4 100 dollars l’once : ce seuil redevient le point de tension du marché de l’or. Fin juillet 2026, le cours de l’or est repassé sous ce niveau après un rebond, dans un marché mondial redevenu nerveux. L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence des métaux précieux, soit environ 31,1 grammes.

Le mouvement concerne les investisseurs internationaux, mais il touche aussi les épargnants européens et belges. L’or est coté principalement en dollars. Lorsque le dollar se renforce, l’or devient plus cher pour les acheteurs qui utilisent l’euro, le franc suisse ou d’autres devises. Cette mécanique réduit souvent la demande et pèse sur les prix.

Le dollar reprend la main sur l’or

Le repli sous 4 100 dollars intervient dans un contexte de redressement du dollar américain. Ce facteur limite la reprise du métal jaune, même lorsque les incertitudes géopolitiques restent élevées.

Le dollar agit comme un frein direct. Pour un investisseur européen, un lingot ou une pièce d’or cotés en dollars coûtent davantage si l’euro recule face au billet vert. À prix de l’or constant, le change peut donc modifier le prix payé en euros.

La zone à surveiller se situe désormais entre 3 976 et 4 000 dollars l’once. Il s’agit d’un support technique. En analyse de marché, un support correspond à une zone de prix où les acheteurs sont susceptibles de revenir. Si ce niveau cède, la baisse peut s’accélérer, car certains investisseurs déclenchent automatiquement des ordres de vente.

La Fed maintient la pression sur les métaux précieux

Le deuxième facteur vient de la politique monétaire américaine. En juillet 2026, la Réserve fédérale américaine, la Fed, a maintenu son taux directeur dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Le taux directeur est le prix de référence auquel une banque centrale influence le coût du crédit dans l’économie.

Les marchés intègrent toutefois une probabilité de 63 % d’une hausse en septembre. Cette anticipation suffit à peser sur l’or.

Pourquoi ? L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les taux montent, les obligations d’État américaines deviennent plus attractives. Les rendements obligataires, c’est-à-dire les revenus servis par ces titres de dette, progressent généralement. Les investisseurs peuvent alors privilégier ces placements rémunérés au détriment du métal jaune.

L’inflation américaine montre pourtant des signes d’apaisement. L’indice PCE, suivi de près par la Fed pour mesurer l’évolution des prix à la consommation, a reculé en juin sur un mois. Mais le ralentissement du PIB américain au deuxième trimestre et les tensions sur l’énergie compliquent la lecture.

L’Iran reste un risque pour le pétrole, donc pour les taux

Le dossier iranien reste central, non pas seulement pour la géopolitique, mais aussi pour l’inflation. La crainte d’une flambée des prix du pétrole au Moyen-Orient pourrait pousser la Fed à rester restrictive plus longtemps.

Le lien est simple : un pétrole plus cher augmente les coûts de transport, de production et d’énergie. Cela peut alimenter l’inflation. Si l’inflation repart, la banque centrale américaine peut relever ses taux ou retarder leur baisse. Ce scénario est défavorable à l’or à court terme.

Début juin 2026, l’accord annoncé entre les États-Unis et l’Iran à Genève avait pourtant marqué un apaisement. Il prévoyait la réouverture du détroit d’Ormuz, un allègement des sanctions contre l’Iran et le démantèlement de son programme nucléaire. Après cette annonce, l’or avait gagné 2,7 % et l’argent 4,3 %.

Le détroit d’Ormuz est un passage maritime stratégique pour le pétrole mondial. Sa fermeture ou sa perturbation peut provoquer une hausse rapide des prix de l’énergie. Même après un accord diplomatique, les marchés restent donc sensibles à tout signal de tension.

Un marché encore marqué par la volatilité de mars

La nervosité actuelle s’inscrit dans une année déjà exceptionnelle pour les métaux précieux. En mars 2026, au début du conflit en Iran, l’or avait subi une baisse hebdomadaire de 13,32 %, autour de 4 497 dollars l’once, soit sa plus forte chute en quarante ans. L’argent avait aussi fortement reculé.

Ce mouvement avait surpris, car l’or est traditionnellement considéré comme une valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les marchés craignent une crise financière, politique ou militaire. Mais en période de choc, certains investisseurs vendent aussi leur or pour obtenir rapidement des liquidités, c’est-à-dire de l’argent disponible immédiatement.

Les déclarations politiques de mars avaient également provoqué des mouvements rapides, avec une chute initiale puis une reprise de l’or et de l’argent. Cette séquence rappelle que les métaux précieux ne montent pas toujours mécaniquement en période de crise.

Ce que les investisseurs belges doivent surveiller

Pour un épargnant belge, trois indicateurs dominent à court terme : le niveau des 4 000 dollars, l’évolution euro-dollar et les signaux de la Fed.

Si l’or préserve la zone 3 976-4 000 dollars, le marché peut tenter de reconstruire une reprise. Si cette zone casse nettement, la volatilité peut augmenter. La volatilité mesure l’ampleur des variations de prix. Plus elle est élevée, plus les mouvements à la hausse comme à la baisse peuvent être rapides.

Le prix en euros mérite aussi une attention particulière. Une baisse en dollars peut être partiellement compensée par un euro plus faible. À l’inverse, un euro fort peut réduire la performance d’un investissement en or pour un résident de la zone euro.

Le seuil des 4 100 dollars reste donc moins un simple chiffre qu’un test de confiance. Tant que le dollar se renforce et que la Fed reste tentée par une hausse des taux, l’or conserve un potentiel limité à court terme. Mais les tensions au Moyen-Orient et le risque pétrolier continuent de soutenir l’intérêt de long terme pour le métal jaune.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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