L’once d’argent valait 48,21 euros lundi à 10h13, soit 1,550 euro le gramme. Malgré une hausse limitée de 0,28 % sur 24 heures, le métal demeure proche des points bas atteints en fin de semaine dernière. La réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed), prévue mercredi, concentre désormais l’attention du marché.
L’argent a évolué entre 1,542 et 1,556 euro le gramme durant la séance. Ce mouvement réduit ne compense pas le repli récent : le métal perd 5,3 % sur une semaine et 14,6 % sur un mois. Sur trois mois, son recul atteint 3,9 %, tandis que l’or progresse de 1,3 % sur la même période.
La Fed au centre de l’attention
La Fed devrait maintenir son taux directeur dans une fourchette comprise entre 3,75 % et 4,00 %, selon les anticipations disponibles. Le niveau des taux directeurs influence les taux réels, c’est-à-dire les rendements corrigés de l’inflation.
Ce point compte particulièrement pour l’argent. Le métal ne verse ni intérêt ni dividende : il est donc souvent comparé aux obligations ou aux liquidités rémunérées. Lorsque les rendements réels augmentent, conserver de l’argent peut devenir relativement moins attractif. À l’inverse, un ton plus accommodant de la banque centrale — signalant une politique monétaire moins restrictive — pourrait soutenir le cours.
Un maintien des taux était largement attendu ; ce sont surtout les commentaires de la Fed sur l’inflation et la trajectoire future des taux qui pourraient faire bouger les prix. Une communication jugée restrictive prolongerait probablement la pression. Un message plus souple pourrait, au contraire, favoriser un rebond rapide.
Un décrochage net face à l’or
La sous-performance de l’argent apparaît aussi dans le ratio or/argent. Cet indicateur mesure le nombre d’onces d’argent nécessaires pour acheter une once d’or. Il serait passé de 66,6 il y a un mois à 74,3 lundi.
Une hausse de ce ratio signifie que l’argent s’est moins bien comporté que l’or. Cette différence illustre la nature hybride de l’argent : il est à la fois un métal précieux, recherché pour la diversification et la préservation du capital, et un métal industriel.
L’or est principalement perçu comme une valeur de réserve. L’argent dépend davantage de l’activité manufacturière, car il entre notamment dans la fabrication de panneaux photovoltaïques, de composants électroniques et de véhicules. Cette exposition industrielle peut amplifier ses baisses lorsque les perspectives économiques se dégradent.
Pétrole, inflation et demande industrielle
La hausse du pétrole contribue aux inquiétudes du marché. Un pétrole plus cher renchérit les coûts de production et peut raviver les craintes d’inflation. Les investisseurs peuvent alors anticiper des taux durablement élevés, une configuration généralement défavorable aux métaux qui ne procurent pas de revenu.
Pour l’argent, l’effet pourrait être double : des taux réels élevés pèseraient sur la demande d’investissement, tandis que le renchérissement des coûts et les craintes sur l’activité industrielle pourraient affecter les perspectives de consommation physique.
En Chine, le marché évoluait déjà dans une fourchette resserrée le 22 octobre, entre 13 700 et 14 000 yuans par kilogramme. Une légère reprise de la demande au comptant et une diminution de 75 tonnes des stocks sociaux apportaient un soutien limité. Le marché restait toutefois dans l’attente de la Fed, sans signal haussier clair.
Le change n’explique pas le recul européen
Pour les acheteurs belges et européens, le cours en euros dépend à la fois du prix international, généralement exprimé en dollars, et du taux de change euro-dollar. Or, lundi, le Dollar Index restait presque stable à 101,78 points, tandis que l’euro s’échangeait autour de 1,1229 dollar.
Le recul de l’argent en euros reflète donc aussi une faiblesse du métal en dollars, et non un effet de change majeur. Cette distinction est utile pour suivre le marché : une baisse du prix en euros causée seulement par un euro plus fort n’a pas la même signification qu’un repli mondial du prix de l’argent.
La décision de mercredi constituera ainsi un test immédiat. Un investisseur particulier devra garder à l’esprit que l’argent est traditionnellement plus volatil que l’or : il peut rebondir plus vivement, mais ses corrections peuvent également être plus marquées. À court terme, le discours de la Fed sur les taux réels et l’inflation devrait rester le principal arbitre de cette phase de faiblesse.


