500 dollars l’once en moins. Goldman Sachs a abaissé son objectif de cours de fin d’année pour l’or, sous l’effet d’une Réserve fédérale américaine plus ferme que prévu. Le métal jaune reste pénalisé par la perspective de taux d’intérêt plus élevés et par un dollar fort.

Goldman Sachs revoit sa cible à la baisse

Goldman Sachs a réduit de 500 dollars l’once son objectif de cours de fin d’année pour l’or. Un objectif de cours est une estimation du prix futur d’un actif financier, ici l’or, à un horizon donné.

L’once utilisée sur les marchés de l’or est l’once troy, soit environ 31,1 grammes. Le prix international de l’or est généralement coté en dollars par once.

Cette révision intervient aux États-Unis, dans un contexte de durcissement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, la Fed. La Fed est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe notamment les taux directeurs, c’est-à-dire les taux qui influencent le coût du crédit dans l’économie.

Pour Goldman Sachs, la ligne plus agressive de la Fed exerce une pression baissière sur le cours de l’or. La raison est simple : lorsque les taux montent, les placements qui rapportent des intérêts, comme les obligations ou certains dépôts, deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni coupon ni dividende. Il est donc qualifié d’« actif sans rendement ».

La Fed maintient la pression contre l’inflation

Le marché a été secoué par des signaux jugés plus fermes de la banque centrale américaine. Le prix de l’or est resté sous 4 300 dollars l’once après une baisse de près de 2 %, avant de rebondir brièvement.

Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, a refusé de s’engager sur les prochaines décisions de taux. Il a toutefois confirmé la volonté de l’institution de lutter contre une inflation encore supérieure à l’objectif de 2 %.

Le FOMC, le comité de politique monétaire de la Fed, réunit les responsables qui décident de l’orientation des taux aux États-Unis. Lorsque ce comité laisse entendre que les taux peuvent rester élevés ou monter encore, les investisseurs réévaluent rapidement leurs positions sur l’or.

Pour l’or, le risque principal vient donc du coût d’opportunité : conserver du métal devient moins séduisant lorsque des placements en dollars offrent un rendement plus élevé.

Le dollar renforce l’effet négatif

La hausse du dollar américain accentue aussi la pression. Comme l’or est coté en dollars, un billet vert plus fort renchérit mécaniquement l’achat d’or pour les investisseurs utilisant d’autres devises, notamment l’euro.

Pour un épargnant belge ou européen, deux éléments comptent donc en même temps : le prix de l’or en dollars et le taux de change euro-dollar. Une baisse de l’or en dollars peut être partiellement compensée, ou au contraire amplifiée, par les variations de change.

Cette combinaison explique pourquoi les marchés mondiaux anticipent une troisième semaine consécutive de baisse. Les attentes de nouvelles hausses de taux et le renforcement du dollar éclipsent, pour l’instant, d’autres facteurs de soutien.

Les achats physiques en Asie limitent la baisse

La correction n’a toutefois pas été linéaire. Après la baisse provoquée par la fermeté de la Fed, l’or a rebondi à 4 321,60 dollars l’once. Ce mouvement a été soutenu par des achats physiques en Asie, en particulier en Chine.

L’or physique désigne le métal détenu sous forme de lingots, lingotins ou pièces, par opposition aux produits financiers adossés à l’or. Sur le marché de Shanghai, une demande soutenue aurait contribué à bloquer la baisse et à provoquer un rebond technique.

Un rebond technique est une remontée de court terme après une baisse rapide. Il ne signifie pas nécessairement que la tendance de fond a changé. Dans le cas présent, la pression exercée par les taux américains reste le facteur dominant.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

À court terme, l’or dépendra surtout de trois indicateurs : les prochaines déclarations de la Fed, les chiffres d’inflation américains et l’évolution du dollar.

Si l’inflation reste élevée, la Fed pourrait conserver une politique monétaire ferme. Cela maintiendrait une pression sur l’or. À l’inverse, des signes de ralentissement de l’inflation pourraient réduire les anticipations de hausses de taux et soutenir le métal jaune.

Pour les particuliers, cette séquence rappelle un point essentiel : l’or ne réagit pas seulement aux crises géopolitiques ou à la demande physique. Il dépend aussi fortement des taux réels, c’est-à-dire des taux d’intérêt corrigés de l’inflation. Plus ces taux réels augmentent, plus l’or tend à souffrir.

La décision de Goldman Sachs ne change donc pas à elle seule le marché. Elle confirme surtout que la Fed reste, aujourd’hui, le principal arbitre de la tendance de l’or.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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