Une chute historique à contre-courant. Alors que l’offensive militaire au Moyen-Orient fait rage depuis un mois, l’once d’or a paradoxalement perdu un quart de sa valeur. Ce décrochage s’explique par une soif urgente de liquidités sur les marchés mondiaux et l’envolée spectaculaire des taux d’intérêt obligataires.

5 600 dollars. C’était le prix de l’once d’or fin janvier 2026, un sommet historique absolu atteint lors d’une vague de constitution de réserves par les pays du Moyen-Orient. Pourtant, un mois après le début du conflit ouvert entre les États-Unis, Israël et l’Iran le 28 février, le métal jaune a brutalement effacé 25 % de sa valeur, tombant autour des 4 400 dollars fin mars. L’argent métal subit une correction encore plus violente, dégringolant de 120 dollars à environ 73 dollars l’once.

Historiquement, l’or agit comme l’ultime rempart en temps de guerre. Comment expliquer qu’il soit massivement bradé aujourd’hui ?

La quête désespérée de liquidités ou l’effet « Cash Dash »

Contre toute attente, les investisseurs institutionnels ne se réfugient pas dans les métaux précieux, ils les liquident. Ce phénomène, connu sur les places boursières sous le nom de cash dash (la ruée vers l’argent liquide), s’est déclenché pour compenser les lourdes pertes subies sur d’autres marchés.

Les opérateurs financiers ont un besoin urgent de dollars pour payer une énergie toujours plus chère et répondre aux appels de marge de leurs courtiers.

L’appel de marge expliqué : Lorsqu’un investisseur achète des actions à crédit et que les marchés s’effondrent, le courtier exige qu’il dépose immédiatement des liquidités supplémentaires (le « cash ») pour couvrir ses pertes potentielles. Pour trouver cet argent en urgence, l’investisseur est forcé de vendre ses actifs les plus rentables ou les plus liquides. C’est exactement ce qui arrive à l’or aujourd’hui.

Selon plusieurs analystes financiers, dont ceux de Scope Markets ou de Saxo Bank, le marché de l’or était en situation de surachat extrême début 2026. Cette vulnérabilité technique, combinée à la panique générale, a précipité sa chute sous d’importants seuils critiques, notamment la moyenne mobile des 100 jours.

L’explosion des taux obligataires pénalise les métaux précieux

La déroute de l’or s’explique également par un bouleversement macroéconomique majeur : le retour brutal de l’inflation liée à la guerre. Les investisseurs craignent que le conflit, qui menace le détroit d’Ormuz, n’ancre une hausse durable des prix de l’énergie en Europe et aux États-Unis.

En conséquence, les rendements des obligations d’État explosent. Fin mars, les titres de dette publique britannique à 10 ans (les Gilts) ont franchi la barre des 5 %, un record inédit depuis la crise financière de 2008, selon les informations rapportées par l’éditorialiste François Vidal dans Les Echos. Du côté de Washington, les marchés anticipent désormais que la Réserve Fédérale américaine (Fed) augmente ses taux d’intérêt au lieu de les baisser.

Pourquoi les taux d’intérêt font-ils baisser l’or ? L’or physique ne génère aucun rendement (il ne verse ni dividende, ni intérêt). Lorsque les obligations d’État, considérées comme très sûres, se mettent à rapporter plus de 5 % par an, les grands investisseurs délaissent l’or pour placer leur argent sur la dette d’État, jugée soudainement plus attractive.

Les banques centrales contraintes de liquider leurs réserves

Ce besoin criant de liquidités ne touche pas que les acteurs privés. Les États, particulièrement les économies émergentes, sont contraints de puiser dans leur bas de laine pour survivre aux turbulences géopolitiques.

La Turquie en est l’illustration la plus frappante. La banque centrale turque a liquidé environ 60 tonnes d’or en deux semaines, soit l’équivalent de plus de 8 milliards de dollars, selon les données relayées par l’agence BDOR à partir de Bloomberg et Reuters. Ankara mène une course contre la montre pour obtenir des devises étrangères et défendre la livre turque, lourdement attaquée depuis le 28 février. Ces ventes se sont faites de manière directe sur les marchés boursiers, mais aussi par le biais de swaps adossés à l’or (des échanges temporaires permettant d’obtenir des devises sans céder définitivement le métal). Ces cessions étatiques massives accentuent mécaniquement la pression à la baisse sur le cours mondial de l’once.

Pétrole en surchauffe et paralysie logistique

Si la finance dicte les cours mondiaux, la logistique physique de l’or est également à l’arrêt. Les vols commerciaux vers et depuis Dubaï, plaque tournante mondiale du négoce de métaux précieux, sont actuellement bloqués en raison du conflit. Selon des informations relayées par TF1 Info, cette paralysie empêche la livraison d’or physique vers l’Inde et l’Asie, réduisant à néant la demande industrielle et joaillière qui aurait pu soutenir les prix.

Toutefois, une légère accalmie a été observée ces derniers jours. Fin mars, le président américain Donald Trump a décidé de repousser de cinq jours les frappes ciblant les infrastructures énergétiques iraniennes. Une décision purement politique motivée par la flambée des prix à la pompe aux États-Unis, où le gallon d’essence a franchi la barre symbolique des 4 dollars. L’administration américaine craint que cette hausse n’annule les bénéfices du remboursement d’impôt prévu pour les ménages américains.

Ce report inattendu a fait chuter instantanément les cours du baril de pétrole de 10 %, relâchant légèrement la pression sur les marchés et permettant à l’or de tenter un rebond technique fragile vers 4 400 dollars l’once. Reste à savoir si cette désescalade temporaire suffira à inverser la tendance, ou si les investisseurs continueront de sacrifier l’or sur l’autel de la liquidité à tout prix. Pour les épargnants, cette correction historique rappelle que même la valeur refuge par excellence reste soumise aux impitoyables lois de la macroéconomie en temps de guerre.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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