36 000 tonnes. C’est désormais le stock d’or détenu par les banques centrales dans le monde, un niveau proche de celui observé à l’époque de Bretton Woods, le système monétaire international mis en place après 1944 autour du dollar et de l’or.

La Banque centrale européenne (BCE) a signalé le 4 juin 2026 un basculement majeur : l’or représente 27 % des réserves mondiales des banques centrales, contre 22 % pour les bons du Trésor américains. Ces bons du Trésor sont des titres de dette émis par les États-Unis pour financer leurs dépenses. Ils étaient longtemps considérés comme l’actif de réserve par excellence, car très liquides et adossés à la première économie mondiale.

Ce changement ne signifie pas que les banques centrales abandonnent le dollar. Il montre plutôt une diversification accélérée. Une réserve de banque centrale désigne l’ensemble des actifs détenus par une autorité monétaire pour soutenir sa devise, garantir ses paiements internationaux et renforcer la confiance dans son économie.

L’or dépasse la dette américaine dans les réserves

Le mouvement tient à deux facteurs. D’abord, le prix de l’or a fortement progressé. Après une hausse d’environ 60 % sur un an, le métal jaune a dépassé 5 600 dollars l’once en janvier 2026. L’once troy, unité de référence du marché de l’or, correspond à 31,1 grammes.

Ensuite, plusieurs banques centrales achètent davantage d’or depuis 2022. L’objectif est clair : réduire la dépendance aux grandes monnaies internationales, en particulier au dollar, et limiter l’exposition aux sanctions financières. L’or est un actif tangible, c’est-à-dire physique. Il ne dépend pas directement de la signature d’un État ou d’une banque.

Cette progression consacre le retour de l’or comme actif stratégique des États. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, la fragmentation commerciale et l’endettement public, les banques centrales recherchent des actifs capables de préserver la confiance.

Chine, Pologne, Turquie et Inde accélèrent depuis 2022

Depuis 2022, plusieurs pays figurent parmi les principaux acheteurs publics d’or. La Chine aurait renforcé ses réserves d’environ 350 tonnes sur la période, la Pologne de 320 tonnes, la Turquie de 220 tonnes et l’Inde de 130 tonnes. En 2025, la Pologne a été le premier acquéreur public mondial d’or.

La Banque centrale chinoise a encore ajouté environ 5 tonnes d’or à ses réserves en mars 2026. Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification. Pour Pékin, l’or permet de réduire le poids relatif du dollar dans ses réserves et d’augmenter la part d’un actif accepté partout dans le monde.

La Pologne suit une logique proche, avec une dimension européenne importante. Pour une banque centrale, détenir davantage d’or peut renforcer la crédibilité financière du pays, surtout lorsque l’environnement international devient moins prévisible.

Pourquoi les banques centrales réduisent leur dépendance au dollar

Le basculement s’explique aussi par la montée des risques autour des dettes publiques. Le Fonds monétaire international estime que la dette publique mondiale pourrait atteindre 100 % du PIB en 2029. Le PIB, ou produit intérieur brut, mesure la richesse produite par une économie sur une période donnée.

Quand les dettes publiques augmentent, les obligations souveraines peuvent perdre une partie de leur image d’actif sans risque. Une obligation souveraine est un titre de dette émis par un État. L’investisseur prête de l’argent à cet État et reçoit en principe des intérêts, appelés rendement.

L’or, lui, ne verse aucun intérêt. Mais il n’est la dette de personne. C’est précisément ce qui attire les banques centrales en période d’incertitude : il sert de valeur refuge, c’est-à-dire d’actif recherché lorsque la confiance dans les marchés ou les monnaies diminue.

L’or reste utile, mais pas sans contraintes

Le retour de l’or ne doit pas être interprété comme un remplacement total des monnaies de réserve traditionnelles. La BCE rappelle que le métal précieux présente trois limites importantes.

D’abord, il ne génère pas de revenu. Contrairement à une obligation, il ne paie ni coupon ni intérêt. Ensuite, son prix peut fortement varier : l’or reste un actif volatil. Enfin, il coûte cher à stocker et à sécuriser, surtout pour des volumes détenus par des banques centrales.

Certaines autorités monétaires vendent d’ailleurs de l’or lorsque la situation l’exige. Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient en mars 2026, la Turquie a vendu près de 130 tonnes pour soutenir sa monnaie. La Russie a également réduit une partie de ses réserves pour faire face à des besoins budgétaires liés au conflit en Ukraine.

Ces ventes ne remettent pas en cause la tendance de fond. Elles montrent plutôt que l’or reste un actif de réserve mobilisable en cas de crise.

Ce signal compte aussi pour les investisseurs belges

Pour les particuliers en Belgique et dans l’espace francophone, le message est surtout macroéconomique. Les banques centrales n’achètent pas de l’or pour spéculer à court terme. Elles l’utilisent comme outil de diversification et de protection du capital.

Cette logique peut éclairer les investisseurs privés. L’or peut jouer un rôle d’assurance dans un patrimoine, en complément d’autres actifs. Mais son prix élevé, sa volatilité et l’absence de rendement imposent de préparer tout achat avec méthode : horizon de placement, part du patrimoine investie, choix entre pièces, lingots ou produits financiers, frais de conservation et conditions de revente.

Le fait majeur reste le même : l’or pèse désormais plus lourd que la dette américaine dans les réserves mondiales des banques centrales. Ce basculement ne signe pas la fin du dollar, mais il confirme une transformation profonde de l’ordre monétaire international.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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