320 000 onces en un mois. En mai 2026, la Banque populaire de Chine a ajouté environ 9,95 tonnes d’or à ses réserves, portant à dix-neuf mois consécutifs sa série d’achats. Dans le même temps, la Chine poursuit la réduction de ses avoirs en bons du Trésor américain.
Le message est clair : Pékin diversifie ses réserves internationales. Ces réserves sont les actifs détenus par une banque centrale pour soutenir sa monnaie, financer ses engagements extérieurs et sécuriser sa position financière. Elles peuvent prendre la forme de devises, d’obligations d’État ou d’or.
Les bons du Trésor américain sont des titres de dette émis par les États-Unis. En les achetant, un investisseur prête de l’argent au gouvernement américain. Ils restent très liquides, mais ils exposent leurs détenteurs au dollar, aux décisions de Washington et à la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine.
Pékin remplace progressivement la dette américaine par l’or
La Chine ne liquide pas brutalement ses avoirs américains. La stratégie observée est graduelle. Elle consiste à réduire l’exposition aux bons du Trésor américain tout en accumulant de l’or physique dans les coffres de la banque centrale.
L’once, unité de référence sur le marché international de l’or, correspond à environ 31,1 grammes. Les 320 000 onces achetées en mai représentent donc près de 10 tonnes. À l’échelle d’un particulier, le chiffre paraît considérable. À l’échelle d’une banque centrale, il s’agit surtout d’un signal régulier, répété mois après mois.
La Chine cherche à limiter sa dépendance au dollar américain, tout en renforçant un actif qui ne dépend de la signature d’aucun État. C’est l’un des attraits majeurs de l’or pour les banques centrales : il n’est pas la dette de quelqu’un d’autre.
Pourquoi l’or attire les banques centrales
L’or ne verse pas d’intérêt. Contrairement à une obligation, il ne produit pas de coupon. Mais il présente un avantage stratégique : il conserve une valeur internationale, y compris en période de tension financière ou géopolitique.
Pour une banque centrale, acheter de l’or permet de diversifier les réserves. La diversification consiste à ne pas concentrer tous les risques sur un seul actif, une seule devise ou un seul pays. Dans le cas chinois, cette logique vise clairement le poids du dollar et des titres de dette américains.
Le mouvement dépasserait d’ailleurs le seul cas de Pékin. D’après une enquête du World Gold Council, 89 % des répondants anticiperaient une hausse des réserves d’or des banques centrales mondiales sur les douze prochains mois. Toujours selon cette enquête, 45 % prévoiraient d’augmenter leurs propres réserves. À fin 2025, l’or représenterait 27 % des réserves officielles mondiales, devant les bons du Trésor américain à 22 %.
Ces chiffres restent à lire avec prudence, car ils relèvent d’une enquête et d’anticipations. Ils confirment toutefois une tendance de fond : l’or redevient un pilier de la gestion des réserves publiques.
Un soutien structurel pour le cours de l’or
Les achats des banques centrales ne déterminent pas seuls le prix de l’or. Le cours dépend aussi des taux d’intérêt, du dollar, de l’inflation, des tensions géopolitiques et de la demande des investisseurs.
Mais des achats réguliers par des banques centrales créent un support de long terme. Cela signifie qu’une demande importante et relativement stable existe sur le marché. Pour les investisseurs privés, y compris en Belgique et dans le reste de l’Europe francophone, ce facteur compte dans l’analyse d’un achat ou d’une vente.
Début juillet 2026, le cours de l’or a brièvement atteint environ 4 200 dollars l’once, un plus haut de deux semaines, avant de repasser sous ce seuil. Cette volatilité reflète un marché tiraillé. D’un côté, les tensions autour du détroit d’Ormuz soutiennent la demande de valeurs refuges. De l’autre, elles ont aussi favorisé des achats de dollars, ce qui freine l’or pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres devises.
Quand le dollar monte, l’or devient plus cher pour les acheteurs non américains, car le métal est coté principalement en dollars sur les marchés internationaux. Cet effet peut ralentir la progression du prix, même dans un contexte favorable au métal jaune.
La Fed reste un facteur décisif
La politique monétaire américaine demeure centrale. La Réserve fédérale, ou Fed, fixe les taux directeurs aux États-Unis. Ces taux influencent le rendement des placements en dollars. Lorsque les taux montent, les obligations deviennent plus attractives face à l’or, qui ne rapporte pas d’intérêt. Lorsque les anticipations de hausse des taux reculent, la pression sur l’or diminue.
Début juillet 2026, des chiffres de l’emploi américain moins solides ont réduit les attentes de hausse des taux de la Fed. Ce mouvement a limité la pression haussière sur le dollar et contribué à stabiliser l’or.
Le contexte reste néanmoins complexe. L’inflation PCE sous-jacente aux États-Unis a atteint 3,4 % en mai 2026. Cet indicateur exclut les prix volatils de l’énergie et de l’alimentation. Il est suivi de près par la Fed pour évaluer la tendance profonde des prix. Une inflation persistante pourrait maintenir une politique monétaire restrictive plus longtemps.
Ce que cela change pour les épargnants
Pour un épargnant européen, la stratégie chinoise ne constitue pas un signal d’achat automatique. Elle indique plutôt un changement dans l’équilibre mondial des réserves. Pékin ne cherche pas seulement un rendement financier. La Chine cherche de la sécurité, de la liquidité et une moindre dépendance au système du dollar.
Cette logique rejoint l’usage traditionnel de l’or dans un patrimoine : une réserve de valeur, non un actif de rendement. En Belgique, comme ailleurs en Europe, l’or physique est surtout envisagé comme une protection contre les crises monétaires, l’inflation durable ou les tensions géopolitiques.
Le mouvement chinois renforce donc l’idée que l’or conserve un rôle stratégique. Il ne supprime pas les risques de correction à court terme, notamment si le dollar se renforce ou si les taux américains remontent. Mais il donne au marché un socle de demande institutionnelle difficile à ignorer.
La Chine poursuit une trajectoire patiente : moins de dette américaine, plus d’or. Pour les marchés, le signal est puissant. Pour les épargnants, il rappelle une règle simple : l’or ne se lit pas seulement à travers son prix du jour, mais aussi à travers la confiance que les États lui accordent dans la durée.



