La Réserve fédérale américaine (Fed) aurait laissé ses taux directeurs inchangés le 28 octobre à Washington. Cette décision, largement anticipée par les marchés, pourrait soutenir l’or à court terme si les investisseurs y voient le début d’une pause monétaire durable. Le principal risque pour le métal jaune demeure toutefois la trajectoire des taux en décembre.

La Fed fixe les taux directeurs, c’est-à-dire le coût de l’argent à très court terme aux États-Unis. Ses décisions influencent les rendements obligataires, le dollar et, par conséquent, le cours de l’or exprimé en dollars.

Un statu quo déjà largement anticipé

Avant la réunion, les marchés attribuaient environ 83 % de probabilité à un maintien des taux en octobre, d’après les estimations alors relayées à partir de l’outil CME FedWatch. Le statu quo ne constitue donc pas, à lui seul, une surprise majeure.

L’attention se porterait surtout sur le message de la Fed : ses dirigeants laisseraient-ils entendre que les taux ont atteint un niveau suffisant, ou prépareraient-ils au contraire le marché à un nouveau resserrement en décembre ? Une partie des opérateurs continuait récemment d’anticiper une hausse en fin d’année.

Cette distinction est centrale pour l’or. Le métal précieux ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les obligations américaines offrent des rendements plus élevés, détenir de l’or a un coût d’opportunité : l’investisseur renonce aux revenus qu’aurait procurés un actif rémunérateur.

Les rendements réels, le véritable indicateur à suivre

L’analyse publiée par Blanchard Gold estime que le maintien des taux renforcerait l’argument en faveur de l’or, notamment si les rendements réels reculent. Le rendement réel correspond, de façon simplifiée, au rendement d’une obligation après prise en compte de l’inflation anticipée.

Des rendements réels plus faibles peuvent rendre l’or relativement plus attractif. À l’inverse, des taux élevés combinés à une inflation contenue tendent à soutenir les placements obligataires et à peser sur le métal.

Le dollar joue également un rôle. Un billet vert plus ferme rend généralement l’or plus coûteux pour les acheteurs utilisant d’autres devises, notamment en euros. Pour un épargnant belge, le prix à surveiller reste donc le cours de l’or en euros, et non le seul prix en dollars par once.

L’inflation pourrait encore compliquer le scénario

Avant la décision, le marché de l’or avait déjà marqué le pas. Le 20 octobre, l’or au comptant évoluait autour de 4 126,84 dollars l’once. Les investisseurs restaient prudents face aux signaux inflationnistes, notamment la hausse des prix à l’importation américains alimentée par l’énergie et d’autres biens.

Une inflation plus persistante pourrait inciter la Fed à conserver un ton ferme. Dans ce scénario, les rendements obligataires et le dollar pourraient repartir à la hausse, limitant le potentiel de progression de l’or malgré le statu quo d’octobre.

Le maintien des taux enlèverait donc un obstacle immédiat à l’or, mais ne suffirait pas à valider une hausse durable. Les prochaines données d’inflation, dont l’indicateur PCE suivi par la Fed, ainsi que les signaux sur décembre, devraient déterminer la suite du mouvement. Pour les acheteurs, cette séquence rappelle l’intérêt d’un achat progressif plutôt que d’une décision fondée sur une seule annonce monétaire.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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