Le blocage du détroit d’Ormuz et la flambée des cours du pétrole ravivent les craintes d’une inflation mondiale persistante. Contre toute attente, cette escalade géopolitique a poussé les investisseurs vers le dollar, faisant temporairement chuter l’or sous le seuil psychologique des 5.000 dollars.

C’est un paradoxe financier qui illustre la tension extrême des marchés mondiaux. Ce lundi 16 mars 2026, au cours de la session de trading asiatique, le prix mondial de l’or a brièvement dévissé. Le métal jaune a atteint un point bas autour de 4.970 dollars, brisant à la baisse la barre hautement symbolique des 5.000 dollars. Cette secousse, qui a entraîné une baisse de 0,5 % à 1,3 % des prix au comptant et à terme, s’explique directement par la guerre ouverte qui paralyse actuellement le Moyen-Orient.

À des fins de clarté, rappelons que le « marché au comptant » (ou spot) désigne le marché sur lequel l’or est acheté et vendu pour une livraison immédiate, fixant ainsi le prix de référence mondial. L’once troy, l’unité de mesure standard, équivaut à 31,10 grammes d’or pur.

Le pétrole flambe, l’or trébuche face au billet vert

Dans un contexte de guerre, l’or joue traditionnellement son rôle de valeur refuge. Pourtant, la mécanique actuelle s’avère plus complexe. La récente chute du métal précieux est intimement liée à l’énergie. Les prix du pétrole brut se maintiennent à des niveaux inflationnistes, dépassant les 100 dollars pour le baril de Brent.

Cette énergie chère se traduit par une inflation importée massive pour les économies occidentales, dont la Belgique et le reste de l’Europe. Face à la persistance de cette hausse des prix, les marchés anticipent que la Réserve fédérale américaine (Fed) maintiendra une politique monétaire stricte, avec des taux d’intérêt élevés pour une période prolongée. Conséquence immédiate : l’indice du dollar américain (DXY) s’est renforcé pour atteindre 100,2. L’or, qui ne génère pas de rendement, devient mécaniquement moins attractif face à des placements en dollars rémunérés à des taux élevés.

Acculés par cette volatilité, de nombreux traders ont été contraints de liquider leurs positions sur les matières premières pour répondre à des appels de marge (une exigence des courtiers de déposer des fonds supplémentaires pour couvrir des pertes potentielles). L’argent métal a d’ailleurs subi une pression similaire, reculant de 1,8 %.

Le détroit d’Ormuz verrouillé par les frappes militaires

À l’origine de cette onde de choc économique se trouve une grave détérioration sécuritaire. Les tensions couvaient depuis la semaine du 9 mars, lorsque l’armée israélienne a annoncé, selon l’agence Reuters, avoir mené des frappes au cœur de l’Iran et sur la capitale libanaise, Beyrouth. Cette situation a précipité la fermeture de fait du détroit d’Ormuz, un goulet d’étranglement logistique par lequel transite habituellement 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Le point d’orgue de cette crise a été atteint ce week-end des 14 et 15 mars, avec l’attaque par les forces américaines et israéliennes d’un terminal d’exportation iranien. Alors que Téhéran menace de représailles et rejette toute trêve, l’ancien président américain Donald Trump a annoncé des discussions pour former une coalition maritime visant à rouvrir de force cette voie de navigation vitale. La panique initiale avait d’ailleurs propulsé le baril de pétrole près des 120 dollars quelques jours auparavant, tétanisant les marchés boursiers.

Déconnexion spectaculaire des prix sur le marché asiatique

Pendant que les cotations mondiales s’ajustent à la baisse sous la pression du dollar, le marché physique de l’or démontre de profondes disparités locales. L’exemple le plus frappant se situe au Vietnam, où les cours sont restés totalement hermétiques à la baisse internationale.

Lundi matin, les lingots de la marque nationale Saigon Jewelry Company (SJC) s’échangeaient à 182,6 millions de dongs vietnamiens par once à la vente. Cet écart crée une prime record de plus de 24 millions de dongs (environ 1.000 dollars) par once par rapport à la valeur intrinsèque de l’or sur le marché mondial. Cette déconnexion s’explique par une pénurie d’offre intérieure et un monopole d’État extrêmement strict sur les importations du métal précieux, empêchant les prix locaux de s’ajuster à la réalité internationale.

Cette situation illustre parfaitement l’importance de la liquidité d’un marché. Pour les investisseurs européens et belges, elle rappelle que le prix de l’or physique peut parfois se détacher du marché papier, particulièrement en période de crise d’approvisionnement ou de contrôle étatique. Alors que l’or est légèrement remonté au-dessus des 4.970 dollars en fin de séance asiatique, tous les yeux sont désormais tournés vers la prochaine réunion de la Fed, qui devra choisir entre soutenir l’économie ou combattre une inflation relancée par les canons du Moyen-Orient.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

Prix de l’Or aide tous ceux et celles qui s’intéressent à l’économie et à la préservation de leur capital à décrypter l’actualité mondiale et son impact sur la valeur de l’or grâce à une analyse factuelle et pédagogique. Prix de l’or – Une information en Or

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