durant les échanges asiatiques. Quand le dollar baisse ou manque de soutien, l’or devient mécaniquement moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises. Cela peut stimuler la demande.

Mais deux freins dominent déjà le marché : la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, la Fed, et l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran. L’or remonte, mais sans signal clair de détente durable.

Le seuil des 4 000 dollars reste très sensible

Le cours évolue autour d’un niveau psychologique majeur : 4 000 dollars l’once. Un seuil psychologique est un prix rond, facilement mémorisable, autour duquel les investisseurs placent souvent leurs ordres d’achat ou de vente.

Au-dessus de 4 050 dollars, le rebond traduit un regain d’intérêt pour les actifs défensifs. L’or est souvent qualifié d’actif refuge : cela signifie qu’il est recherché lorsque les investisseurs craignent une crise financière, géopolitique ou monétaire.

Cette fonction de refuge joue actuellement à plein. Le conflit Iran–États-Unis augmente l’incertitude dans le Golfe persique, une région clé pour l’approvisionnement mondial en énergie. Les marchés surveillent notamment le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le transport maritime du pétrole.

Le conflit Iran–États-Unis soutient l’or, mais complique la lecture

Les tensions militaires se sont intensifiées ces derniers jours. Les États-Unis ont mené, entre le 17 et le 18 juillet, une nouvelle nuit de frappes contre des cibles militaires iraniennes, dont une tour de contrôle à Chabahar. Ces opérations ont entraîné des morts et des blessés. L’Iran a, de son côté, revendiqué ou annoncé des attaques visant plusieurs pays de la région, dont le Qatar, le Koweït, la Syrie, Oman et la Jordanie.

Cette escalade intervient malgré une feuille de route conclue fin juin entre Washington et Téhéran pour parvenir à un accord définitif dans les 60 jours. Ce cadre prévoit notamment le retour des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’AIEA. Mais les frappes et ripostes se poursuivent, y compris contre des infrastructures iraniennes et des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Pour l’or, cette situation crée un soutien immédiat. Les investisseurs cherchent une protection contre le risque géopolitique. Mais elle nourrit aussi une autre menace : l’inflation par le pétrole.

Le pétrole élevé ravive le risque de taux américains plus hauts

Les perturbations dans le détroit d’Ormuz, les attaques visant des navires commerciaux et la menace de blocus maritime maintiennent les prix du pétrole à un niveau élevé. Le Brent évolue autour de 88 dollars le baril, tandis que le WTI américain se situe près de 82,50 dollars.

Le Brent est la référence du pétrole de la mer du Nord, très suivie en Europe. Le WTI, ou West Texas Intermediate, sert de référence au marché américain. Quand ces prix montent, les coûts de transport, d’énergie et de production peuvent augmenter. Cela peut relancer l’inflation, c’est-à-dire la hausse générale des prix.

C’est ici que la Fed devient déterminante. Si l’inflation américaine repart, la banque centrale des États-Unis peut maintenir ses taux directeurs à un niveau élevé, voire les relever. Les taux directeurs sont les taux auxquels une banque centrale influence le coût du crédit dans l’économie.

Or, des taux élevés pénalisent souvent l’or. Le métal jaune ne verse ni intérêt ni dividende. Il est donc qualifié d’actif non rémunérateur. Lorsque les obligations américaines offrent des rendements attractifs, une partie des investisseurs préfère ces placements à l’or.

Pour les épargnants belges, le dollar reste un facteur clé

L’or est coté internationalement en dollars. Pour un acheteur belge ou européen, le prix final dépend donc aussi du taux de change entre l’euro et le dollar. Un dollar plus faible peut atténuer le coût d’achat en euros. À l’inverse, un dollar plus fort peut renchérir l’or pour un investisseur européen, même si le cours en dollars varie peu.

Il faut aussi distinguer le cours international de l’or du prix réellement payé pour une pièce ou un lingot. Le prix physique inclut généralement une prime. Cette prime correspond à l’écart entre la valeur du métal contenu dans le produit et son prix de marché, en raison des coûts de fabrication, de distribution et de la demande.

Dans le contexte actuel, la volatilité reste élevée. La volatilité désigne l’ampleur des variations de prix sur une période donnée. Autour de 4 000 dollars, les mouvements peuvent être brusques, car beaucoup d’investisseurs surveillent ce niveau.

Un rebond réel, mais encore vulnérable

Le cours de l’or reste soutenu par la guerre régionale, les craintes sur l’énergie et la faiblesse ponctuelle du dollar. Mais la même crise qui pousse certains investisseurs vers l’or peut aussi provoquer une inflation plus persistante, puis une Fed plus restrictive.

Le paradoxe du moment est clair : le conflit soutient l’or comme valeur refuge, mais il renforce aussi le risque de taux élevés, qui freine sa hausse.

La suite dépendra donc de deux signaux : l’évolution militaire au Moyen-Orient et le ton de la Réserve fédérale. Tant que ces deux facteurs resteront contradictoires, le seuil des 4 050 dollars pourrait rester une zone de combat entre acheteurs prudents et vendeurs attentifs aux taux.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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