1,51 million de dollars canadiens : Krait Critical Minerals Corp. a annoncé le 4 octobre avoir finalisé une deuxième tranche de placement privé. Ces fonds doivent notamment soutenir l’avancement du projet Bales, un ancien site d’antimoine situé dans l’État de Washington, aux États-Unis.

La société, cotée à la Bourse des valeurs canadiennes (CSE) sous le symbole KRIT et à Francfort sous le symbole U0S, cherche désormais à combiner deux thèmes : l’exploration aurifère en Ontario et l’antimoine, un métal critique utilisé notamment dans les retardateurs de flamme, certaines batteries et des applications militaires.

Une campagne de terrain prévue dans l’État de Washington

Krait a mandaté Rangefront Mining Services pour réaliser un programme de terrain proposé sur sept jours au projet Bales. Le travail comprendrait de la cartographie géologique, des prélèvements d’échantillons et l’identification de cibles d’exploration. La campagne viserait environ 100 analyses.

L’antimoine est désigné par le symbole chimique Sb. Il ne s’agit pas d’un métal précieux comme l’or, mais d’un métal industriel dont l’approvisionnement est devenu un enjeu stratégique.

Selon les informations historiques citées par la société, Bales aurait produit environ 100 tonnes d’antimoine entre 1951 et 1952. Des teneurs atteignant 14,4 % d’antimoine auraient également été rapportées. Ces données historiques devront toutefois être confirmées par les travaux actuels : elles ne garantissent ni la continuité de la minéralisation ni l’existence d’une ressource économiquement exploitable.

Le contexte de marché pourrait renforcer l’intérêt pour ce type d’actif. Les États-Unis importeraient plus de 85 % de leur approvisionnement en antimoine. La Chine aurait interdit les exportations d’antimoine vers les États-Unis en décembre 2024, dans un contexte de restrictions commerciales. Les prix de l’antimoine auraient environ doublé, selon les éléments présentés dans l’analyse à l’origine de ces informations.

Sept cibles géophysiques pour l’or en Ontario

En parallèle, Krait conserve son projet Goldbar Spider Lake, en Ontario. Une étude géophysique aéroportée VTEM Plus réalisée en 2026 y aurait identifié sept zones conductrices distinctes, nommées de A à G.

Une anomalie conductrice est une zone qui laisse davantage passer un courant électrique que les roches environnantes. Elle peut être liée à des sulfures, à du graphite ou à d’autres caractéristiques géologiques. Elle n’est pas, à elle seule, la preuve de la présence d’or. Les forages au diamant restent nécessaires pour prélever la roche en profondeur et vérifier la nature, la teneur et l’étendue de la minéralisation.

La société indique qu’un rapport technique conforme à la norme canadienne NI 43-101 tracerait une voie financée vers les premiers forages. Cette norme encadre la publication d’informations minières par les sociétés cotées canadiennes et impose notamment l’intervention de personnes qualifiées.

Le secteur se situe dans la même ceinture géologique que la mine Hemlo, laquelle a produit environ 21 millions d’onces d’or. Des échantillons historiques de surface auraient atteint jusqu’à 189 grammes d’or par tonne dans la zone. Là encore, ces résultats ponctuels ne permettent pas de déduire une ressource ou une future production.

Une cotation à Francfort pour élargir l’accès aux investisseurs

Krait affirme avoir évolué, en moins de deux mois de cotation publique, d’un explorateur aurifère mono-actif vers une plateforme à deux actifs consacrée aux matières premières critiques. La cotation à Francfort doit théoriquement rendre le titre plus accessible aux investisseurs européens. Un teneur de marché est également en place sur la CSE afin de faciliter les échanges.

Pour les investisseurs belges et francophones, cette double exposition exige de distinguer le potentiel géologique du risque boursier. Un placement privé finance les travaux, mais il peut aussi accroître le nombre d’actions en circulation et diluer la participation des actionnaires existants. De même, la liquidité — c’est-à-dire la capacité d’acheter ou de vendre facilement un titre — peut rester limitée pour une petite société d’exploration.

Les prochaines données de terrain à Bales et les premiers forages envisagés en Ontario constitueront donc les étapes déterminantes. Elles devront confirmer si les cibles géophysiques et les résultats historiques peuvent se transformer en découvertes minérales vérifiables.

Journaliste économique, Émilien s’intéresse aux usages industriels des métaux précieux et aux innovations technologiques qui façonnent leur avenir.

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