Un rebond de plus de 1 %, mais pas encore un retournement. Le cours de l’argent a repris de la hauteur le 4 juin sur les marchés internationaux, revenant autour de 73,60 dollars après une correction marquée. Ce mouvement donne un répit aux investisseurs. Il ne suffit toutefois pas à effacer les inquiétudes.
L’argent, aussi appelé « métal gris », reste pris entre deux forces. D’un côté, des achats techniques apparaissent après la baisse précédente. De l’autre, les marchés redoutent une inflation plus persistante, une Réserve fédérale américaine moins accommodante et une nouvelle faiblesse du cours.
Le rebond reste d’abord technique
La hausse récente s’explique surtout par une réaction de marché après la correction. Les échanges asiatiques ont rouvert sur des achats, ce qui a permis au prix de l’argent de progresser d’un peu plus de 1 %.
Un rebond technique signifie qu’un actif remonte après avoir fortement baissé, sans que la tendance de fond soit forcément redevenue positive. Dans ce cas, des investisseurs rachètent parce que le prix leur paraît plus attractif à court terme, ou parce qu’ils clôturent des positions vendeuses.
Pour les particuliers, ce type de mouvement doit être lu avec prudence : il montre un regain d’intérêt, mais pas encore une amélioration durable du marché.
Ormuz ravive le risque inflationniste
La principale source d’inquiétude vient du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les flux énergétiques mondiaux. L’hypothèse d’un blocage des exportations de pétrole autour de l’Iran alimente des scénarios prudents sur les marchés.
Donald Trump a évoqué publiquement, le 3 juin, la possibilité d’un maintien du blocus maritime américain autour de l’Iran jusqu’à la fête du Travail américaine, début septembre, tout en jugeant cette issue peu probable. Cette déclaration a renforcé les interrogations des opérateurs sur l’approvisionnement en pétrole.
Une hausse du pétrole peut nourrir l’inflation, c’est-à-dire la progression générale des prix. Or l’inflation influence directement les métaux précieux. L’or et l’argent sont souvent recherchés comme protections contre la perte de pouvoir d’achat. Mais lorsque l’inflation pousse les banques centrales à maintenir des taux élevés, l’effet peut devenir défavorable.
La Fed limite l’élan de l’argent
La Réserve fédérale américaine, ou Fed, est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe les taux directeurs, c’est-à-dire le coût de l’argent pour les banques. Ces taux influencent ensuite les crédits, les obligations, le dollar et les actifs comme l’or ou l’argent.
Lorsque les marchés anticipent une Fed plus restrictive, ils s’attendent à des taux plus élevés plus longtemps. Cela peut peser sur les métaux précieux, car l’argent ne verse ni intérêt ni dividende. À l’inverse, les obligations deviennent plus attractives lorsque leurs rendements montent.
Les données de l’emploi américain ont renforcé cette lecture. ADP a publié 122 000 créations d’emplois dans le secteur privé en mai, contre 117 000 attendues par les économistes. Un marché du travail résistant réduit la pression sur la Fed pour baisser rapidement ses taux.
Pour un investisseur européen ou belge, un autre facteur compte aussi : le dollar. L’argent étant coté internationalement en dollars, une variation du billet vert peut amplifier ou réduire la performance réelle en euros.
Les indicateurs techniques restent hésitants
L’analyse technique, qui étudie les graphiques de prix pour repérer des tendances, ne confirme pas encore un retournement clair. Le cours de l’argent évolue sous sa moyenne mobile exponentielle à 20 jours, située autour de 76 dollars.
Une moyenne mobile exponentielle est un indicateur qui calcule un prix moyen sur une période donnée, en accordant plus d’importance aux cours récents. Lorsqu’un prix reste sous cette moyenne, les analystes y voient souvent un signe de faiblesse.
Le RSI reste aussi sous 50. Le RSI, ou « indice de force relative », mesure la vitesse et l’ampleur des mouvements de prix. Sous 50, il suggère généralement une dynamique encore fragile ou une pression vendeuse persistante.
Ces signaux indiquent que les acheteurs ne contrôlent pas encore pleinement le marché. Le rebond existe, mais il reste vulnérable à une mauvaise nouvelle sur l’énergie, les taux ou le dollar.
Un marché à surveiller, pas à extrapoler
La hausse de l’argent offre un répit après la correction. Elle ne règle pas les tensions de fond. Le métal gris reste exposé à la géopolitique au Moyen-Orient, aux anticipations de la Fed et à des indicateurs techniques encore prudents.
Pour les investisseurs en métaux précieux, la leçon est simple : le rebond mérite d’être surveillé, mais il ne constitue pas encore un signal net. Tant que l’argent restera sous ses niveaux techniques clés et que les taux américains pèseront sur le marché, le risque d’un nouvel accès de faiblesse restera présent.



