3,4 % sur un an, 0,4 % sur un mois : l’inflation américaine d’août remet les taux d’intérêt au centre des marchés ce vendredi 11 septembre. Les investisseurs ont revu à la hausse leurs anticipations de resserrement monétaire de la Réserve fédérale (Fed), tandis que l’or recule à 3 722,70 euros l’once et que l’argent subit une baisse plus marquée.

Le Bureau of Labor Statistics a publié un indice des prix à la consommation américain (CPI) encore élevé. Le CPI mesure l’évolution moyenne des prix payés par les ménages pour un panier de biens et de services. Hors alimentation et énergie, l’inflation dite sous-jacente aurait progressé de 0,3 % sur le mois. Cet indicateur est particulièrement surveillé par la Fed, car il permet de mieux apprécier la persistance des tensions sur les prix.

La Fed face à une inflation qui résiste

Ces chiffres confortent le scénario d’une politique monétaire plus stricte lors de la prochaine réunion de la Fed, prévue les 15 et 16 septembre. Une hausse des taux directeurs rend le crédit plus coûteux afin de freiner la demande et, en théorie, l’inflation.

Après la publication, une source indique que la probabilité implicite d’un resserrement dépasserait 85 %, contre environ 70 % la veille. Ces estimations de marché restent toutefois évolutives : elles reflètent les prix des contrats financiers et non une décision de la banque centrale.

Pour les marchés, l’enjeu est double. Des taux plus élevés peuvent peser sur la valorisation des actions et des obligations déjà émises. Ils tendent aussi à soutenir le dollar, lorsque les rendements américains deviennent relativement plus attractifs que ceux d’autres zones monétaires.

Le marché des changes illustre ce mouvement : l’euro s’échangeait à 1,1608 dollar, en repli de 0,27 % sur 24 heures, tandis que le Dollar Index gagnait 0,26 %, à 99,1 points. Le Dollar Index mesure la valeur du billet vert face à un panier de grandes devises.

L’or et l’argent reculent malgré l’incertitude

L’or s’affichait à 3 722,70 euros l’once, soit une baisse de 1,28 % sur 24 heures. Une once troy, l’unité employée sur le marché des métaux précieux, représente environ 31,1 grammes. L’argent reculait davantage, de 3,60 %, à 54,42 euros l’once.

Ce repli rappelle qu’un métal précieux ne progresse pas mécaniquement à chaque épisode de nervosité. L’or ne verse ni coupon ni dividende : lorsque les rendements obligataires et les taux anticipés montent, son coût d’opportunité augmente. Autrement dit, détenir de l’or peut paraître moins compétitif face à des placements rémunérés.

La vigueur du dollar peut également peser sur le cours international de l’or, généralement coté en dollars. Pour un épargnant belge, le prix en euros dépend donc à la fois de l’évolution du métal et de la parité euro-dollar. Une hausse du dollar peut amortir, ou au contraire amplifier, les variations observées en devise européenne selon le mouvement du cours de l’or.

Un choc énergétique pourrait néanmoins entretenir le risque inflationniste. Le pétrole WTI aurait bondi de plus de 10 %, sur fond de tensions autour du détroit d’Ormuz et de craintes sur l’offre. Le WTI est la référence du pétrole américain. Cette information demeure à considérer avec prudence, mais une hausse durable de l’énergie renchérirait les coûts de transport et de production, compliquant encore la tâche de la Fed.

Dividendes et résultats animent aussi les places boursières

La séance est également marquée par plusieurs échéances d’entreprises. À Paris, Actia Group détache son dividende, tandis que Roche Bobois organise une réunion d’analystes semestrielle. Vetoquinol publie ses résultats semestriels et rencontre également les analystes.

Le détachement du dividende correspond au jour où l’action se négocie sans le droit de percevoir la distribution annoncée. Son cours baisse en principe d’un montant voisin du dividende, toutes choses égales par ailleurs. À Wall Street, Amgen, Automatic Data Processing et Sherwin-Williams versent un acompte sur dividende, c’est-à-dire une fraction du dividende annuel distribuée avant son solde éventuel.

Au Royaume-Uni, l’Office for National Statistics publie à 08h00 le PIB, la production industrielle et la balance commerciale de juillet. Ces données permettront de préciser l’état de l’économie britannique dans un environnement mondial dominé par l’inflation et les taux.

Le sentiment préliminaire des consommateurs américains pour septembre, publié par l’Université du Michigan, se rapprocherait par ailleurs d’un plus bas historique. Sans chiffre détaillé disponible, ce signal doit être interprété avec prudence. Il soulignerait néanmoins la pression persistante exercée par la hausse du coût de la vie sur les ménages.

Pour les détenteurs d’or, la séquence immédiate dépendra surtout du message de la Fed. Des taux durablement plus élevés peuvent prolonger la pression à court terme ; une inflation qui résiste et une incertitude géopolitique élevée continuent toutefois de préserver le rôle de diversification des métaux précieux dans un patrimoine.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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