244 tonnes. C’est le volume d’or acheté par les banques centrales émergentes au premier trimestre 2026, selon les données de marché disponibles. Ce chiffre résume l’idée défendue par Goldman Sachs : les achats officiels devraient rester un pilier de soutien pour le cours de l’or, même après une forte correction.

La banque d’investissement américaine maintient son objectif de 4 900 dollars l’once d’ici fin 2026. Une once troy, l’unité de référence internationale pour l’or, correspond à environ 31,1 grammes. Pour Goldman Sachs, la demande des banques centrales, surtout dans les pays émergents, compense les ventes d’investisseurs privés et les pressions liées aux taux d’intérêt.

Les banques centrales restent acheteuses

Goldman Sachs met en avant une demande dite structurelle. Ce terme signifie qu’elle ne dépend pas seulement du prix du jour, mais d’une tendance de fond. Les banques centrales achètent de l’or pour diversifier leurs réserves de change, c’est-à-dire les actifs qu’elles détiennent en devises étrangères, comme le dollar, l’euro ou le yuan.

L’or joue ici un rôle particulier. Il ne dépend d’aucun État émetteur et n’est pas la dette d’un autre acteur. Cette caractéristique attire les pays qui veulent réduire leur dépendance au dollar. Ce mouvement est souvent appelé dédollarisation : il consiste à limiter le poids du billet vert dans les réserves nationales et les échanges internationaux.

Au premier trimestre 2026, les banques centrales émergentes ont acheté 244 tonnes d’or, soit une hausse de 3 % sur un an. Ces achats réguliers soutiennent le marché à moyen et long terme.

Une correction forte depuis le pic de janvier

Le message de Goldman Sachs intervient dans un marché plus nerveux. Après un sommet historique début 2026, autour de 4 597 euros l’once fin janvier, l’or a reculé d’environ 25 % à 30 %.

Cette baisse s’explique notamment par la politique monétaire restrictive de la Réserve fédérale américaine, la Fed. Quand les taux montent, les obligations deviennent plus attractives, car elles versent un intérêt. L’or, lui, est un actif sans rendement : il ne verse ni coupon ni dividende. Il attire surtout pour sa fonction de réserve de valeur.

La hausse des rendements obligataires, c’est-à-dire des intérêts offerts par les obligations, a donc pesé sur le métal jaune. Des sorties de capitaux ont aussi touché les ETF aurifères, des fonds cotés en Bourse qui répliquent le prix de l’or et permettent d’y investir sans détenir physiquement des lingots ou des pièces.

Le dollar et le pétrole ont aussi pesé

Début 2026, le conflit entre les États-Unis et l’Iran autour du détroit d’Ormuz a renforcé les tensions sur les marchés. Le pétrole a grimpé vers 120 dollars le baril et le dollar américain s’est raffermi.

Ce contexte a eu un effet paradoxal sur l’or. Les tensions géopolitiques soutiennent habituellement le métal précieux. Mais cette fois, une partie des capitaux s’est dirigée vers le pétrole et le dollar. La crainte d’une inflation plus élevée, puis de taux plus hauts, a prolongé la pression baissière sur l’or.

Un soutien de fond pour les investisseurs européens

Pour un investisseur belge ou européen, l’analyse de Goldman Sachs rappelle un point essentiel : le prix de l’or ne dépend pas seulement des achats des particuliers. Les banques centrales, par leurs volumes, peuvent influencer durablement l’équilibre du marché.

Le World Gold Council, organisation professionnelle du secteur aurifère, indiquerait par ailleurs qu’une proportion record de 45 % des banques centrales envisagerait d’augmenter ses réserves d’or dans les 12 prochains mois. Ce point reste à manier au conditionnel, mais il irait dans le sens d’une demande institutionnelle toujours élevée.

L’enjeu pour 2026 sera donc clair : savoir si les achats des banques centrales suffiront à absorber la pression des taux, du dollar et des ventes d’investisseurs privés. Pour Goldman Sachs, la réponse reste positive, avec un objectif maintenu à 4 900 dollars l’once fin 2026.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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