L’intelligence artificielle attire des montants considérables, mais les investisseurs semblent privilégier ses infrastructures physiques et ses revenus mesurables. Cette préférence place les semi-conducteurs, les centres de données et les métaux nécessaires à l’électronique au cœur du cycle technologique. L’or pourrait en bénéficier, avec prudence : les données disponibles ne permettent pas encore de chiffrer précisément cet effet.
L’argent va vers les infrastructures, pas vers le récit
Le boom de l’IA ne se traduit pas automatiquement par une hausse de tous les actifs portant cette étiquette. Des analyses publiées les 23 et 25 septembre indiquent que les investisseurs orienteraient surtout leurs capitaux vers la puissance de calcul (compute), les centres de données, les puces et les entreprises capables de dégager des revenus identifiables.
La puissance de calcul désigne les capacités informatiques nécessaires pour entraîner et faire fonctionner des modèles d’IA. Elle repose notamment sur des processeurs spécialisés, des serveurs, des réseaux électriques robustes et des infrastructures de refroidissement.
À l’inverse, plusieurs jetons numériques associés à l’IA, notamment Bittensor, Render ou Virtuals Protocol, resteraient sensiblement sous leurs sommets de 2024 et 2025. Cette divergence suggérerait que le marché distingue l’engouement spéculatif autour de l’IA de la valeur économique créée par les outils et les infrastructures réellement utilisés.
Pour un investisseur, l’exposition à l’IA ne se résume donc pas aux actions technologiques ou aux crypto-actifs : elle passe aussi par la chaîne matérielle qui rend cette technologie possible.
Des chiffres impressionnants, à interpréter avec réserve
Une seule analyse, publiée le 25 septembre, estime que l’IA aurait représenté environ 240 milliards de dollars de financements mondiaux en capital-risque et 80 % des investissements de ce type au premier trimestre 2026. Elle avance également que 40 % des financements dans les crypto-actifs seraient dirigés vers des entreprises à l’intersection de l’IA et de la blockchain.
Ces chiffres n’étant pas confirmés indépendamment dans les éléments disponibles, ils doivent être considérés comme des estimations. Ils illustrent néanmoins une tendance plus large : le capital se concentrerait sur les secteurs où les débouchés commerciaux apparaissent les plus concrets.
La même source rapporte qu’Anthropic aurait levé 65 milliards de dollars en mai, pour une valorisation de 965 milliards de dollars, et que Nvidia aurait publié 96,2 milliards de dollars de revenus trimestriels en juillet, soit une progression annuelle de 106 %. Ces montants et cette valorisation ne sont pas vérifiés par plusieurs sources ici. Ils ne constituent donc pas, à eux seuls, une base suffisante pour une décision d’investissement.
Pourquoi les centres de données peuvent compter pour l’or
L’or n’est pas seulement un actif financier. Il possède une excellente conductivité électrique et, surtout, résiste très bien à la corrosion. Ces propriétés expliquent son emploi, en faibles quantités, dans les connecteurs, contacts et composants électroniques où la fiabilité doit être maximale.
Les serveurs, équipements de réseau et systèmes électroniques déployés dans les centres de données peuvent ainsi contenir de petites quantités d’or. À l’échelle d’une machine, cette consommation reste limitée. Mais la multiplication des infrastructures numériques pourrait créer un soutien additionnel à la demande industrielle mondiale.
Des publications récentes présentent le développement de l’IA et des centres de données comme un facteur favorable à la demande de métaux, dont l’or. Ce lien reste toutefois spéculatif à ce stade : aucune donnée chiffrée et vérifiable n’est fournie ici sur le volume d’or effectivement consommé par les nouveaux équipements liés à l’IA.
Il serait donc excessif d’affirmer que l’IA devient le moteur principal du marché aurifère. La demande d’or dépend toujours largement de la joaillerie, des achats des banques centrales, de l’investissement en lingots et pièces, ainsi que de la demande industrielle traditionnelle.
L’or conserve un rôle distinct face aux actifs technologiques
Une publication de dV Investment, datée du 28 août, associe la montée en rentabilité de l’IA au maintien de l’attrait de l’or comme valeur refuge. Là encore, il s’agit d’une analyse éditoriale sans données précises permettant de mesurer une causalité directe.
Le rapprochement mérite néanmoins d’être compris. Une action technologique ou un jeton numérique dépend de perspectives de croissance, de résultats financiers et du niveau de valorisation accepté par le marché. L’or physique répond à une logique différente : il ne verse ni intérêt ni dividende, mais il est recherché pour diversifier un patrimoine et réduire l’exposition aux risques monétaires, géopolitiques ou boursiers.
L’IA peut soutenir une partie de la demande industrielle d’or ; elle ne remplace pas la fonction de protection du métal précieux. Pour un épargnant belge ou européen, cette distinction est essentielle : un lingot ou une pièce d’investissement n’est pas un pari sur le succès commercial d’un modèle d’IA.
Une tendance à surveiller sans confondre technologie et refuge
L’expansion des centres de données confirme que le cycle de l’IA possède une dimension très matérielle : puces, électricité, câbles, serveurs et métaux. L’or pourrait profiter marginalement de cette accélération via l’électronique, tandis que les investisseurs continuent de l’utiliser pour ses qualités de diversification.
La prudence reste toutefois de mise. L’impact quantitatif de l’IA sur la consommation d’or n’est pas encore établi par les informations disponibles. Le principal enseignement est plutôt le suivant : derrière l’IA, les marchés recherchent des actifs tangibles, des infrastructures et des revenus réels. L’or, actif tangible par excellence, conserve dans ce paysage un rôle différent, mais complémentaire.



