Près de 60 dollars l’once : le cours de l’argent aurait atteint en juillet 2026 un niveau rarement observé, dans un marché mondial déjà marqué par l’inflation. Cette flambée inquiète une partie des investisseurs. Non parce que l’argent manque d’arguments, mais parce que sa hausse paraît rapide, concentrée et potentiellement instable.
L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence des métaux précieux. Elle équivaut à environ 31,1 grammes. Un prix de 60 dollars l’once signifie donc qu’un kilo d’argent se valoriserait autour de 1 929 dollars avant primes, frais, fiscalité et conversion en euros.
L’argent grimperait sous l’effet d’un double moteur
Le mouvement concernerait le marché international. Les acteurs principaux sont les investisseurs, les industriels et les opérateurs financiers actifs sur les métaux précieux.
L’argent occupe une place particulière. Il est à la fois un métal industriel et une valeur refuge. Un métal industriel est utilisé dans la production économique : électronique, panneaux solaires, équipements électriques, technologies liées à la transition énergétique. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs veulent se protéger contre l’inflation, les tensions géopolitiques ou la défiance envers les monnaies.
Cette double nature explique une partie de la hausse. La demande industrielle soutiendrait le marché à long terme, tandis que l’inflation mondiale renforcerait l’attrait de l’argent comme actif tangible. Contrairement à une monnaie, un métal physique ne peut pas être créé par décision d’une banque centrale.
Mais cette logique a une limite. Un actif peut être recherché pour de bonnes raisons et devenir risqué si son prix monte trop vite.
Pourquoi une hausse liée à l’inflation peut quand même inquiéter
L’inflation pousse souvent les épargnants vers l’or et l’argent. Le raisonnement est simple : lorsque le pouvoir d’achat de la monnaie baisse, les actifs réels deviennent plus attractifs. Pourtant, la flambée de l’argent vers 60 dollars l’once inquiéterait pour trois raisons.
Première raison : la volatilité. Ce terme désigne l’ampleur des variations de prix. Plus un actif est volatil, plus il peut monter ou baisser fortement en peu de temps. L’argent est historiquement plus volatil que l’or, car son marché est plus petit et plus sensible aux cycles industriels.
Deuxième raison : la rapidité du mouvement. Une hausse trop verticale peut signaler un emballement des achats. Dans ce cas, les investisseurs entrés tardivement risquent d’acheter près d’un sommet temporaire.
Troisième raison : le risque de correction. Une correction est une baisse après une forte hausse. Elle ne signifie pas nécessairement un retournement durable, mais elle peut être violente, surtout lorsque des investisseurs spéculatifs revendent en même temps.
Les prévisions pour 2026 resteraient très dispersées
Les projections disponibles renforceraient cette prudence. LongForecast anticiperait une baisse marquée du cours de l’argent en 2026, avec un repli progressif jusqu’à environ 47,07 dollars en décembre. Ces chiffres doivent être lus avec prudence : il s’agit de modèles, non de certitudes.
WalletInvestor afficherait une trajectoire plus contrastée, avec une fourchette comprise entre environ 55,45 et 94,16 dollars, puis une clôture de fin décembre autour de 57,22 dollars. Là encore, la lecture principale n’est pas le chiffre exact. Elle tient plutôt à l’écart entre les scénarios.
Quand les modèles divergent autant, le message envoyé aux investisseurs est clair : le marché manque de visibilité. Une fourchette large traduit une incertitude élevée sur l’équilibre entre demande industrielle, achats de protection contre l’inflation et prises de bénéfices.
Les investisseurs belges doivent aussi regarder l’euro
Pour un acheteur en Belgique ou dans la zone euro, le prix en dollars ne suffit pas. Le métal est coté internationalement en dollars, mais l’épargnant paie en euros. Le taux de change euro-dollar peut donc amplifier ou réduire la variation réelle du prix.
Autre point important : l’argent physique n’a pas le même traitement que l’or d’investissement. L’or d’investissement bénéficie dans l’Union européenne d’un régime spécifique. L’argent sous forme de pièces ou de lingots peut être soumis à des frais, primes et règles fiscales différentes selon le produit, le vendeur et le mode de détention. La comparaison entre or et argent doit donc intégrer le prix du métal, mais aussi le coût total d’achat et de revente.
La prime correspond à l’écart entre le prix du métal pur et le prix payé pour une pièce ou un lingot. Elle couvre notamment la fabrication, la distribution et la marge commerciale. En période de forte demande, cette prime peut augmenter.
Un métal porteur, mais pas sans risque
À long terme, l’argent conserverait des soutiens solides. Les technologies, les énergies renouvelables et la recherche de diversification des portefeuilles pourraient maintenir une demande élevée. La diversification consiste à répartir son patrimoine entre plusieurs actifs afin de ne pas dépendre d’un seul marché.
Mais le seuil des 60 dollars rappelle que l’argent n’est pas seulement un refuge. C’est aussi un marché cyclique, sensible à l’industrie, au dollar, aux taux d’intérêt et au comportement des investisseurs.
La flambée actuelle ne signifie donc pas forcément qu’il serait trop tard pour s’y intéresser. Elle impose surtout une méthode : comparer les prix en euros, vérifier les primes, éviter les achats précipités et accepter que le métal gris puisse corriger fortement après une phase d’euphorie.
La hausse de l’argent traduit une vraie demande, mais son rythme devient le principal signal d’alerte. Dans un contexte d’inflation mondiale, le métal peut protéger une partie du capital ; acheté sans discipline, il peut aussi exposer l’épargnant à une forte volatilité.



