45 % des 74 banques centrales interrogées prévoient d’augmenter leurs réserves d’or au cours des douze prochains mois. C’est la proportion la plus élevée depuis 2018 dans l’étude conjointe menée par YouGov et le World Gold Council, organisation professionnelle internationale du secteur aurifère.

Le signal est important pour le marché. Les banques centrales, qui gèrent les réserves monétaires des États, continuent de voir l’or comme un actif stratégique. Une seule institution interrogée indique vouloir réduire ses stocks. Cette volonté d’achat intervient pourtant dans un contexte de baisse des cours, après un repli amorcé en mai 2026.

Les banques centrales renforcent leurs réserves

Qui achète ? Des banques centrales dans le monde entier. Qu’achètent-elles ? De l’or, principalement sous forme de lingots, c’est-à-dire des barres d’or standardisées, utilisées pour le stockage institutionnel et les transactions de gros.

Pourquoi ? Pour renforcer leurs réserves d’or, c’est-à-dire les stocks détenus par une banque centrale afin de soutenir la crédibilité financière d’un pays, diversifier ses avoirs et limiter sa dépendance à d’autres actifs. Pour une banque centrale, l’or ne sert pas à produire un rendement comme une obligation. Il sert d’abord de réserve de confiance, notamment en période d’incertitude monétaire ou géopolitique.

Comment ? Par des achats supplémentaires sur le marché international, mais aussi par une gestion plus prudente du lieu de stockage. De plus en plus d’institutions financières rapatrient leur or ou le répartissent entre plusieurs sites. L’objectif est de réduire les risques politiques, par exemple le risque d’accès limité à des stocks conservés à l’étranger.

La baisse des prix ne freine pas la demande officielle

Le paradoxe est net : les intentions d’achat progressent alors que le prix de l’or recule. Fin mai 2026, le cours de l’or est tombé autour de 4 463 dollars l’once. L’once troy, unité de référence sur le marché de l’or, correspond à environ 31,1 grammes.

Cette baisse s’explique surtout par deux facteurs. D’abord, le dollar américain est resté fort. Comme l’or est coté en dollars sur les marchés internationaux, un dollar plus cher rend l’achat d’or plus coûteux pour les investisseurs qui utilisent l’euro ou d’autres devises.

Ensuite, les rendements obligataires américains ont augmenté. Un rendement obligataire est le revenu offert par une obligation, c’est-à-dire un titre de dette émis par un État ou une entreprise. Le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans a atteint son plus haut niveau depuis plus d’un an. Quand ces rendements montent, les investisseurs peuvent préférer les obligations à l’or.

Les taux d’intérêt pèsent sur le métal jaune

La politique monétaire restrictive accentue cette pression. La Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine maintiennent une attention forte sur les taux d’intérêt. Des taux plus élevés augmentent les taux réels, c’est-à-dire les taux d’intérêt corrigés de l’inflation.

Pour l’or, c’est un point essentiel. Le métal jaune est un actif non rémunérateur : il ne verse ni intérêt, ni dividende. Lorsque les placements sans risque ou jugés sûrs rapportent davantage, le coût d’opportunité de détenir de l’or augmente. Ce coût d’opportunité désigne ce à quoi un investisseur renonce en choisissant un actif plutôt qu’un autre.

Cette mécanique explique les ventes récentes sur le marché. Elle a aussi pesé sur d’autres métaux précieux.

Les économies émergentes alimentent la demande

La demande reste toutefois soutenue par les économies émergentes. Certaines utilisent davantage leurs monnaies nationales et leurs ressources minières locales. L’or peut alors jouer un rôle de garantie, ou du moins de soutien psychologique et financier, dans la gestion des réserves.

Au premier trimestre 2026, la demande mondiale totale d’or a atteint 1 231 tonnes, en hausse de 2 % sur un an. En valeur, elle a représenté 193 milliards de dollars, soit une progression de 74 % sur un an et un record absolu. La demande de pièces et de lingots a bondi de 50 %, principalement en Asie, avec un rôle notable de la Chine.

Pour les particuliers belges et européens, cette distinction est importante. Les banques centrales achètent pour des raisons de souveraineté et de stabilité à long terme. Les épargnants achètent plutôt pour préserver une partie de leur capital, se protéger contre certains risques ou diversifier leur patrimoine.

Un marché encore positif en 2026

Malgré le repli ponctuel, l’or reste en progression depuis le début de 2026. Après une baisse de 1,27 % en avril, le métal jaune affiche encore une performance d’environ 7,5 % sur l’année. Il surperforme le CAC 40 sur la même période.

Un point mérite toutefois l’attention : la corrélation entre l’or et les actions est remontée à 0,4. La corrélation mesure le degré auquel deux actifs évoluent dans le même sens. Plus elle augmente, moins l’or joue son rôle habituel de diversification dans un portefeuille.

Le message du marché est donc contrasté. À court terme, le dollar, les taux et les rendements obligataires freinent le cours. À long terme, les banques centrales et la demande physique continuent de soutenir l’intérêt pour le métal jaune. La baisse actuelle des prix ne traduit pas un désintérêt pour l’or, mais plutôt une tension entre pression financière immédiate et recherche durable de sécurité.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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