Alors que le blocage du détroit d’Ormuz paralyse les chaînes logistiques mondiales depuis plus de deux mois, le récent repli du cours de l’or interroge. Face au retour du risque inflationniste, ce creux technique pourrait bien représenter une opportunité d’investissement historique pour les épargnants souhaitant protéger leur capital.
Au mois de mars 2026, le prix du baril de Brent a bondi de 51 % pour atteindre 119,50 dollars. Ce choc d’offre fulgurant, lié à la fermeture de l’un des points de passage maritimes les plus critiques de la planète, a brutalement secoué l’ensemble des places boursières européennes et mondiales. Dix semaines plus tard, en cette fin de mois de mai 2026, la tension reste palpable sur les marchés. La question de la préservation du patrimoine se pose avec une acuité renouvelée pour les investisseurs francophones, tiraillés entre l’incertitude géopolitique et le spectre d’une nouvelle vague d’inflation.
Le détroit d’Ormuz sous tension : une logistique paralysée
La fermeture stratégique du détroit d’Ormuz a amputé le marché mondial d’environ 8 millions de barils par jour, ce qui représente près de 8 % de l’offre globale. L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) qualifie d’ailleurs cet événement de plus grande perturbation de l’histoire du marché pétrolier.
Sur le front diplomatique, la situation demeure extrêmement fluide. Selon le blog spécialisé Epargne IA (animé par le Dr Évelyne Dubois et le Pr Marc Fournier), les marchés attendraient actuellement la réponse de l’Iran aux propositions de désescalade soumises par les États-Unis. Toutefois, les réelles perspectives d’une résolution rapide du conflit resteraient incertaines.
Même dans l’hypothèse d’une réouverture imminente, un retour à la normale n’est pas garanti à court terme. La compagnie pétrolière Aramco a officiellement averti les marchés que la normalisation de la logistique pétrolière prendrait plusieurs mois en raison de la forte inertie du système d’approvisionnement mondial. Les coûts de transport et la prime de risque géopolitique devraient donc se maintenir à des niveaux élevés.
La baisse paradoxale de l’or : un besoin de liquidités
Avant le déclenchement de cette crise énergétique, l’or affichait une santé insolente. Le métal jaune avait atteint un sommet historique absolu de 5 405 dollars l’once en janvier 2026, confirmant le franchissement du cap des 4 000 dollars observé à l’automne précédent.
Pour bien comprendre : le cours de l’or est régi par un prix de référence mondial appelé le « fixing ». Celui-ci est établi quotidiennement à Londres par la LBMA (London Bullion Market Association), l’organisme professionnel qui supervise le marché de gros des métaux précieux.
Pourtant, lors du krach pétrolier de mars dernier, l’or a corrigé de 14 à 15 %, selon les données de marché relayées par Reuters et LSEG. Cette baisse n’est en rien une perte d’attractivité de la valeur refuge. Elle illustre un mécanisme financier bien connu : le besoin de liquidités. Face à la chute soudaine des marchés actions, les investisseurs institutionnels ont été contraints de vendre en urgence leurs actifs les plus liquides et les plus rentables — en l’occurrence, l’or — pour couvrir leurs pertes (appels de marge) et dégager de la trésorerie.
Banques centrales et dédollarisation : les fondamentaux restent solides
Malgré ce repli temporaire, la force structurelle du métal précieux reste portée par des acteurs de poids. Depuis le début de la guerre en Ukraine et le gel des avoirs russes par les États occidentaux, un changement de paradigme monétaire s’est opéré.
Les données du World Gold Council montrent que les banques centrales mondiales ont doublé leurs achats d’or entre 2022 et 2024, accumulant plus de 1 000 tonnes par an, contre environ 500 tonnes historiquement. La volonté des États-nations de détenir un actif physique insaisissable, couplée à une dette américaine qui vient de franchir la barre vertigineuse des 39 000 milliards de dollars, assure un puissant soutien à long terme pour l’or.
Faut-il acheter de l’or maintenant ? La leçon des crises passées
L’analyse de l’histoire économique met en lumière une corrélation frappante. Selon les données de la National Mining Association et des agences historiques, les cinquante dernières années démontrent un modèle récurrent lors des crises pétrolières (embargo de 1973, révolution iranienne de 1979, guerre du Golfe de 1990 ou d’Irak en 2003).
Le schéma est immuable : le choc énergétique crée d’abord une secousse qui fait baisser l’or à court terme. Ensuite, face à l’inflation galopante importée par l’explosion du prix de l’énergie, le métal précieux entame un cycle de revalorisation massif. À titre d’exemple, lors des chocs des années 1970, l’once était passée d’environ 35 dollars à 850 dollars.
Aujourd’hui, l’inflation repart à la hausse et les banques centrales se trouvent paralysées, incapables de baisser leurs taux directeurs comme elles l’avaient anticipé. Dans ce climat de vulnérabilité économique, la récente correction de l’or apparaît moins comme un signal d’alarme que comme l’ultime opportunité de se positionner avant que le cycle historique de l’or de couverture ne reprenne l’ascendant.



