162 000 emplois créés en août aux États-Unis, contre 53 000 attendus : ce chiffre a suffi à remettre l’or sous pression sur les marchés internationaux. Le métal jaune évolue autour de 4 400 à 4 450 dollars l’once, freiné par la perspective d’une nouvelle hausse des taux d’intérêt américains.

L’emploi américain surprend les marchés

Le Bureau of Labor Statistics, l’agence statistique du travail aux États-Unis, a publié un rapport nettement meilleur qu’attendu pour août 2026. L’économie américaine a créé 162 000 emplois sur le mois, alors que les marchés tablaient sur environ 53 000 créations.

Le taux de chômage est resté stable à 4,1 %. Les créations d’emplois se concentrent dans l’enseignement privé, les services de santé, le secteur public, ainsi que les loisirs et l’hôtellerie-restauration.

Ces données répondent à une question centrale pour les investisseurs : l’économie américaine ralentit-elle assez pour justifier une pause de la Réserve fédérale américaine, la Fed ? Pour l’instant, le marché du travail montre encore une résistance notable.

Pourquoi un bon chiffre de l’emploi pèse sur l’or

Le lien peut sembler indirect. Pourtant, il est essentiel pour comprendre le mouvement du cours de l’or.

L’or ne verse pas d’intérêt. Contrairement à une obligation ou à un dépôt rémunéré, il ne procure pas de rendement régulier. Lorsque les taux d’intérêt montent, les placements rémunérés deviennent plus attractifs. Le coût d’opportunité de l’or augmente : ce terme désigne le rendement auquel un investisseur renonce en détenant un actif qui ne rapporte pas d’intérêt.

Un marché du travail solide renforce donc l’idée que la Fed pourrait maintenir une politique monétaire restrictive, voire relever encore ses taux. Les taux directeurs sont les taux fixés par une banque centrale pour orienter le coût du crédit dans l’économie. Plus ils sont élevés, plus le crédit devient cher, ce qui vise à ralentir l’inflation.

Cette perspective soutient généralement le dollar et pèse sur l’or, qui est coté en dollars sur les marchés internationaux. Pour un investisseur européen ou belge, un dollar plus fort peut toutefois amortir partiellement la baisse du métal lorsqu’il est converti en euros.

La Fed reste au centre du jeu

Les marchés intègrent désormais une probabilité d’environ 58 % d’une hausse des taux de 25 points de base lors de la réunion de septembre de la Fed. Un point de base correspond à 0,01 point de pourcentage. Une hausse de 25 points de base équivaut donc à une hausse de 0,25 point.

Christopher Waller, gouverneur de la Fed, a toutefois indiqué dans le cadre de déclarations publiques qu’un maintien des taux restait possible si les prochains chiffres confirmaient une inflation modérée.

Le prochain rendez-vous clé est attendu le 11 septembre avec la publication de l’IPC américain. L’IPC, ou indice des prix à la consommation, mesure l’évolution moyenne des prix payés par les ménages. C’est l’un des indicateurs les plus suivis pour évaluer l’inflation.

Si l’inflation ressort au-dessus des attentes, le scénario d’une nouvelle hausse des taux serait renforcé. Si elle ralentit, la Fed pourrait privilégier une pause.

Le pétrole ajoute une pression inflationniste

Un autre facteur complique l’analyse : le pétrole. Les tensions renouvelées entre les États-Unis et l’Iran ont porté le Brent vers 97 dollars le baril début septembre. Le Brent est une référence internationale du prix du pétrole brut, très suivie en Europe.

Une hausse du pétrole alimente l’inflation, car elle renchérit l’énergie, les transports et une partie des coûts de production. Pour les banques centrales, cette situation est délicate : relever les taux peut freiner la demande, mais ne résout pas directement une hausse des prix provoquée par l’énergie importée.

Pour l’or, l’effet est donc ambivalent. Les tensions géopolitiques peuvent soutenir la demande de valeur refuge. Mais si elles alimentent l’inflation et poussent la Fed à rester ferme, les taux élevés peuvent continuer à peser sur le métal jaune.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

À court terme, le cours de l’or dépendra surtout de deux éléments : l’inflation américaine du 11 septembre et le message de la Fed lors de sa prochaine décision monétaire.

Pour un épargnant francophone, l’enjeu n’est pas seulement le prix en dollars. Il faut aussi surveiller le taux de change euro-dollar, les frais d’achat et de revente, ainsi que la forme de détention choisie : pièces, lingots, or papier ou compte adossé à du métal.

L’once d’or, l’unité de référence sur les marchés, correspond à une once troy, soit environ 31,10 grammes. C’est ce prix qui sert de base aux cotations internationales.

La bonne santé de l’emploi américain ne remet pas en cause le rôle de l’or comme actif de préservation du capital. Elle rappelle surtout que son prix reste très sensible aux anticipations de taux. Le prochain chiffre d’inflation pourrait donc donner le ton de la fin septembre.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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