Près de 5 tonnes d’or auraient quitté les réserves de l’Équateur au premier semestre 2026. Le mouvement représenterait plusieurs centaines de millions de dollars aux cours observés sur la période. Il intervient dans un contexte monétaire très particulier : l’Équateur utilise le dollar américain et sa Banque centrale ne peut pas créer sa propre monnaie.
L’Équateur aurait transformé son or en dollars
La Banque centrale de l’Équateur aurait vendu environ 5 tonnes d’or entre janvier et juin 2026. La cession n’aurait pas été annoncée publiquement, mais la baisse des avoirs en or suggérerait une opération de conversion en liquidités.
Une liquidité désigne un actif immédiatement utilisable pour payer une dette, financer une importation ou soutenir le système financier. L’or, même très recherché, reste moins liquide que le dollar : il doit être vendu, transféré ou mobilisé avant de pouvoir servir aux paiements courants.
Cette opération aurait donc eu un objectif simple : obtenir des dollars rapidement. En contrepartie, l’Équateur réduirait une partie de ses réserves stratégiques, c’est-à-dire des actifs conservés pour faire face à un choc futur.
La dollarisation limite les marges de manœuvre
Depuis 2000, l’Équateur a abandonné sa monnaie nationale au profit du dollar américain. Ce système, appelé dollarisation, consiste à utiliser une devise étrangère comme monnaie officielle.
Il a permis de stabiliser l’économie après une grave crise monétaire. Mais il crée une contrainte forte : la Banque centrale ne peut pas émettre de dollars. Contrairement à la Banque centrale européenne avec l’euro, elle ne peut pas créer sa propre monnaie pour répondre à un manque de liquidités.
Le pays dépend donc des entrées extérieures de dollars : exportations, investissements, emprunts, transferts de fonds de la diaspora ou revenus financiers. Si ces flux ralentissent, les réserves deviennent essentielles.
L’or joue le rôle d’assurance monétaire
Pour une banque centrale, l’or est un actif de réserve. Cela signifie qu’il est conservé pour protéger la crédibilité financière du pays, diversifier les avoirs et fournir une ressource mobilisable en cas de tension.
Dans le cas équatorien, cette fonction est encore plus sensible. Le pays ne peut pas imprimer de dollars. L’or peut donc servir de coussin de sécurité, à condition d’être vendu ou utilisé comme garantie.
L’Équateur achète aussi de l’or produit localement. En 2024, la Banque centrale aurait acquis environ 0,53 tonne pour près de 40 millions de dollars. Ce programme vise à formaliser une partie de la filière minière et à renforcer les réserves. Mais ces achats resteraient très inférieurs à la baisse d’environ 5 tonnes observée au premier semestre 2026.
Le FMI estime les réserves encore solides
La vente présumée ne signifie pas nécessairement une crise monétaire généralisée. Dans une évaluation publiée en avril 2026, le Fonds monétaire international indique que les réserves internationales de l’Équateur restent élevées.
Le FMI met en avant deux soutiens : un excédent du compte courant et une croissance projetée d’environ 2,5 %. Le compte courant mesure les échanges d’un pays avec l’étranger, notamment les exportations, les importations et certains revenus financiers. Un excédent signifie que le pays reçoit davantage de devises qu’il n’en dépense sur ces flux.
Ces éléments limitent le risque immédiat. Mais la réduction de l’or disponible traduit une tension de gestion : l’Équateur aurait privilégié la capacité de paiement à court terme au détriment d’une réserve de long terme.
Un signal à surveiller pour les investisseurs en or
Pour les investisseurs européens et belges, cet épisode rappelle une fonction centrale de l’or : il reste une réserve de dernier recours pour les États lorsque la monnaie devient une contrainte.
L’or ne produit pas de revenu, mais il conserve une valeur de réserve reconnue internationalement. En période de stress monétaire, il peut être vendu pour obtenir des devises fortes. C’est aussi sa limite : une fois vendu, le stock stratégique diminue.
La vente présumée de 5 tonnes d’or par l’Équateur montre que le métal jaune reste un outil de souveraineté financière, même dans une économie qui ne dispose plus de sa propre monnaie.


